N° 966 | du 25 mars 2010 | Numéro épuisé

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Le 25 mars 2010

Témoignages d’adolescents accueillis à Pause Chocolat

Katia Rouff

Stéphane, treize ans, exclu trois jours

Stéphane, treize ans, exclu du collège pour trois jours, vient pour la première fois à Pause Chocolat, à l’invitation de Régis Bouget, rencontré dans son établissement scolaire juste avant la commission disciplinaire. Isabelle Hardy, stagiaire en formation d’assistante sociale, lui offre un chocolat, des gâteaux et lui propose de visiter la maison. « Je suis venu car Régis m’a dit que je pourrais rencontrer d’autres jeunes, explique l’adolescent, vêtu d’un sweater vert à manches jaunes. Il s’agit de ma seconde exclusion. Pendant la commission, en présence de ma mère, j’étais mal à l’aise à cause de mon acte : j’ai frappé des collégiens qui m’ont insulté. Je réagis trop vite, je ne sais pas me contrôler, je tape et voilà. Le passage en commission m’a permis de comprendre pourquoi je suis puni. »

Éléonore, quinze ans, exclue à deux reprises

Eléonore, quinze ans, manteau violet et chouchou dans les cheveux, fréquente Pause Chocolat depuis son ouverture. Suite à un drame familial, l’adolescente a connu de sérieuses difficultés au collège. « Je n’arrivais pas à me canaliser, j’étais trop agitée. J’ai été exclue à deux reprises et le principal adjoint du collège m’a fait rencontrer Régis Bouget. Il m’a accueillie au moment où les travaux de rénovation du pavillon démarraient. J’ai jardiné, décollé du papier peint, lessivé les murs… J’étais à fond dans ce que je faisais, cela m’a calmé, m’a coupé de mes préoccupations scolaires et familiales. Le contact avec Régis m’a stabilisée, j’ai même voulu arrêter de voir mon psychologue », évoque l’adolescente. Après la reprise des cours, Eléonore a continué à fréquenter le lieu pour parler de ses difficultés avec certains professeurs. De temps à autre, elle vient déjeuner avec Régis ou lui propose de partager un repas au collège ou au McDonald’s. « Si je ne vois pas mon éducateur pendant deux semaines, je me sens mal », plaisante-t-elle. Jardiner à Pause Chocolat a permis à l’adolescente de trouver sa vocation professionnelle et de s’orienter vers un lycée horticole. Au collège, les choses se passent mieux, le principal lui a accordé l’autorisation de quitter un cours pour se calmer lorsqu’elle est trop tendue.

La mère d’Eléonore ne tarit pas d’éloges sur le partenariat entre le collège et Pause Chocolat. « A la suite du drame qui a frappé notre famille, ma fille a vécu une situation de grand déséquilibre. L’équipe pédagogique du collège nous a beaucoup aidées avant de nous mettre en lien avec Pause Chocolat. Le contact qu’Eléonore a noué avec Régis l’a énormément apaisée. Avant, elle était si incontrôlable que les professeurs refusaient sa présence lors des sorties, ce n’est plus le cas. Lorsque Eléonore va à Pause Chocolat, tout près de notre domicile, je me sens tranquille. Elle se défoule, elle bricole, elle participe à des sorties et à des séjours. Si j’ai un problème ou si je me sens dépassée, j’appelle Régis qui sait la canaliser. »

Cyril, quatorze ans, exclu à plusieurs reprises

Cyril, quatorze ans, a fréquenté les ateliers-relais animés par Régis Bouget avant l’ouverture de Pause Chocolat. Il a participé à la rénovation du pavillon. « J’ai peint les toilettes, coupé les branches du saule pleureur, fait de la manutention aux Restos du cœur… égrène cet adolescent aux yeux rieurs. Nous avons encore du travail sur la planche : repeindre la salle de bains pour que les filles puissent s’isoler et se maquiller. » Après avoir été exclu de son collège à plusieurs reprises, Cyril a trouvé sa voie professionnelle : le bâtiment. Aujourd’hui, il suit un stage en entreprise parallèlement à ses cours, que le principal a accepté d’alléger. Si l’adolescent est heureux de son orientation, il n’apprécie toujours pas l’école. Il admet adorer amuser la galerie et ne pas savoir résister aux sollicitations de ses camarades qui le poussent à dépasser les limites avec les adultes.

La mère de Cyril apprécie le soutien apporté par Pause Chocolat aux parents : « Lorsque le proviseur m’a parlé d’une rencontre avec un éducateur spécialisé, j’avoue que j’ai été un peu effrayée, sourit-elle. En réalité, Régis nous a beaucoup aidés. Il sait prendre mon fils qui se braque pourtant facilement avec les adultes. Il l’a aidé à passer un cap, à prendre conscience de son comportement. Il m’apporte aussi une aide, il me guide dans cette période difficile de l’adolescence. Je fais tout pour aider Cyril mais par moments, je ne sais plus où donner de la tête, la présence de l’éducateur est alors inestimable. »


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