N° 826 | du 1er février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 1er février 2007

Témoignages des surveillantes, Brigitte Marchand et Hélène Fournier

Nathalie Bougeard

La mise en place d’un service spécifiquement dédié aux unités de vie familiale a contribué à modifier la fonction mais aussi le travail concret des surveillantes

« Avec la détenue, je prépare l’entrée et la sortie de l’UVF. En amont, il s’agit essentiellement d’un travail de cantine et à la sortie, je réalise avec elle l’état des lieux de l’appartement », raconte Delphine Morice, surveillante en UVF. Volontaire comme ses quatre autres collègues, elle apprécie largement ses nouvelles fonctions : « Ici, le contact avec les détenues est différent. Normal puisqu’on est un peu au courant de leurs affaires. Et puis, à partir du moment où nous accueillons leurs proches pour les UVF, nous les connaissons un peu. D’ailleurs, l’attitude des détenues par rapport à nous a changé : elles viennent plus facilement nous parler. Globalement, ça m’a apporté de la réflexion sur mon travail, notamment par rapport à la réinsertion ».

Trois ans après le démarrage des unités de vie familiale, les surveillantes affirment avoir toutes un intérêt nouveau pour leur travail. Vraisemblablement parce que dès le départ leur investissement a été important.

Candidatures volontaires

En juin 2003, soit cinq mois avant l’ouverture des trois premières unités expérimentales de vie familiale, les surveillantes rennaises voient passer un appel à candidature. « Toutes celles qui y ont répondu étaient motivées car nous avions bien compris qu’il s’agissait d’un service très innovant », se souvient Brigitte Marchand, surveillante depuis seize ans. Pour sa part, elle a postulé en fonction de ses acquis précédents. « Il y a quatre ans, j’avais déjà participé au parcours d’exécution des peines. Du coup, j’ai commencé à m’intéresser au parcours personnel des détenues », ajoute-t-elle.

En détention classique, le métier est tout à fait différent : le plus souvent, dans un centre pénitentiaire, une surveillante a la charge d’une division, à savoir de vingt détenues. Et en maison d’arrêt, il n’existe pas de plafond. Résultat : cela peut parfois aller jusqu’à soixante-dix prisonnières sous la responsabilité d’une seule personne. « Dans ces conditions, il est impossible de prendre le temps d’aller voir la détenue lorsqu’on sent qu’elle ne va pas bien », regrette Brigitte Marchand.

Au service UVF, les surveillantes semblent au courant de toutes les petites histoires des détenues dont elles ont la charge. Quand l’une d’entre elles frappe à la porte du bureau, les deux surveillantes de permanence devinent très souvent les raisons de sa visite : récupérer les chaussures après la fouille pour l’une, préparer la cantine pour l’autre, s’inquiéter de la date de la prochaine UVF pour une troisième, etc.

Dernière arrivée dans le service, Hélène Fournier est une jeune surveillante. Fonctionnaire de l’administration pénitentiaire depuis six ans, elle effectue ici un remplacement : « J’ai demandé les UVF car j’avais envie d’établir d’autres rapports avec les détenues. En UVF, une relation de confiance s’instaure ; c’est totalement différent de la détention », confirme-t-elle.

Cette implication du personnel a été largement facilitée par le côté expérimental des appartements familiaux. Car il y a trois ans, après la publication de la circulaire définissant leur cadre, sur le terrain, les surveillantes ont dû inventer le reste. Ainsi ont-elles constaté que certains accessoires — comme le pot pour les jeunes enfants — n’avaient pas été prévus. Et dans ces cas-là, elles ont dû improviser. « C’est un nouveau métier parce qu’au fur et à mesure, on a tout pensé et tout créé », estime Brigitte Marchand.

Un métier plus valorisant

Avant l’ouverture des appartements familiaux, les surveillantes ont suivi un cycle de formation traitant de la petite enfance, de la sexualité en prison ou encore des aspects psychologiques des UVF. « Puis, avec le soutien de l’École nationale de l’administration pénitentiaire, nous avons travaillé sur l’analyse de nos pratiques professionnelles afin d’élaborer un référentiel pour chaque phase de l’UVF », détaille Brigitte Marchand.

Un travail qui a profité à leurs collègues des maisons centrales de Saint-Martin de Ré et de Poissy où ont été créées en avril 2004 puis en décembre 2005 des unités de vie familiale. Dans la première, Valérie Marinnuci a étudié pour son mémoire de master « Droit de l’exécution des peines et droits de l’homme » le fonctionnement du service des UVF. Elle note que « les surveillants ont bénéficié d’une grande autonomie dans la mise en place des dispositifs, ce qui modifie déjà considérablement leurs pratiques dans la mesure où ils sont normalement de simples exécutants ». Et au cours des entretiens qu’elle a réalisés, « les cinq surveillants du service ont à plusieurs reprises évoqué le fait que leur travail n’a plus rien à voir avec celui qu’ils effectuaient avant ». Un des agents a même précisé « qu’avant, ils surveillaient et que maintenant, ils font du social ».


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