N° 829 | du 22 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 février 2007

Quand reconnaître une personne dépendante la rend sujet

Entretien avec Marie-Annick Barré, conseillère sociale en gérontologie

Thème : Personne âgée

Évaluer à domicile avec un médecin conseil territorial, dans le cadre de l’APA, les besoins de la personne âgée dépendante, mettre en œuvre, en respectant le rythme et le désir de la personne, tout ce qui peut contribuer à son maintien à domicile dans les meilleures conditions possibles pour elle et son entourage, telles sont les principales missions des conseillers sociaux en gérontologie du conseil général d’Ille-et-Vilaine. Entretien avec Marie-Annick Barré, conseillère sociale en gérontologie (CSG) du conseil général d’Ille-et-Vilaine.
Propos recueillis par Mylène Béline.

L’intervention à domicile la plus courante est celle de l’aide ménagère. On imagine que la personne âgée n’en attend que du bien. Sous quelle forme ? A-t-elle des craintes ?

Lorsque je propose une aide à domicile la grande inquiétude c’est : « Est-ce que je vais pouvoir lui faire confiance ? » L’autre question c’est : « Est-ce que ce sera toujours la même personne ? ». Cette notion de référent est très importante car c’est une des conditions pour qu’un bon relationnel et un vrai lien s’établissent entre la personne âgée et son aide ménagère. C’est pour ça que, même si des relais doivent être pris pour les remplacements, il faut être vigilant quant au nombre d’intervenants dans une maison. Ce que la personne souhaite aussi c’est qu’on lui accorde du temps et qu’on respecte son rythme, notamment en intervenant au moment où elle en a besoin. Une aide ménagère bien traitante c’est quelqu’un qui, dans sa manière d’être, va tenter de répondre à ces aspirations profondes.

À partir de là, la personne âgée va pouvoir se confier, accepter qu’on fasse à sa place et pas comme elle, qu’on touche à son corps… Et au-delà des activités de base — travaux ménagers, aide à la marche, à la toilette — elle va être très sensible à toute initiative lui proposant quelque chose d’agréable : des bains de pieds, le shampoing et la mise en plis, l’accompagnement à la bibliothèque… Quelque chose qui va lui apporter un bien-être physique, lui permettre d’entretenir une bonne image de soi et de garder sa dignité. Bien traiter, c’est tout cet ensemble. En fait c’est reconnaître la personne âgée dans sa dépendance mais aussi la reconnaître comme « sujet » capable d’avoir des désirs et de faire des choix.

Et c’est fréquent ce type de « traitement » ?

Oui, il y a pas mal d’interventions à domicile qui se font de cette façon. Mais il y a des insatisfactions. Qui d’ailleurs finissent parfois par ne plus s’exprimer parce que banalisées par tout le monde au fil du temps. Par exemple, l’autre jour, je demande un papier, la personne me dit « allez voir dans l’armoire ». Elle chasse ma gêne en disant « tout le monde y va, dans l’armoire ». Et elle n’a même plus idée de s’en plaindre. Mais c’est la règle : il est rare que les personnes âgées se plaignent. Elles n’osent rien dire. Elles ont peur que ça se retourne contre elles. D’où l’importance pour nous, mais c’est vrai aussi pour les familles, d’être vigilants et attentifs pour que les insatisfactions soient exprimées et qu’on y remédie.

Une amélioration du service à domicile passerait par quoi selon vous ?

En priorité il faudrait penser à la bientraitance des aides à domicile ! En les formant et en les accompagnant. Côtoyer la dépendance, la maladie, la mort, les comportements pas toujours simples des personnes âgées, c’est très dur. Et de même qu’on pense à des lieux de parole pour les aidants familiaux, il faudrait des temps d’écoute, de supervision, de conseil technique pour les aides à domicile. Sinon elles vont mal et elles risquent d’être mal avec la personne âgée.

Vous venez d’évoquer les aidants familiaux, qu’est-ce qui est déterminant dans leur comportement ?

Ce qu’il faut savoir c’est que la dépendance isole et amène l’aidant ou le conjoint à renoncer plus ou moins à soi. Il est souvent présent 24h/24. S’il est soutenu par un bon réseau familial ou autre, s’il conserve des relations avec l’extérieur, il peut parler, s’octroyer des moments pour souffler et se ressourcer. Dans ce cas il tiendra mieux le coup. Sinon, pour un peu que la dépendance s’accentue, il peut arriver à une telle usure qu’il n’est plus disponible pour être bien avec l’autre et peut devenir maltraitant. Ce qui va être déterminant aussi c’est la nature de la relation qui se noue au cours de cet accompagnement qui est celui de la fin d’un parcours de vie. Mais quelle que soit la situation, l’aidant à besoin de temps et de lieux pour souffler, déposer sa souffrance. Des initiatives dans ce sens commencent à apparaître. C’est intéressant.

Alors ? La bientraitance, finalement ?

C’est une notion très tendance ! Qui est devenue une préoccupation de tous les partenaires impliqués dans la problématique des personnes âgées. Et c’est bon signe. Parce que ça signifie qu’on réfléchit à ce qui doit être fait pour que la personne âgée soit bien. Mais il y a beaucoup à faire.


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