N° 681 | du 9 octobre 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 9 octobre 2003

« Pour s’adapter les moyens doivent suivre ! »

Propos recueillis par Guy Benloulou

Pour Edmond Chesnais, chef de service dans un CHRS à Mulhouse, les difficultés des publics sont devenues beaucoup plus lourdes depuis l’ouverture des premiers centres d’hébergement et de réinsertion sociale. Les financements n’ont pas suivi et la formation des personnels non plus. « Faute de moyens, dénonce Edmond Chesnais, la capacité d’accueil du Haut-Rhin nous amène à refuser 60 % des demandes d’admission »

Quelles sont les principales évolutions en matière d’accueil de populations en difficulté, que les CHRS et le vôtre en particulier, rencontrent depuis leur création ?

Pour une part, les CHRS sont les héritiers — à leur création après la Seconde Guerre mondiale — du courant caritatif chrétien. En 1953, les termes d’inadaptation et de réadaptation sociales marquent la réforme de l’assistance qui devient l’aide sociale en matière de logement et d’hébergement. Les publics concernés sont d’abord les personnes sortant d’hôpitaux, de prison, ou en danger de prostitution. Elles peuvent être hébergées dans des établissements en vue de leur réadaptation sociale. Le cadre juridique des établissements évolue dans les années 70-80 (art. 185-2 du Code de la Famille et de l’Aide Sociale). Une base légale est donnée à l’ASH (Aide sociale à l’hébergement)

Le public évolue aussi : le CHRS s’adresse à des familles en manque de ressources, ou en situation sociale dégradée. Neuf catégories de personnes sont concernées par des actions globales allant au-delà du logement. Les CHRS créent des CAVA (ateliers de réentraînement à l’effort) qui peuvent mener à l’insertion par l’économique. Le nombre de places en CHRS passe de 20 000 à 30 000 dans la période. Le nombre d’associations gestionnaires double. Les équipes se professionnalisent de manière pluridisciplinaire.

Mais à quelles périodes peut-on dire que se produisent les principales évolutions en matière d’accueil et quelles sont-elles ?

Dans la période 1980-2000, la montée du chômage et de l’exclusion oblige les CHRS à diversifier leur action en fonction des difficultés des personnes accueillies. Le CHRS devient un élément du dispositif d’action sociale avec une mission de service public. La loi de lutte contre les exclusions (29.07.1998) met l’accent sur la réinsertion sociale et modifie en ce sens l’article 185 du Code de la Famille. Les missions des CHRS sont élargies selon leur projet : aux situations de détresse ; à l’accueil et l’orientation en urgence ; à l’hébergement et au logement sous toutes ses formes ; au soutien et à l’accompagnement ; à la réinsertion sociale et professionnelle par l’activité économique

On peut dire que cette évolution de la mission des CHRS se produit essentiellement parce que le public qu’il est censé accueillir se modifie ?

Aujourd’hui, l’exclusion sociale touche des publics différents : les jeunes, les femmes en situation de rupture (avec ou sans enfants), des couples dont certains débutent dans la vie sans repères. Le nombre de familles avec enfants augmente par rapport aux personnes isolées. Beaucoup sont fragilisées par des problèmes de santé, de malnutrition, de dépendance à des produits ou par la maladie mentale. L’arrivée des demandeurs d’asile monopolise des places sur le long terme. Le niveau de formation est souvent faible après des échecs scolaires et peu propices pour l’accès à l’emploi. Les épreuves de la vie (séparations, perte d’emploi, etc.) se répercutent dans la gestion de la vie quotidienne peu et mal gérée et provoquent à terme la perte du logement. C’est dans ces conditions de précarité que les personnes s’adressent aux CHRS pour essayer d’y voir clair et repartir sur des bases assainies qui rendent un projet de réinsertion viable.

Quelles sont les perspectives et les écueils auxquels vont être confrontés les CHRS dans les années à venir ?

Si l’Etat met en avant des contrats d’objectifs, il faudra que les moyens suivent pour inverser la tendance actuelle : les restrictions budgétaires appauvrissent les possibilités dans le parcours d’insertion (alphabétisation, français, langue étrangère (FLE), accès à l’emploi et au logement). Qu’adviendra-t-il des CHRS dans le cadre de la décentralisation ? Quels seront les relais possibles dans les parcours d’insertion pour éviter de créer de nouvelles catégories de logement précaires qui ne relèveraient pas du droit commun ?

Il est difficile aujourd’hui de recruter des professionnels dans notre secteur. Face à l’inadaptation des formations aux métiers du social pour les publics en difficulté comment et quand les organismes de formation vont-ils se positionner.


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