N° 829 | du 22 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 février 2007

Le bien-être des personnes accueillies, un objectif prioritaire

Katia Rouff

Thème : Personne âgée

La résidence Alquier Debrousse multiplie les attentions et les initiatives pour créer une ambiance sereine et conviviale au sein de l’établissement. Parmi les activités proposées, la balnéothérapie des pieds remporte un vif succès auprès des personnes âgées

Chantal [1], « 90 piges et quelques poussières », est ultra coquette. Cheveux coupés au carré retenus par un serre-tête, paupières bleues, ongles roses nacrés, elle nous reçoit dans sa chambre où elle vient de bénéficier d’une séance de balnéothérapie des pieds, suivie d’un massage du visage. Le soin l’a détendue et rendue volubile. Elle parle longuement du métier d’esthéticienne-masseuse-coiffeuse qu’elle a exercé autrefois dans un quartier chic de Paris. La balnéothérapie des pieds ? « C’est sympa et ça procure une détente complète », dit-elle.

Chantal a la mémoire intacte du passé mais des difficultés avec le présent. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, elle vit dans l’une des « Unité de vie protégée » de la résidence Alquier Debrousse [2]. L’établissement, géré par le centre d’action sociale de la ville de Paris, reçoit actuellement 252 personnes âgées dépendantes dont la moitié souffre de troubles cognitifs. Au terme des travaux en cours, il comptera 326 lits, répartis dans trois pavillons.

Le pied, objet de plaisir

Marie-France Frund, agent hospitalier d’animation, a conçu le projet de balnéothérapie des pieds dans le cadre d’une formation. L’idée est simple et peu onéreuse. Confortablement installée dans sa chambre, les pieds dans un bain à remous, la personne âgée se détend durant un quart d’heure. Marie-France Frund lui masse ensuite longuement les pieds puis le visage avec de l’huile d’amande douce et des huiles essentielles. Le tout sur fond de musique douce et de lumières tamisées. « Dans cette relation à deux, le résident bénéficie d’un moment de bien-être, de relaxation, il retrouve des sensations oubliées liées à la toute petite enfance et aux soins prodigués par la mère, ainsi que le plaisir de s’occuper des ses pieds », souligne l’initiatrice du projet.

Symboliquement, le pied est lié au plaisir et à la séduction (plaisir du bébé qui joue avec lui, séduction du vernis à ongles pour les femmes…) Cette séance de soin agréable dure une heure et invite à la parole. Un homme a ainsi confié des difficultés familiales qu’il n’avait jamais évoquées, une femme s’est émue qu’on prenne soin d’elle « pour la première fois de sa vie », les résidents évoquent aussi très souvent leur vie professionnelle passée. Ce soin procure un apaisement, notamment aux personnes souffrant de troubles cognitifs, parfois très énervées.

En majorité issus de milieux modestes, les résidents considèrent ce temps de soin comme un « petit luxe », remarquant au passage que la vie en institution peut réserver des découvertes agréables. Marie-France Frund a fait des émules parmi ses collègues, l’équipe a investi dans l’achat de nouveaux appareils et seize résidents bénéficient chaque semaine de ce moment privilégié avec un soignant. En 2005, le projet a décroché le prix « Initiative de la bientraitance », décerné par la ville de Paris.

Apporter la vie dans les murs

À travers les soins, les activités et jusque dans la conception de l’espace, l’équipe veille au bien-être des personnes accueillies. Ensemble, personnel et architectes ont réfléchi à la rénovation des pavillons afin que la résidence soit ressentie comme un lieu de vie tout en préservant une qualité optimale des soins. Dans le premier pavillon rénové, le résultat est très réussi : les espaces sont ouverts, les couleurs vives et apaisantes et les salles baignées de lumière naturelle. Le long d’un grand couloir, trois « boutiques » aux façades jaune et orange évoquent une rue commerçante : l’espace polyvalent [3], le salon de coiffure et un restaurant pour les familles. Le « coin cheminée » avec son parquet clair, ses fauteuils jaune et vert pomme et son piano accueille des ateliers (chant, lecture, mémoire…)

Chaque lieu de vie est équipé d’une kitchenette pour boire un café, organiser des ateliers pâtisserie… Les résidents ont très rapidement investi les lieux, l’ambiance apaisante a même fait chuter le nombre de fugues chez ceux souffrant de la maladie d’Alzheimer. Pour renforcer l’ambiance familiale, une équipe de restauration mitonne de bons petits plats servis sur des tables rondes de quatre à six personnes. Pour que la vie circule, l’équipe propose diverses animations dans les étages à de petits groupes ou en individuel (manucure, soins du visage…), les festivités (Noël, galette des rois), elles, réunissent l’ensemble des résidents d’un même pavillon. Des initiatives toutes simples remportent l’adhésion, comme la visite du kiné avec son chien. Les résidents l’ont connu tout petit et aiment jouer avec lui, le peigner ou simplement le caresser. Le week-end, les activités continuent pour limiter le sentiment de solitude et l’ennui.

Bref, tout est pensé pour que les résidents se sentent bien et que les familles prennent plaisir à venir en visite. L’idéal serait qu’elles participent aux activités, mais pour l’instant elles ne s’y pressent pas. « La réflexion sur la bientraitance passe également par l’accueil de nombreux stagiaires venus d’horizons différents (aides-soignants, étudiants en BEP sanitaire et social, animateurs…) apportant un regard nouveau sur la personne âgée qui, même dépendante, peut garder des projets de vie », souligne Françoise Fileppi, la directrice.

L’équipe aime aussi accueillir des personnes extérieures comme les bénévoles de l’association Les petits frères des pauvres qui viennent chaque semaine donner un concert d’accordéon. Une halte-garderie voisine vient d’ouvrir ses portes, bientôt les enfants partageront un atelier peinture et terre avec les résidents. Une nouvelle occasion de créer du lien et de la vie.


[1Le prénom a été changé

[2Résidence santé Alquier Debrousse - 1, Allée Alquier Debrousse - 75020 Paris. Tél. 01 43 67 69 69

[3Selon les jours le local sert de lieu de culte, de bureau à l’assistante sociale, au personne administratif… évitant ainsi aux résidents de se déplacer dans d’autres pavillons


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