N° 808 | du 14 septembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 septembre 2006 | Katia Rouff

Services d’accompagnement à la vie sociale

Une façon de vivre comme les autres

Thème : Service à domicile

Depuis le début des années 70, les services d’accompagnement à la vie sociale permettent à des adultes handicapés de vivre en milieu ordinaire. Ces services leur proposent une aide pour les tâches quotidiennes et des activités diverses pour sortir de leur isolement. Une bonne réponse pour les personnes souffrant de troubles psychiques qui souhaiteraient voir ce dispositif étendu

Contribuer à la réalisation du projet de vie de personnes handicapées par un accompagnement adapté favorisant le maintien ou la restauration de leurs liens familiaux, sociaux, universitaires ou professionnels et facilitant leur accès à l’ensemble des services offerts par la collectivité… telle est la vocation des services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS). Ces structures médico-sociales, constituées d’équipes pluridisciplinaires, prennent en charge des personnes adultes, y compris des travailleurs handicapés, qui ont – à un moment de leur vie – besoin d’un accompagnement dans la vie quotidienne. Des visites à domicile leur permettent d’être stimulées et aidées dans la confection des repas, l’entretien du linge, les courses, la gestion du budget… Le SAVS peut aussi organiser des activités et actions collectives pour le développement personnel et la resocialisation, des sorties, des repas… favorisant la dynamique de groupe et la rencontre avec d’autres.

Les SAVS sont nés à la fin des années 70. Prolongement des services de suite des centres d’aide par le travail (ex- CAT devenus ESAT) et des instituts médico-professionnels (IMPRO), ils ont été mis en place par des professionnels désirant penser autrement l’accompagnement des personnes handicapées dans la vie ordinaire. Le décret du 11 mars 2005 leur donne un cadre législatif. Il prévoit qu’un SAVS puisse accompagner une cinquantaine de personnes avec un financement assuré par le conseil général. La personne handicapée est orientée vers le SAVS par le secteur sanitaire, la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), les organismes de logement, les ESAT, les associations, la famille, les amis…

L’association Les Amis de l’Atelier [1] gère cinq SAVS en direction de personnes avec une déficience intellectuelle ou un handicap psychique, dont celui de Châtenay-Malabry (92), créé en 1990 à la demande de personnes handicapées désireuses de vivre dans un logement autonome mais ayant besoin d’un coup de pouce dans la vie quotidienne. « La plupart de nos adhérents ont une activité professionnelle en établissement d’aide par le travail (ESAT), explique Catherine Jégu, l’assistante du service. Ils vivent dans des appartements collectifs de deux à trois personnes, des studios indépendants regroupés dans un même immeuble ou intégrés à une maison relais et en logement autonome. Tous sont locataires de leur logement et signataires de leur bail. »

Une équipe étoffée (composée notamment d’une directrice, d’un chef de service, d’une assistante et de dix éducateurs spécialisés) en lien avec tout un réseau de partenaires (aides ménagères, auxiliaires de vie…) assure des visites à domicile à une fréquence fixée par un projet d’accompagnement, selon les besoins et le degré d’autonomie de chacun. Elle assure une visite quotidienne aux résidents du foyer intégré, une visite hebdomadaire ou bi-mensuelle aux autres. Quelques soirs par semaine, elle ouvre ses locaux et propose des activités de loisirs. Chaque week-end des sorties ou des petits voyages permettent aux adhérents de rompre la solitude et l’isolement. Le service est ouvert 365 jours par an et une permanence téléphonique est assurée.

Chaque SAVS est différent

Il existe autant de SAVS que de projets d’établissements. Si tous proposent un accompagnement à domicile pour les tâches de la vie quotidienne, ils ne disposent pas toujours d’un local pour l’organisation d’activités collectives, souvent pour des raisons budgétaires. Ils orientent alors les usagers vers les structures de loisirs existantes. Le SAVS constitue une bonne réponse aux difficultés des personnes souffrant de troubles psychiques qui, suite à la fermeture des lits dans le secteur psychiatrique, se sont retrouvées isolées en ville. La maladie fatigue, demande des efforts continus pour s’adapter à l’environnement et rend la vie quotidienne difficile.

