N° 962 | du 25 février 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 février 2010

SDF, pourtant des solutions existent

Jacques Trémintin

Thème : SDF

Les rapports qui se multiplient sur les sans domicile fixe font état d’une situation de plus en plus difficile. La loi DALO ne tient pas ses promesses, les logements sociaux manquent cruellement, les CHRS sont saturés et loger les plus précaires ne semble pas être la priorité du gouvernement. Face à ces personnes toujours plus nombreuses à se retrouver à la rue, il arrive que des citoyens se mobilisent. C’est le cas de la belle aventure de copains nantais qui se sont réunis au sein de l’association de Toit à moi pour acheter des appartements afin d’y héberger des SDF (lire l’article). Une action citoyenne qui doit interroger les pouvoirs publics.

La situation des sans-logis en France s’aggrave d’année en année : selon le dernier rapport 2009 de la fondation Abbé Pierre, 350 000 personnes vivent dehors ou dans un centre d’hébergement d’urgence ou d’insertion, 100 000 en camping, 150 000 chez un tiers et plus de 300 000 sont logées de manière atypique : hôtel à l’année, constructions provisoires, habitations de fortune… Et parmi elles de plus en plus d’enfants. « Notre collège accueille 615 élèves et j’en suis personnellement 170, dont 22 vivent à l’hôtel et 65 dans des squats ou chez des amis », témoigne Dominique Vilaine, assistante sociale scolaire au collège Joséphine-Baker de Saint-Ouen.

Selon une étude parue en 2006, 36 % des effectifs hébergés par les CHRS étaient constitués de mineurs. Et à Paris, en 2007, le Samu social a logé 6 480 personnes en famille à l’hôtel et 3 138 autres en centre d’urgence. Nombre d’enfants et d’adolescents sont ainsi ballottés avec leurs parents, au gré des disponibilités du 115 : hôtels, gymnases, foyers quand ce ne sont pas des squats. On peut imaginer les effets que cette instabilité et cette insécurité permanentes peuvent produire sur leur équilibre et leur évolution. Dominique Vilaine rapporte ces situations d’enfants qui n’osent pas se plaindre, mais qui somatisent, souffrent de maux de tête, refont pipi au lit : « Un gamin de quinze ans me répétait sans cesse qu’il avait mal au dos, alors j’ai fini par faire une visite à son domicile. En fait, il dormait dans une chambre d’hôtel minuscule, dans le même lit que sa mère qui plaçait un traversin entre elle et lui. La nuit, le môme se contorsionnait pour ne pas tomber ni toucher le corps de sa mère, d’où les lombaires ankylosées. »

On est loin du cliché du clochard seul au monde. En effet, même si les séparations conjugales, les conflits passés, les placements ou l’exil ont pu distendre les liens, 97 % des SDF ont une famille avec laquelle ils restent en contact régulièrement.

La loi Dalo, une fiction

Il manque environ 800 000 logements. Pour résorber cette situation, il faudrait en construire 400 à 500 000 par an, dont 120 000 logements sociaux. Cette absence de toute possibilité d’offre résidentielle explique la saturation des 300 000 places d’accueil d’urgence où stagnent nombre de personnes qui n’auraient rien à y faire, s’ils pouvaient obtenir un logement décent et pérenne.

La loi dite du droit opposable au logement (Dalo) votée le 5 mars 2007, qui a pu constituer en son temps un espoir, reste une fiction. Fin février 2009, 67 000 demandes avaient été déposées. Un tiers d’entre elles ont été reconnues valides. Seuls 4 300 ménages ont obtenu un toit. Logique quand on sait que rien qu’à Paris 1 000 logements sont disponibles chaque année pour 6 000 dossiers prioritaires. Les sages du Conseil d’Etat ont noté récemment : « Sur la période 2002-2005, 28 rapports ont été recensés contenant à eux seuls plus d’un millier de propositions régulièrement recyclées faute d’avoir été toutes mises en œuvre. »

Des solutions existent donc. Ce qui manque, c’est la volonté politique. Un gouvernement, occupé à préserver les intérêts des plus riches (paquet fiscal), à diminuer les impôts des entreprises (suppression de la taxe professionnelle, diminution du taux de la TVA pour les restaurateurs) et à réduire les crédits accordés aux organismes chargés d’accompagner les SDF vers l’insertion, ne peut s’intéresser à une machine à broyer les familles les plus pauvres. Mais, le taux de 44 % de communes de l’Ile-de-France qui préfèrent payer une taxe plutôt que de respecter le quota légal de 20 % de logements sociaux imposés par l’article 55 de la loi Solidarité et renouvellement urbain votée le 13 décembre 2000 démontre que le problème ne se limite pas au seul Etat central, mais nous interroge tous.

Bien sûr, les politiques sociales ne restent pas inertes face à la détresse des sans-logis. Mais on marche totalement sur la tête. Par exemple, un ménage hébergé en CHRS coûte à la collectivité 52 254 euros par an. À l’hôtel, il revient à 19 122 euros. Une location ou une sous-location dans le privé reviendrait à 10 000 euros, selon le rapport remis par le député UMP Etienne Pinte au premier ministre, en janvier 2008. À ce jour, les 55 millions d’euros annuels dépensés par les services sociaux pour loger 4 000 familles dans des chambres d’hôtel pas toujours salubres et décentes ne servent qu’à engraisser des marchands de sommeil.


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