N° 681 | du 9 octobre 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 9 octobre 2003

Le CHRS Cité Saint-Martin : de l’urgence à l’insertion

Katia Rouff

Thème : CHRS

La Cité Saint Martin qui accueille hommes, femmes, familles et personnes porteuses du VIH, a vu ses missions changer avec le temps. De l’hébergement d’urgence, elle est passée à l’accompagnement social. L’équipe a assisté à la paupérisation du public accueilli et à l’augmentation de ses problèmes de santé physiques et mentaux.

Quartier de l’Arsenal, près de la place de la Bastille à Paris. Cité Saint-Martin [1], une association issue du Secours catholique, est l’un des plus grands lieux d’accueil et d’hébergement pour les personnes en situation d’exclusion et de grande précarité de la capitale. La structure cumule les fonctions d’accueil d’urgence et de centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

L’endroit est plutôt gai avec des enfants qui courent dans l’escalier et des poussettes rangées dans les coins. « Les enfants apportent la vie, ça fait du bien à l’ensemble des personnes hébergées, même celles en grande difficulté profitent de ces bouffées d’air frais », souligne Jean-Louis Dauteuil, le directeur adjoint. « La présence des femmes dynamise les hommes en grande précarité et les pousse à faire des efforts de toilette et de séduction ». Cité Saint-Martin mélange les publics et propose différents types de services.

L’hôtel social d’urgence avec 55 lits accueille tout type de public : personne seule, couple avec ou sans enfant… La durée de l’hébergement est fixée à sept jours renouvelables une fois.

Le service d’accueil et d’accompagnement social (SAS) gère un parc de 70 chambres d’hôtel dans Paris proposées à des personnes seules ou avec enfants. La durée du séjour est fixée à quatre semaines, renouvelable une fois.

Le service d’accueil et d’accompagnement social d’insertion (SAS-I), avec l’aide de la CAF, gère 30 chambres d’hôtel. La durée de l’hébergement, fixée à 6 mois, est renouvelable une fois.

Le service familles santé (FASA) reçoit des couples avec enfants ou des familles monoparentales. Il comprend un accueil d’urgence qui héberge les familles plusieurs mois, une résidence de 60 lits divisée en 16 appartements adjacents à la Cité pour des familles en passe d’accéder à un logement autonome.

Enfin, « Le village » — depuis peu indépendant de Cité Saint-Martin — accueille des personnes malades du sida et leur famille ainsi que des personnes toxicomanes. Il propose 21 lits en appartements de coordination thérapeutique (ACT), 30 lits en hôtels meublés pour les personnes en substitution ainsi qu’un dispositif de prévention du sida et de médiation auprès de la communauté africaine de Paris.

Cité Saint-Martin naît en 1981, de la décision du ministre des Affaires sociales, Pierre Bérégovoy, de créer un centre d’accueil d’urgence dans chaque grande ville française. « Avant, le monde caritatif s’occupait de l’accueil en urgence et les professionnels du secteur social réalisaient l’accompagnement », évoque Jean-Louis Dauteuil. « Avec la montée de l’exclusion dans les années 80, nous avons appris à allier les deux ». Depuis son ouverture, Cité Saint-Martin accueille toute personne en difficulté, quel que soit son âge : homme, femme, couple, personne en souffrance (malade du sida, personne dépendante de l’alcool…), jeune qui souhaite travailler à Paris ou personne étrangère sans papiers.

À cet accueil tout public – rare dans les structures d’hébergement – s’ajoute un accueil sans entretien. « Cet accueil inconditionnel, de courte durée, reste le fondement de notre action, même si la création du Samu Social, en 1995, nous a incité à accompagner les personnes plus dans la durée », souligne Jean-Louis Dauteuil.

Depuis dix ans, la population accueillie change. L’équipe reçoit des familles de plus en plus démunies et fragilisées au niveau économique. En augmentation aussi les demandeurs d’asile, les personnes sans papiers, les problèmes liés à la santé, les pathologies chroniques et graves dues à la précarité, les familles étrangères et isolées venues en France faire soigner un enfant malade, le public jeune de plus en plus marginalisé, et la demande des malades mentaux due à la fermeture des lits en hôpital psychiatrique.

