N° 808 | du 14 septembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 septembre 2006

La mise en place d’un SAVS dans un foyer à Cannes

Propos recueillis par Guy Benloulou

Thème : Service à domicile

Thierry Plumat, directeur du foyer Épanouir/CAT à Cannes

Quels sont les besoins qui ont motivé la création d’un SAVS sur votre secteur d’intervention sociale ? Comment celui-ci fonctionne-t-il et quels sont les profils des professionnels qui y interviennent ?

Le foyer Épanouir à Cannes [1] est un établissement médico-social pour adultes handicapés mentaux, organisé en complexe avec un centre d’aide par le travail et composé d’un centre d’hébergement, d’un foyer éclaté, d’un centre d’accueil de jour et d’un service d’accompagnement à la vie sociale. Ses missions générales répondent à des besoins qui ne sont pas pris en charge par les institutions traditionnelles.

Le SAVS du foyer Épanouir suit actuellement vingt-cinq personnes dans le cadre d’un accompagnement dans les domaines administratif, médical, travail de lien avec les organismes sociaux, hospitaliers et juridiques, aides diverses dans l’organisation de la vie quotidienne et des loisirs et animation. Le SAVS ne se donne pas pour mission d’assurer des animations. Il oriente les usagers vers les possibilités offertes dans l’environnement.

Géographiquement, le SAVS est situé en ville dans des locaux séparés du foyer et de ses structures, ce qui est important car les personnes prises en charge ne se reconnaissent pas dans la population d’une institution. C’est d’ailleurs l’une des difficultés centrales de l’accompagnement car la population, bien que bénéficiant de la reconnaissance de personne handicapée, refuse ce statut.

Votre service ne s’adresse-t-il qu’à des personnes handicapées ?

Le SAVS s’adresse à une population reconnue par la CDAPH (ex Cotorep). Certains usagers ont des difficultés relevant de troubles de la personnalité, d’autres de la déficience mentale légère, voire moyenne. Certains ont une longue histoire institutionnelle avec des placements dès l’enfance, d’autres ont été orientés vers le service à l’âge adulte après avoir été portés jusque-là par leur famille. Ils peuvent vivre de façon autonome, parfois même en couple ou chez leurs parents, les plus âgés sont parfois en maison de retraite ou en foyer logement.

Quels sont les objectifs du SAVS ?

Le SAVS vise un accompagnement global destiné à favoriser une démarche d’autonomie. Une autre spécificité du SAVS est la personnalisation du suivi de chaque individu : celui-ci est d’ailleurs défini dans le contrat individuel d’accompagnement que chaque personne signe dès son entrée dans le service. La prise en charge se fait à l’initiative de la personne, celle-ci peut être orientée dans le cadre d’un lien institutionnel (foyer éclaté, hôpital psychiatrique, etc.), mais l’accompagnement ne se mettra réellement en place qu’à sa demande et à son initiative. Il s’ensuit alors des rencontres avec l’éducatrice spécialisée au cours desquelles les objectifs et les moyens de l’accompagnement seront déterminés et formalisés sous forme de contrat. À l’issue de chaque année un bilan sera réalisé et commenté avec la personne accueillie. Ce bilan servira de base à l’élaboration du contrat de l’année suivante.

Toutefois en cours d’année des avenants peuvent être établis en fonction de l’évolution de la situation, des besoins ou des capacités avérées de la personne. Cette contractualisation est à la base du projet de service, elle est en place depuis sa création en 1995, bien avant la loi de 2002. Le contrat est le véritable fil conducteur de l’accompagnement, il permet de prendre le recul nécessaire et de retrouver les objectifs prioritaires parfois noyés dans les difficultés quotidiennes de la personne.

Ces services semblent parfois perçus ou vécus comme une forme de contrôle par certains usagers… Est-ce une réalité ?

