N° 966 | du 25 mars 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 mars 2010

Au secours des décrocheurs scolaires

Joël Plantet

Thème : École

Environ 60 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans formation. Avant d’en arriver là, ils ont été régulièrement absents des cours, voire exclus pour leur comportement perturbateur, signe de leur mal-être. De nombreux dispositifs existent pour repérer ces « décrocheurs » avant qu’ils n’atteignent l’âge de seize ans et disparaissent du paysage. Mais leurs moyens sont limités et parfois remis en question comme c’est le cas pour les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté.

L’expression vient du Québec, pays dans lequel est considéré comme décrocheur tout élève inscrit au début d’une année scolaire et qui ne l’est plus dans les mois suivants sans être titulaire d’un diplôme d’études secondaires. C’est en tout cas, selon la définition canadienne, un élève qui ne comprend pas ce qu’il fait en classe : en France, au moins 1 % des collégiens seraient déscolarisés, le plus souvent entre 14 et 16 ans, les filles étant presque autant concernées que les garçons.

Plusieurs solutions ont déjà été testées, notamment des classes relais, créées en 1998 dans les collèges, souvent animées par des éducateurs et des instituteurs spécialisés. Elles accueillent provisoirement – de quatre mois à un an – les éléments perturbateurs, des élèves déscolarisés, en échec ou en absentéisme chronique. De même, en 2006, le concept de veille éducative a émergé. L’idée était de créer un outil partenarial de prévention adossé à des institutions enfin mises en réseau, susceptible de remédier aux situations individuelles des décrocheurs scolaires.

L’an dernier, à l’initiative du Haut-commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, une expérimentation intitulée La mallette des parents était réalisée dans l’académie de Créteil pour faire baisser l’absentéisme. L’objectif en était d’accroître la participation des parents d’élèves de 6e à la scolarité de leurs enfants, par des ateliers d’accompagnement et des débats. Les résultats – 20 % des parents volontaires, 17 % ayant participé aux trois débats – ont été considérés comme « très encourageants ».

Environ soixante mille jeunes sortent encore chaque année du système scolaire sans formation leur permettant de s’insérer. Ce ne sont certes pas des solutions simplistes qui régleront le problème : ainsi, la suppression des allocations familiales, déjà adoptée dans la loi pour l’égalité des chances en 2006, n’a jamais été appliquée. Régulièrement (encore en janvier), la droite relance le débat : un amendement en vue de la simplification du contrat de responsabilité parentale (CRP) devait être déposé ce mois de février à l’Assemblée nationale, sur fond de suppression des allocations… On se souvient de l’idée d’une cagnotte pour motiver les lycéens, expérience foireuse mise en place dans le Val-de-Marne.

Le politique sait peut-être où se situe la réponse : devant son panel TF1 de « vraies gens » du 25 janvier dernier, quand un habitant de banlieue parisienne lui a demandé – « Que devient le plan Marshall de Fadela Amara, qui devait tout changer en banlieue ? » –, Sarkozy, après n’avoir pu que convenir de la lenteur des choses, a préféré mettre en avant des mesures telles que la lutte contre le décrochage scolaire ou la création d’internats d’excellence.

Les faits sont là : en 2009, les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) se sont vus amputés de milliers de postes. La pétition Sauvons les Rased avait alors recueilli près de 300 000 signatures. Sous le discutable prétexte de deux heures hebdomadaires d’aide individualisée pour les élèves en difficulté (installées via la suppression des cours du samedi matin et dispensées par les maîtres), tout un dispositif spécifique, qui avait fait ses preuves, est en voie de passer aux oubliettes. Il y a bien eu quelques reculs et lâchages de lest dans les suppressions de postes d’enseignants, mais la logique destructrice est bel et bien en marche. De même, en 2009 aussi, le Conseil national des villes (CNV) avait préconisé la mise en œuvre de mesures relatives à l’éducation dans le cadre du plan Espoir banlieues, concernant l’accompagnement éducatif dans les collèges et écoles de l’éducation prioritaire, la lutte contre l’absentéisme et le décrochage scolaires, ou le développement des Écoles de la deuxième chance… (lire l’expérience d’un atelier scolaire). Simultanément, il avait exprimé ses réserves sur les mesures d’assouplissement de la carte scolaire.

En janvier 2009, Xavier Darcos annonçait, dans le cadre d’un énième Plan jeunes, le recrutement de 5 000 agents médiateurs de la réussite scolaire en emplois aidés, pour lutter contre l’absentéisme à l’école, faire l’interface entre école et parents, aller à la rencontre des élèves absents. L’objectif annoncé officiellement est de faire chuter de 10 % le nombre des « décrocheurs » Dans la foulée, Sarkozy prévient que dès la rentrée suivante, les jeunes de seize ans ayant quitté l’école seront répertoriés et suivis : « Aucun jeune ne devra rester en dehors de tout système de formation, sauf s’il a déjà un emploi. » Paroles, paroles… Car une autre lecture peut être faite du phénomène… Selon Bernard Defrance, ex-éducateur et professeur de philo, les élèves sont porteurs d’une triple ligne de violence : celle liée à leur propre origine et aux représentations qui en sont faites ; celle due à la sélection scolaire ; celle, enfin, rencontrée dans les quartiers, criante d’inégalités.


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