N° 808 | du 14 septembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 septembre 2006

Les témoignages

Propos recueillis par Katia Rouff

Lucie Iskandar, secrétaire et animatrice de l’atelier chant

« Je pratique le chant et le clown en dehors de mon travail. Aussi, quand les usagers ont demandé à chanter, l’équipe a tout naturellement pensé à moi pour animer un atelier chant en duo avec la conseillère en économie sociale et familiale. En plus du chant, j’ai eu envie d’apporter une approche du corps et du mouvement : échauffements, déplacements dans l’espace, jeux avec les sons, sur lesquels nous mettons des émotions et des couleurs…

Pour chanter, nous nous plaçons en cercle, ce qui créé du lien et rend les choses plus vivantes. Notre répertoire est constitué de chants simples et de Gospel que nous apprenons à l’oreille afin de travailler la concentration. Je suis heureuse de pouvoir vivre ces moments avec les usagers sur mon temps de travail. Même si j’ai l’habitude d’animer des groupes de chant, j’appréhendais un peu le travail avec eux. Finalement, je suis très à l’aise avec ce que je propose. En un an, je les ai vu changer. Certains, très fermés à leur arrivée s’ouvrent et s’épanouissent. Dans l’atelier chant, le rythme et la régularité permettent que les choses se posent et bougent. Les changements sont moins flagrants chez les personnes qui ne viennent pas régulièrement. »

Anne fréquente la structure depuis un an

« Après de longues études de piano, Anne a été concertiste. Elle a donné de nombreux récitals avant que la maladie ne l’arrête dans son élan. Depuis, elle vivait isolée, ne se sentait pas vraiment bien, ne jouait plus de piano. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Orientée voici un an au SAVS par un centre médico-psychologique, elle s’y sent bien. « J’ai eu Colette Laury [chef de service du SAVS] au téléphone, sa voix chaleureuse, présente et concrète m’a donné envie de venir. J’avais le désir de m’en sortir, de quitter la Cotorep et de suivre une formation pour pratiquer le massage. J’ai retrouvé de l’énergie parce que je l’ai décidé, le SAVS y a contribué. » Elle a repris goût à sortir de chez elle. Fréquenter la structure lui a donné un but, l’opportunité de trouver de l’aide et de nouer des relations.

Sous l’impulsion du groupe, elle a repris le piano. « Ça s’est fait tout naturellement. J’ai joué, ça sortait bien, les gens étaient contents et m’ont poussée à continuer. Du coup, j’ai repris des projets autour de la musique. » Elle a également contacté l’ANPE et les Assedic pour bénéficier de la formation qui l’intéresse. « Au SAVS, ça marche si on veut vraiment s’en sortir, se coller à une activité ne suffit pas, estime-t-elle. On est libre, c’est à la fois plus difficile et plus facile. Difficile car on ne peut pas forcer les gens à s’intéresser aux autres ou à eux-mêmes. Plus facile parce qu’on se sent accompagné mais pas assisté. Si l’on n’a pas envie de venir, on ne vient pas. De plus, l’équipe est suffisamment claire pour ne pas créer de liens de dépendance avec les usagers. C’est sûrement pour réfléchir à cette bonne distance qu’elle se réunit régulièrement. »

Maryline Touzé, psychiatre, supervise l’équipe

« Travailler dans un lieu de vie, être proches de patients présentant une pathologie lourde est difficile pour l’équipe qui les accompagne, d’où la nécessité d’un tiers pour que cet accompagnement soit socialisant et non assistant. L’équipe doit élaborer, réfléchir sans cesse pour trouver la juste distance. La réflexion que je mène avec elle est surtout théorique : comment accompagner, jouer un rôle de tremplin pour que les personnes puissent un jour partir ? Cela demande une grande subtilité. On ne voit plus certains usagers que l’énergie du SAVS a relancés, d’autres viennent moins souvent.

Certains, enfin, resteront longtemps et après tout pourquoi pas ? Nous réalisons aussi tout un travail d’élaboration autour des ateliers : comment participer à la même activité que les usagers tout en restant à sa place ? Cela se négocie tout le temps. Lorsque c’est bien fait – comme ici – c’est remarquable. Nous parlons aussi des patients lorsqu’un souci se présente. Je joue le rôle de poil à gratter, je décoiffe un peu, je propose du dérangement… Mais je suis contente : l’équipe a la pêche, elle transmet son énergie aux usagers. En supervision, elle joue pleinement le jeu, dit les choses, se remet en question. Elle a des qualités d’écoute, d’engagement et d’exposition. »


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