Le service n’effectue pas de contrôle mais sert plutôt de relais quand certaines situations sont trop complexes. Par exemple une personne ne paye pas une facture de téléphone car elle ne comprend pas qu’une échéance est posée, elle n’anticipe pas que le téléphone sera coupé, qu’elle devra faire rétablir la ligne etc. Le service essayera alors de rattraper la situation, contactera France Télécoms, expliquera la situation, demandera l’annulation des pénalités, etc.

En quoi un SAVS peut-il favoriser l’autonomie d’une personne et une réinsertion sociale voire professionnelle ?

L’expérience montre aussi qu’il y a des cycles, que des personnes ayant des aptitudes ou tout au moins un certain niveau d’autonomie, risquent d’être perturbées lorsque la réalité fait un accroc dans leur quotidien. Le SAVS renforce alors son accompagnement qui ressemblera temporairement davantage à une prise en charge éducative. C’est en ce sens que le SAVS permet une autonomie relative, car la prise en charge est non seulement personnalisée mais aussi évolutive dans le temps selon les besoins. Le leurre serait d’imaginer que grâce au SAVS les personnes peuvent se (ré) insérer dans la société. Le service ne fait que mettre en place un étayage pour éviter que la fragilité de ces personnes ne ressurgisse à la moindre difficulté : le problème majeur étant leur adaptation aux changements du quotidien.

De même dans le domaine professionnel, les personnes handicapées mentales travaillant individuellement dans le milieu ordinaire restent souvent stigmatisées dans leur handicap : là aussi, le SAVS servira de relais et temporisera les difficultés relationnelles ou professionnelles qui jalonnent les parcours. Le service a aussi et enfin pour objet de répondre à une des difficultés récurrentes que l’on retrouve chez les personnes handicapées, qui est la solitude et le manque de lien social : les gens s’y retrouvent, apprennent à se connaître mais, sans stimulation constante, ne peuvent maintenir et développer de relations.

Les moyens qui vous sont alloués sont-il aujourd’hui à la hauteur des besoins réels des usagers ?

En ce qui concerne les perspectives, les moyens humains mis en œuvre aujourd’hui sur le service restent encore insuffisants : la demande d’intervention est grande et l’éducatrice doit faire face à des difficultés multiples et simultanées de la part des vingt-cinq personnes accompagnées. Contrairement à un accompagnement classique planifiable tel qu’il peut exister en institution, le flux de demandes n’est pas régulier, et la demande d’intervention peut exploser. Une des difficultés pour l’intervenant est de s’adapter aux situations variées tout en pouvant se rendre disponible pour faire face à la véritable urgence.

Le SAVS intervient en complément d’autres services ou institutions et doit s’appuyer sur eux pour que l’équilibre fragile de la personne accompagnée puisse être maintenu. Une personne ne peut vivre de façon autonome que grâce aux divers relais que le SAVS mobilise régulièrement. Le SAVS intervient dans une logique de réseau.

En conclusion, on observe qu’un service d’accompagnement à la vie sociale répond à de nombreux besoins réels non pris en compte par les institutions classiques. Le profil des personnes prises en charge par ce service est en marge de ces institutions.

Ce type de service est à la charnière des services sociaux, hospitaliers ou médico-sociaux. Il est une béquille qui soutient les personnes dans les moments difficiles et leur permet ainsi de préserver au mieux leur autonomie relative. L’idéal serait de disposer de moyens humains suffisants pour intervenir dès le début des difficultés afin d’éviter les situations trop complexes et perturbantes pour les personnes suivies. Le maître mot serait la disponibilité. Certes le coût du suivi des personnes est inférieur à celui d’un internat mais les niveaux d’autonomie requis ne sont pas les mêmes. Enfin, le faible turnover ne permet pas de répondre à toutes les demandes d’autant que l’accompagnement s’inscrit dans la durée.


[1Foyer Épanouir/CAT Philippe Bègue - 44 Avenue - 06400 Cannes. Tel 04 92 99 55 99


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