N° 923 | du 2 avril 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 avril 2009

Quand les travailleurs sociaux agissent en réseau

Katia Rouff

Thème : Logement

Le réseau Relo. je insertion regroupe dix structures franciliennes spécialisées dans l’hébergement des jeunes en difficulté. Ce collectif a pour objectif le développement d’une synergie entre des structures complémentaires favorisant des parcours résidentiels comme support à l’insertion des jeunes. Un partenariat destiné à offrir un parcours résidentiel durable et éviter les situations d’échec.

Face à la difficulté pour se loger en région parisienne, les jeunes en insertion vivent souvent dans plusieurs structures d’hébergement successives avant d’accéder à un logement autonome, même lorsqu’ils décrochent un CDI. Aussi, les structures d’hébergement pour jeunes en insertion doivent-elles collaborer pour accompagner ce public tout au long de son parcours résidentiel, afin de favoriser son accès au logement durable et éviter les situations d’échec. C’est le choix fait en 2004 par une mission locale et neuf structures d’hébergement franciliennes, regroupées au sein du Réseau pour le logement des jeunes (Relo. je insertion).

Une communauté de pratiques

Au cours de réunions informelles organisées à l’initiative d’Isabelle Charton, chargée de projet logement à la mission locale Pari d’Avenir (voir LS n°733), le groupe s’est constitué en « communauté de pratiques », puis a formalisé son travail par une charte et un logo. Son objectif ? « Fédérer toutes les initiatives en direction du logement des jeunes, à travers une approche institutionnelle et associative, en synergie avec l’Etat, les collectivités territoriales et les acteurs socio-économiques dans le cadre du plan de cohésion sociale, explique Isabelle Charton [1]. Concrètement, les structures s’associent pour proposer des solutions d’hébergement à leurs usagers, mutualisent leurs pratiques, leurs informations et leurs réseaux. »

Les structures composant Relo. je insertion représentent l’ensemble des catégories de l’hébergement social : de l’urgence (centre d’hébergement d’urgence – CHU), en passant par l’insertion (centre d’hébergement et de réinsertion d’urgence – CHRS), jusqu’au logement passerelle (résidences sociales, foyers de jeunes travailleurs – FTJ). Certaines structures sont spécialisées dans l’accueil des jeunes, comme le CHU George Sand qui offre vingt box individuels et quinze box de deux lits à des jeunes hommes âgés de dix-huit à vingt-sept ans.

Les foyers de jeunes travailleurs accueillent pour leur part, des résidents âgés de dix-huit à trente ans en fin de parcours d’insertion. Certaines structures du réseau mêlent les jeunes avec un public plus âgé, comme la Fondation Merice qui accueille des femmes de dix-huit à soixante-cinq ans dont le projet d’insertion est engagé ou qui travaillent à temps partiel. Idem pour la Péniche du Cœur, amarrée près du Jardin des Plantes qui « accueille, réconforte et oriente » des personnes sans domicile fixe de tous âges.

Les membres du réseau se connaissent bien et travaillent en toute confiance, ce qui leur permet d’orienter de manière fluide les résidants vers le réseau à leur sortie de la structure ou en cas de difficultés. « Voici six mois, l’équipe du FJT de la Santé nous a adressé une jeune fille car elle ne pouvait plus la garder. Après avoir décroché un travail, d’importants problèmes personnels ont refait surface, provoquant de la violence et un non-respect du règlement intérieur de la résidence. Nous l’avons accueillie en toute connaissance de cause et depuis nous l’accompagnons », illustre Jean-Daniel Maucolin, responsable d’un centre d’hébergement d’urgence (lire son témoignage).

Un projet ambitieux

Relo. je insertion a aussi l’ambition de contribuer au développement de dispositifs ou d’actions d’insertion en direction des jeunes. Un maillage interpartenarial, avec notamment le soutien de la préfecture de Paris a, par exemple, permis la mise en place du dispositif d’allocation logement temporaire (ALT) dans les foyers de jeunes travailleurs parisiens. Ce qui permet l’hébergement de jeunes relativement autonomes et en parcours d’insertion.

Dans un premier temps, le réseau a servi de catalyseur aux acteurs institutionnels qui ont pris conscience de la difficulté d’accès au logement passerelle pour les jeunes des missions locales. Ce qui a débouché sur l’ouverture des places contingentées réservées à la préfecture et à la mairie de Paris, au profit des jeunes en situation professionnelle percevant au minimum 650 € par mois. Le collectif cherche également à travailler avec les bailleurs sociaux pour favoriser l’accès des résidents au logement social. « Il est intéressant pour nous de collaborer avec des associations qui accompagnement les jeunes durant tout leur parcours d’insertion. Lorsque ces derniers déposent une demande de logement auprès de nous, cet accompagnement constitue une garantie, estime Emmanuelle Le Borgne, chargée de développement social à la Sablière, un bailleur social parisien.

Grâce à son expertise de terrain, le réseau a pu constater la nécessité de développer, sur un territoire parisien, une gamme d’hébergements à géométrie variable adaptée à la situation socioprofessionnelle des jeunes. « Pour cela, nous envisageons la création de projets de proximité avec l’ensemble de notre réseau interpartenarial, précise Isabelle Charton. L’hébergement doit assurer son rôle de réponse dans l’urgence. Il existe une arborescence d’habitat diversifié mais toujours saturé. Or, l’hébergement constitue l’antichambre du logement, sert de sas et temporise l’attente vers le logement passerelle ou pérenne. » Ainsi, la mission locale a-t-elle travaillé en lien avec l’association les Petits frères des pauvres pour la création d’une maison relais intergénérationnelle. Elle héberge seize adultes isolés de plus de 50 ans suivis par l’association et deux jeunes en parcours d’insertion socioprofessionnelle, accompagnés par la mission locale.

Fort d’une centaine de partenaires, le collectif commence à être reconnu sur Paris. Bien entendu, il se heurte aussi à quelques difficultés et notamment au manque de temps pour rencontrer davantage de bailleurs sociaux, leur montrer qu’il peut leur présenter des profils de jeunes stabilisés dans l’emploi, à même d’occuper un logement social. Pour autant, il ne baisse pas les bras et participe aux groupes de travail de l’association francilienne pour favoriser l’insertion par le logement (Affil). Il présente bientôt son travail devant un pool de travailleurs sociaux. Une première !

La gestion et l’animation du réseau en revanche ne pose pas de problème. « Nous pourrions rencontrer des difficultés en cas de départ d’un des membres, si son remplaçant ne souhaitait pas s’investir dans le réseau ou ne partageait pas sa démarche, explique Isabelle Charton. Nous avons anticipé ce problème et envisagé une solution : un nouveau venu doit avoir l’aptitude, l’envie et l’esprit adéquats pour participer au réseau et sa candidature est soumise au vote. »

À l’avenir, le collectif souhaite évoluer vers un groupement de coopération sociale et médico-sociale (GCMS), comme le préconise la loi de 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale. « La problématique du logement suppose une sorte d’union sacrée, une vision au plus près de la réalité pour porter un enjeu de société, souligne Isabelle Charton. L’enjeu, dans un contexte de mise en œuvre du droit au logement opposable (Dalo), sera de coordonner tous les échelons nécessaires au maillage d’un schéma directeur de l’hébergement des jeunes en insertion sur Paris, en relation avec le service jeunesse de la ville. » Toujours avec le même objectif : apporter aux jeunes la sécurité d’un hébergement adapté, clé première de leur insertion.


[1Contact : Isabelle Charton. Tél. 01 40 52 77 65. mail : i.charton@pavenir.reseau-idf.org


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