À ces derniers, l’équipe propose un hébergement en chambres d’hôtel, avec de plus en plus de difficultés, malgré les conventions passées avec les hôteliers. « Heureusement, nous avons établi un partenariat fécond avec le secteur psychiatrique et signé une convention de collaboration serrée entre Cité Saint-Martin et le secteur Centre de Paris, qui permet une prise en charge rapide de ces personnes au niveau des soins », se félicite le directeur adjoint.

En 1993, avec l’apparition de la trithérapie, les militants de la lutte contre le sida demandent la création d’appartements de coordination thérapeutique et Cité Saint-Martin obtient les financements. Aujourd’hui, la loi du 2 janvier 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale, oblige la CPAM à financer ces appartements en dotation globale, rendant leur situation financière plus stable.

L’arrivée des produits de substitution (Méthadone, Subutex), a permis aux personnes toxicomanes de s’engager dans un processus d’insertion. « Notre travail auprès des structures d’aide aux toxicomanes nous a incités à mutualiser les moyens d’un centre de soins spécialisé en toxicomanie et ceux d’un centre d’hébergement, ce qui a donné naissance à un projet global alliant soin, accompagnement et hébergement », explique Jean-Louis Dauteuil. En 1998, la structure créée un espace qui regroupe réponses médicales et psychologiques pour les malades du Sida et actions de prévention auprès des personnes africaines.

En 1996, la création d’une antenne logement, élargie en 2001 aux structures pour toxicomanes, permet à l’équipe de travailler en partenariat avec les centres de soins spécialisés et de favoriser l’orientation des autres résidents vers les hébergements extérieurs.

Depuis 1997, une antenne santé, composée de médecins, infirmière et psychologue, propose des consultations sanitaires et psychologiques au sein de l’établissement et travaille en étroite collaboration avec les équipes sociales.

Depuis deux ans, Cité Saint-Martin accueille moins de résidents. Raisons ? L’allongement de la durée moyenne des séjours dû aux difficultés à aider les personnes accueillies à s’insérer et le manque de logements disponibles à la location en région parisienne. La création de résidences sociales est importante mais elle entretient l’absence de stabilité et l’angoisse de l’avenir. Quant à la loi contre les exclusions de 1998, « une bonne loi », selon Jean-Louis Dauteuil, « elle est battue en brèche par les nouveaux dispositifs liés aux RMI et RMA et par la loi sur la sécurité intérieure ». Quant à la loi de rénovation sociale de 2002, « Elle est importante car elle redonne une place de citoyen à l’usager, mais qu’en est-il de l’avenir des personnes accueillies ? ».

Depuis 9 mois, à Paris, les CHRS ne reçoivent plus de propositions d’hébergement, il n’y a pas eu d’accord signé entre la préfecture et la Ville. « La durée d’hébergement en CHRS s’allonge de plus en plus au détriment des usagers. Ils se retrouvent en échec, doivent continuer à nous rendre des comptes alors qu’ils sont prêts à partir. Après le travail d’accompagnement, ça n’a pas de sens de les garder, c’est un énorme gâchis », regrette Jean-Louis Dauteuil.

L’accès au travail aussi est difficile, l’association des cités du Secours Catholique a été choisie pour piloter le projet Equal lancé par le Fonds social européen. « Face à une population avec des ressources de plus en plus basses, nous souhaitons créer un réseau de partenaires en Europe avec une forme de tutorat vis-à-vis des personnes hébergées qui les aide à trouver plus facilement un travail », explique le directeur adjoint.

L’équipe de Cité Saint-Martin se donne les moyens de s’adapter et de répondre aux nouveaux besoins de la population accueillie, cependant les responsables de l’association des Cités du Secours Catholiques, ne cachent pas leur inquiétude : « Face à l’évolution notoire de populations en manque d’hébergement et vivant dans une profonde souffrance, la question est posée en termes de politique d’action sociale. Même s’il est reconnu que le secteur associatif s’investit fortement dans ses missions, il ne peut développer sans risque ce que l’État décide de ne pas créer ».


[1Cité Saint-Martin - 4, rue de l’Arsenal - 74004 Paris. Tél. 01 44 61 89 89


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