N° 1044 | du 5 janvier 2012 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 5 janvier 2012

La santé déléguée aux équipes mobiles

Laurent Burlet

Deux équipes mobiles, Interface SDF, pour le versant psy, et le Réseau social rue hôpital, pour le versant somatique, interviennent régulièrement à l’Accueil Carteret.

Structure purement sociale, l’Accueil Carteret s’appuie sur deux équipes mobiles pour la santé. Une pour le somatique, le Réseau social Rue Hôpital (RSRH) et une pour le psychique, Interface SDF.

L’équipe mobile du RSRH a été créée en juin 2001 pour accompagner vers le soin des personnes en grande précarité dans l’agglomération lyonnaise, en lien avec des partenaires sociaux et sanitaires. Composée d’un médecin, deux infirmiers, d’une assistante sociale et d’une secrétaire, elle a le statut de Permanence aux soins de santé (PASS) mobile et est rattachée au Centre hospitalier Saint Joseph Saint-Luc. À Carteret, il y a une permanence soignante tous les mercredis matin en plus d’un suivi bihebdomadaire en réunion partenariale et d’interventions en urgence.

Dans son rapport 2010, l’équipe mobile du RSRH note que globalement « la tendance constatée depuis 2007 s’accentue avec une augmentation du nombre de personnes vieillissantes et dépendantes de plus de cinquante ans ayant souvent un long parcours de rue. 41 % ont plus de cinquante ans avec des prises en charge sur du long terme sans réponse adaptée faute d’établissements suffisamment étayants et/ou bienveillants. Cela pose de manière prégnante le problème de la perte d’autonomie de personnes vieillissantes dans l’urgence sociale lyonnaise ».

À Carteret comme ailleurs, l’équipe mobile regrette que « souvent des personnes sont mises dehors sans que l’on prévienne les structures. Certaines ont pu arriver avec le cathéter encore dans le bras ».

Cette tendance au raccourcissement de la prise en charge hospitalière, valable également pour la psychiatrie, est vraie pour tout le monde. Sauf qu’un SDF n’a pas de « chez soi » pour sa convalescence. L’assistante sociale du RSRH le note : « Il n’y a plus d’hospitalisation à motif social. Avant, on gardait le SDF jusqu’à ce qu’on lui trouve une maison de retraite ou une maison de convalescence. Il y a cinq ans, un SDF pouvait rester deux à trois mois sur un lit d’hôpital. Maintenant il reste trois jours. La durée moyenne de séjour (DMS) est très courte. C’est une des conséquences de la Tarification à l’acte (T2A). » Il ne faut toutefois pas dénier les particularités liées à l’hospitalisation des SDF. Certains services redoutent qu’un SDF vienne « enkyster » un lit. Mais il y a aussi des situations où des personnes sans-abri s’excluent du soin.

L’équipe du RSRH évoque le cas d’un Polonais qui a le « foie foutu ». « Dans l’absolu, il serait mieux sur un lit d’hôpital. On a fait venir un traducteur pour lui expliquer les conséquences de son alcoolisation. Il a dit « je veux retourner à Carteret ». C’est difficile à accepter pour des soignants. Mais d’une certaine manière c’est un choix de vie. On ne va pas l’attacher à un lit pour qu’il adhère à un soin. » Ces praticiens insistent pour dire qu’il faut des structures pour un accompagnement de fin de vie. Car Carteret n’est pas adapté pour les soins palliatifs et, dans tous les cas, il n’y a pas de structures adaptées. L’équipe pose une question pour l’instant sans réponse : « Qu’est-ce qu’on fait de ces personnes en fin de vie ? Carteret, c’est chez eux. Or si on ne les accepte plus à Carteret, devront-ils mourir à la rue ? »

Pour le versant psychiatrique, unité mobile Interface SDF intervient au moins une fois par semaine, en la personne de la psychologue Marie-Hélène Bussac : « À Carteret, ce sont des personnes qui sont dans des problématiques du lien. Leur histoire est faite de multiples traumatismes avec un quotidien d’une grande violence. Généralement, cette souffrance est colmatée par l’addiction à l’alcool. » Comme pour le somatique, Interface SDF essaye de mettre en place un travail sur le plan psy. Et les travailleurs sociaux se demandent toujours si ces personnes n’auraient pas davantage leur place à l’hôpital. (Lire l’entretien du fondateur d’Interface SDF, le psychiatre Michel Bon dans Lien Social n° 1018 du 12 mai 2011).


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