N° 829 | du 22 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 février 2007

Être vieux et bien traité, une gageure ?

Joël Plantet

Thème : Personne âgée

L’espérance de vie s’accroît, le nombre de personnes dépendantes augmente. Que ce soit dans les établissements ou dans les familles, comment traitons-nous nos vieux ? Pas tellement bien, si l’on en croit les études et enquêtes sur la question. En début d’été dernier, le ministère a présenté un plan Solidarité grand âge : que faut-il en attendre ?

Chaque année, l’espérance de vie s’accroît d’un trimestre. Si le nombre de personnes de plus de quatre-vingt-cinq ans est resté stable entre 1995 et 2005 en raison du déficit de naissances lié à la première guerre mondiale, il va considérablement bondir dans les dix prochaines années, passant de 1 100 000 personnes en 2005 à 1 900 000 en 2015 et selon les prévisions leur nombre aura doublé en 2020. Corollairement et logiquement, le nombre de personnes dépendantes va augmenter.

Actuellement, les maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson et maladies apparentées…) concernent environ 12 % des personnes de plus de soixante-dix ans. En 2040, nous voilà prévenus, plus de deux millions de Français seront atteints de la maladie d’Alzheimer…

Un rapport récent sur le vieillissement dénonce l’accueil indigne des personnes âgées en milieu hospitalier. En mars 2006, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait déjà pointé les carences de la politique de lutte contre la maltraitance des personnes âgées dans les établissements. Depuis quelques années, les insuffisances sont d’ailleurs largement pointées en ce domaine (lire l’interview de Sylvain Siboni, psychologue clinicien).

La bientraitance, un cache-misère ?

Le terme de maltraitance envers les personnes âgées — Eldermistreatment selon la terminologie anglo-saxonne — recouvre différents types de violence : physique, psychologique, matérielle ou morale. Alors, comment faire pour bien traiter nos semblables ? Et pourquoi créer un néologisme ? Emploie-t-on le terme « humanitude » ? Le mot « bientraitance » ne serait-il qu’un cache-misère ? En tout cas, les initiatives, création de numéros d’appel, « grilles d’auto-contrôle » de certains établissements se multiplient.

Depuis janvier 2004, l’Association francilienne pour la bientraitance des aînés et/ou handicapés (AFBAH) gère un centre d’écoute régional Solidarité vieillesse [1]. La Ville de Paris a institué depuis trois ans un prix récompensant des « initiatives de bientraitance ». Le réseau Allô maltraitance personnes âgées [2] a même récemment édité deux DVD intitulés Comment maltraiter un vieillard à domicile en dix leçons et Comment maltraiter un vieillard en institution en dix leçons !

Fin juin 2006, le ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et la Famille, Philippe Bas, a présenté son plan Solidarité grand âge. Cinq axes structurent cette réforme : donner le choix aux personnes âgées dépendantes de rester chez elles, améliorer la qualité de vie des maisons de retraite et l’adaptation de l’hôpital aux personnes âgées en constituent les trois premiers ; assurer un financement solidaire de la dépendance et insuffler « une nouvelle dynamique à la recherche et à la prévention » parachèvent le paysage [3].

Mais souvenons-nous : un plan Vieillissement et solidarités avait déjà été programmé sur quatre ans après la canicule de 2003, prévoyant le financement de dix mille places supplémentaires en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, dix mille autres en services de soins infirmiers à domicile, 4250 en accueil de jour et 2250 places en hébergement temporaire. Dans la même veine, la loi du 30 juin 2004 avait instauré la Journée de solidarité en même temps qu’elle avait installé la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), pour en gérer les crédits.

Constaterons-nous une amélioration dans les années qui viennent ? La maladie d’Alzheimer a été déclarée grande cause nationale pour l’année 2007 : en effet, selon les chiffres officiels, 850 000 personnes en sont atteintes et chaque année, 225 000 nouveaux cas sont dénombrés. Une des mesures effectives à partir du 1er janvier dernier a été la création d’un congé de soutien familial d’un an, avec maintien des droits à la retraite. Par ailleurs, le renforcement du système des aides à domicile est d’ores et déjà annoncé.


[1AFBAH - Tél. 01 45 59 26 10

[2ALMA - BP 1526 - 38025 Grenoble cedex. Tél. 04 76 84 20 40 mail : asso-alma@wanadoo.fr

[3Les mesures du plan Solidarité grand âge
Doubler les capacités d’hospitalisation à domicile d’ici 2010, elles passent de 8000 à 15 000.
Développer le nombre de places de services de soins infirmiers à domicile : actuellement au nombre de 87 000, elles devront être augmentées de 40 % en cinq ans, six mille places étant créées chaque année.
Former les professionnels de l’aide à domicile à repérer les premiers signes de la dépendance.
Créer un droit au répit pour les aidants familiaux.
Recruter plus de professionnels.
Maintenir à un niveau élevé les flux de formation initiale pour les professions de santé ; ouvrir tous les métiers de la filière sanitaire et sociale à la validation des acquis de l’expérience dès 2006 ; créer de nouveaux métiers pour développer l’animation dans les établissements.
Conclure des accords - cadres avec les grands opérateurs de l’aide à domicile en France afin de moderniser le secteur .
Créer un numéro et un dispositif national d’écoute et de traitement des situations de maltraitance ; renforcer le processus de signalement entre établissements et services de l’État ; mettre en place un programme d’inspection garantissant la visite régulière des établissements et leur contrôle dans une période de dix ans.
Agir sur le recrutement, la formation et l’accompagnement des personnels.
Expérimenter dans quelques départements pilotes un dispositif de prévention des risques d’épuisement du personnel.
Renforcer les sanctions et les contrôles en cas de maltraitance - Inscrire dans le plan de formation et dans le projet d’établissement un volet concernant la politique de lutte contre la maltraitance.
Transformer le Comité national d’évaluation sociale et médico-sociale en une Agence d’évaluation et renforcer ses moyens.
Demander à tout projet d’établissement de prévoir une politique d’évaluation interne et une démarche qualité.
Soutenir une politique de labellisation « qualité » par les grandes fédérations du secteur.
Maîtriser le prix payé par les personnes âgées : par exemple, faire intégralement bénéficier les résidents des subventions à l’investissement.


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