N° 1044 | du 5 janvier 2012 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 5 janvier 2012

La Place, un autre centre d’hébergement atypique

Laurent Burlet

Comme l’Accueil Carteret, La Place, à Grenoble, fut un autre exemple de ce que peuvent apporter aux personnes en grande errance les centres d’hébergement à bas seuil d’exigence.

Créé en même temps que l’Accueil Carteret, La Place, à Grenoble, n’a pas survécu aux réductions budgétaires ambiantes. Cet été, ses dix-neuf occupants ont été priés de faire leurs sacs et de reprendre leurs chiens. Ce centre d’hébergement n’était pas seulement le voisin grenoblois de Carteret, le lyonnais. Il a aussi une histoire similaire. C’est également la mobilisation des Enfants de Don Quichotte durant l’hiver 2006/2007 qui est à l’origine de sa création.

La mise en place, en 2007, du Plan d’action renforcé en direction des personnes sans abri (Parsa) a conduit la DDASS de l’Isère à demander à l’association Relais Ozanam d’engager une réflexion avec dix-sept autres acteurs intervenant dans le champ du sans-abrisme à Grenoble. La problématique était la même que dans les autres grands centres urbains : comment accueillir de manière pérenne les personnes qui, du fait de leurs addictions, leurs comportements ou leurs chiens sont, au mieux, mises à l’abri le temps de la période hivernale ? À la différence de Carteret, cette réflexion a pris le temps de s’élaborer (un an) et a débouché sur la création d’un CHRS dit « de stabilisation » au début de l’année 2008.

Dans son fonctionnement, on retrouvait plus ou moins les mêmes ingrédients qu’à Carteret : séjour souple et individualisé, tolérance ou hébergement non conditionné à des actions d’insertion. L’association Ozanam et l’équipe de salariés de La Place ont axé leurs interventions sur l’accueil inconditionnel : règles minimums co-constuites avec les hébergés, questionnement de la pratique éducative, mise en place d’une pratique internalisée de la réduction des risques liés à l’usage des drogues et le principe de non-abandon. Ce principe consistait, entre autres, à des interventions hors les murs de La Place si la personne en faisait la demande, même en cas d’exclusion de la structure. La Place ne se limitait pas aux salariés de l’association mais s’appuyait sur un réseau indispensable à la conduite d’un tel projet.

Deux anciens salariés de La Place tirent un bilan largement positif de ce CHRS. Audrey a connu l’accueil d’hiver Le Passage et La Place. Elle note une différence : « Au Passage régnait une tension généralisée. Les personnes arrivaient dans un état d’agressivité important, ne pensant qu’à vivre au jour le jour. » Et Patrice de compléter : « Une fois posés, ils se sont apaisés. Ils ont pu se préoccuper d’autres choses que de chercher à manger et un coin pour dormir. Ils se sont resocialisés. Certains ont revu leur famille et d’autres vivent en appartement. Tous ont leurs papiers à jour et ont engagé des démarches de soin. »

Avec la fermeture de La Place, le sentiment de gros gâchis est à la hauteur de ces changements personnels constatés par les travailleurs sociaux.


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