N° 962 | du 25 février 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 février 2010

Entretien avec Denis Castin, président de l’association Toit à moi

Propos recueillis par Jacques Trémintin

Si vous aviez à présenter votre association en trois concepts, lesquels retiendriez-vous ?

Voyons… Je choisirais « mobilisation », « mutualisation » et « durable ». Mobilisation, parce que c’est le terme qui me vient pour décrire notre action et que reprend bien notre dernière plaquette : « Gwen et Denis, avec leurs amis, puis les amis de leurs amis, ont permis de loger un sans-abri » C’est une véritable chaîne de solidarité qui permet d’accomplir ce que nous réalisons. Chacun de son côté est impuissant. Seul, on ne peut pas faire grand-chose. Ce n’est qu’en nous y mettant toutes et tous, les uns avec les autres, que l’on peut y arriver : c’est cela la mutualisation.

Et puis, ce qui est très important, c’est l’engagement durable. Les emprunts contractés devront être remboursés sur cinq ans. Il nous faut donc des parrains au minimum sur la durée : entre 75 et 100 pour financer un seul appartement. C’est après nous être lancés, que nous avons découvert la défiscalisation : 75 % de réduction d’impôt, cela fait débourser véritablement 5 € pour 20 € versés. Chaque centime apporté par les donateurs individuels va au remboursement du logement. Tous les frais annexes (le salaire de notre conseillère, l’impression de nos plaquettes, la communication…) sont financés par les dons des personnes morales.

Quelles réactions votre initiative a-t-elle provoquées dans le secteur social ?

Nous avons eu deux types de réactions. La première est plutôt hostile. Certains nous prennent au mieux pour de doux rêveurs, au pire ils nous reprochent de venir piquer leurs subventions. Nous reconnaissons que nous sommes un peu des empêcheurs de tourner en rond et le poil à gratter de ce secteur. Mais c’est justement ce qui alimente le deuxième type de réaction : il y a des professionnels qui trouvent finalement que nous sommes innovants et que l’on fait un peu bouger les habitudes du secteur. Nous travaillons d’ailleurs très bien avec certains d’entre eux qui nous conseillent sur des candidats qu’ils sentent prêts à intégrer notre dispositif. Lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’était engagé à ce que plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir dans les deux ans qui suivraient son élection. Le résultat aujourd’hui n’est pas vraiment probant.

Nous refusons quant à nous de nous situer dans une dimension politique ou idéologique. Nous faisons le choix de l’expérimentation pragmatique. Notre mode de financement nous permet de ne pas avoir de fil à la patte et de devoir nous plier aux exigences de la DDASS qui, par exemple, ne pourrait accepter un déploiement de tant de moyens pour un seul usager. Cette indépendance est notre force, mais aussi notre faiblesse, puisque cela freine notre développement. Nous dépendons de la publicité faite à notre action à travers des médias comme le vôtre. Mais nous n’excluons pas non plus de retourner solliciter cette DDASS qui n’a pas cru en notre projet et de lui montrer que cela a fonctionné.

Le public que vous approchez est fragile et sujet aux rechutes : quelle précaution prenez-vous pour ne pas épuiser vos bénévoles ?

Nous savons que réapprendre à vivre et réparer peu à peu la cassure sociale prend du temps. Nous devons réussir à la fois à ce que la personne se sente vraiment chez elle, mais qu’elle ait conscience de ne pouvoir vraiment s’installer à demeure. Il nous faut faire preuve d’une grande patience, de beaucoup de souplesse et aussi de toute la tolérance nécessaire. Nous prenons soin de ne pas poser des exigences trop rigides. Ainsi, notre projet de troisième logement intègre l’idée que la personne accueillie puisse y vivre avec un animal de compagnie. Pour l’instant nous nous sommes contentés de deux poissons rouges !

Nous sommes soucieux de nous adapter aux besoins de ce public. Nos statuts prévoient d’ailleurs que l’un des administrateurs élus au conseil d’administration, soit issu du collège des d’usagers. Tout doit pouvoir se négocier, du moment que cela puisse se faire dans la transparence. Mais nous sommes aussi conscients des fragilités de ces personnes. Pour mieux y être attentifs, nous avons fait suivre à nos bénévoles deux cycles de formation, l’un mené par une psychologue expérimentée (sur la relation d’aide), l’autre par la Fnars (approche globale de la précarité). Notre salariée a aussi pour mission de coordonner l’investissement des bénévoles et de cultiver leur réseau afin qu’il ne s’épuise pas, qu’il se renouvelle et pourquoi pas s’amplifie.


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