Cependant, selon l’Union nationale des amis et familles de malades psychiques (Unafam), le nombre de SAVS en direction de ces personnes reste insuffisant. « Les choses sont complexes car la mise en place d’un SAVS est financièrement lourde (location de locaux, embauche d’un directeur, d’une équipe éducative…) tout comme la recherche de financements parfois assurés par le conseil général, parfois par de savants bricolages », estime Bertrand Escaig, vice-président de l’Unafam et président délégué de la section Nord [2]. Les personnes atteintes de troubles psychiques se comptant par milliers, les SAVS de 50 personnes ne peuvent pas toutes les accueillir. Aussi, l’Unafam est-elle favorable à la création de formules plus souples, moins onéreuses permettant de toucher le plus de personnes possible quitte à ne pas prendre en charge la partie « élaboration d’un projet de vie. »

Ainsi, dans le Nord, par pragmatisme et pour accueillir le plus grand nombre de malades possible, l’association a t-elle développé un SAVS simplifié à titre expérimental. Il propose une aide au quotidien à vingt-cinq patients pour un coût d’environ 3500 € par an et par personne. Une auxiliaire de vie se déplace à domicile pour stimuler la personne malade dans les tâches de la vie quotidienne : courses, repas, ménage… et passe du temps avec elle pour disputer une partie de scrabble, discuter, bref rompre son isolement. Des conventions sont passées entre l’association de visiteurs à domicile qui gère ces auxiliaires de vie, l’hôpital - qui les forme et assure la comptabilité - et l’Unafam. Une fois par mois tous les acteurs (auxiliaires de vie, tuteurs, infirmiers,…) se réunissent pour moduler le nombre d’heures de visite selon l’état psychique des personnes. Le bénéfice obtenu est considérable : le nombre de jours d’hospitalisation par an et par personne a considérablement chuté, passant de cinquante-cinq jours en moyenne à dix-neuf.

L’association Espoir 54 [3], affiliée à l’Unafam, s’adresse aussi à des adultes souffrant de troubles psychiques mais fonctionne différemment. Créée en 2001, elle a axé son projet sur la réhabilitation psychosociale et l’équipe est majoritairement constituée de psychologues. Parallèlement à un accompagnement dans les tâches de la vie quotidienne et à des entretiens individuels, elle propose aux adhérents huit modules d’apprentissages collectifs : alimentation, communication, estime de soi, logement, aide dans les démarches administratives, orientation spatio-temporelle, santé et préparation à la réinsertion professionnelle. « Nous accueillons 250 personnes par an réparties sur deux sites à Nancy, explique Brigitte Forestier, responsable de l’un d’eux. Par contrat, nous leur proposons un suivi de onze mois en moyenne, avec un objectif : l’acquisition d’une plus grande autonomie pour rejoindre notre groupe d’entraide mutuelle ou notre dispositif d’insertion en milieu ordinaire ».

Autre équipe, autre projet. Le service d’accompagnement à la vie sociale géré par l’association Vivre parmi les autres [4] accueille sur deux sites des Yvelines des personnes avec une déficience intellectuelle ou psychique légère, stabilisées qui vivent ou travaillent en milieu ordinaire et ont un potentiel d’autonomie minimal. Leur admission se fait après une série d’entretiens avec l’équipe éducative durant lesquels elles réfléchissent à leur projet personnel et à leurs besoins en matière d’accompagnement. Outre les visites à domicile, elles bénéficient d’un entretien régulier avec leur référent pour travailler sur leur projet : recherche de logement, d’emploi… et organisent, avec le soutien de l’équipe, des sorties ludiques. L’objectif étant que chacune gagne en autonomie. Le service les suit le temps nécessaire à leur cheminement vers l’autonomie.

Avec la loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, les services sociaux gérés par l’Association des paralysés de France (APF) vont aussi être transformés en SAVS ou en service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH). En janvier 2007, la délégation du Val d’Oise [5] ouvrira par exemple un SAMSAH intégrant un service d’accompagnement à la vie sociale. « Nous continuerons le même travail : assurer en équipe pluridisciplinaire l’accompagnement social individuel des personnes handicapées motrices (aménagement du domicile, des véhicules, aides techniques, humaines, financières, maintien des droits, recherche d’emploi…) à domicile ou dans nos locaux », explique Mireille Lorguilloux, coordinatrice de l’équipe spécialisée pour la vie autonomie à domicile de cette délégation « Un service d’auxiliaires de vie intégré au SAVS assurera l’aide aux tâches de la vie quotidienne. Un volet médical- avec rééducateurs et aides-soignants - permettra une prise en charge globale. En revanche, les actions collectives et de loisirs resteront organisées par la délégation. » Bien que différents, les SAVS ont un objectif commun : entourer les personnes et les accompagner vers plus d’autonomie (lire le reportage).


[1Les amis de l’atelier - 43/45, rue Joseph Lahuec 92290 Chatenay-Malabry. Tél. 01 40 91 96 59

[2Unafam-Nord - BP 32 - 59350 Mons-en-Barœul. Tél. 03 20 56 70 70

[3Association Espoir 54 - 6, rue du Général Chevert - 54000 Nancy. Tél. 03 83 55 00 00

[4Association Vivre parmi les autres - 31, avenue Lucien René Duchesne - 78170 la Celle- Saint-Cloud. Tél. 01 39 69 21 50

[5Délégation APF du Val d’Oise - 4, rue Georges V - BP 278 95603 Eaubonne cedex. Tél. 01 30 10 60 60


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