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26 juin 2017

À Marseille, une maison de répit, alternative aux soins sous contrainte

Marseille poursuit son cheminement vers un traitement humanisé de la folie. Depuis janvier 2017, une expérimentation se déroule dans un immeuble du centre-ville pour inventer une maison de répit. L’idée est de procurer un lieu contenant, rassurant, rassérénant pour éviter l’hospitalisation sous contrainte en cas d’épisode délirant. Actuellement, quand une personne décompense, la réponse consiste le plus souvent à enfermer, soit en hôpital psychiatrique, soit en prison. Cette proposition alternative végète depuis 7 ans, mais elle commence à se concrétiser pour une ouverture officielle en 2018.

Recherche action participative

C’est l’association Just, émanation de Marss (Mouvement et action pour le rétablissement sanitaire est social), qui porte ce projet. Regroupant médecins, travailleurs sociaux, juristes, chercheurs et usagers de la psychiatrie, son objectif est de développer des expérimentations et actions pour plus de justice sociale. Elle s’est vue confier cet immeuble de quatre étages appartenant aux hôpitaux de Marseille par la Soliha, association œuvrant à l’insertion par le logement. L’espace n’est pas encore opérationnel pour recevoir le public en crise, mais il est devenu un lieu d’effervescence où usagers et professionnels réfléchissent à une modélisation. Reposant sur le bénévolat et l’échange de compétences, cette recherche action participative pour la création d’une alternative à l’hospitalisation a bénéficié d’un financement pour un an.

Dix places pour un million d’euros

Les dix places de répit prévues requièrent un budget d’un million d’euros pour un an, soit le prix de trois lits en hôpital. Les négociations de financement avec l’Agence régionale de santé (ARS) semblent en bonne voie. Pour accompagner 24h/24 les personnes hébergées, l’équipe devrait comprendre huit médiateurs de santé pairs, un psychologue, un assistant de service social, deux infirmiers, un cuisinier. La maison de répit se veut également un espace d’accueil aux projets dédiés à l’émancipation et au bien-être des usagers de la psychiatrie : groupe d’entendeurs de voix, groupe d’entraide mutuelle, accès aux droits des usagers, ateliers artistiques…


23 juin 2017

La prévention de la radicalisation fait débat

La lutte contre la radicalisation, au cœur de l’actualité depuis plusieurs années, demeurera certainement un axe majeur de la politique gouvernementale. Elle est toutefois loin de faire l’unanimité, tant sur la conception de la radicalisation que sur les prises en charge et les méthodes employées.

Dans un « Avis sur la prévention de la radicalisation » paru fin mai, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) estime que les différentes mesures adoptées dans le plan d’action contre la radicalisation du 9 mai 2016 soulèvent des questions éthiques de respect des droits et libertés fondamentales. Elle y critique vertement la politique du gouvernement en la matière, plus précisément la méthode de « détection », basée sur la prédiction du comportement de personnes susceptibles de basculer vers une idéologie. Si prévenir les actes terroristes est une nécessité, restreindre une partie des droits de l’ensemble de la population n’est pas possible, selon la CNCDH. L’enjeu : la cohésion sociale et le principe même de l’État de droit.

Contestation du CIPDR

La commission conteste le concept de radicalisation adopté par le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) comme étant « un processus progressif, l’adhésion à une idéologie extrémiste, l’adoption de la violence ». Elle voit également d’un très mauvais œil le débordement du renseignement et du contrôle dans l’action sociale. « L’injonction au signalement » touche les travailleurs sociaux et en première ligne les acteurs de la prévention spécialisée et met à mal le cœur de leur mission qui repose sur le lien de confiance. La CNCDH demande aux pouvoirs publics de garantir l’autonomie des acteurs sociaux et le renforcement de ceux-ci dans leurs fonctions d’assistance et d’accompagnement.

« L’affaire de tous »

Elle s’inquiète également de la confusion entre renseignement et protection de l’enfance. Elle demande par exemple que le numéro vert d’écoute et d’accompagnement soit rattaché au 119 (N° enfance en danger).

La secrétaire générale du CIPDR, Muriel Domenach, estime pour sa part que « c’est la prise en charge pluridisciplinaire (sociale/psy/éducative) qui fonctionne le mieux » (1), que le « contre-discours est l’affaire de tous » et défend le travail des professionnels de l’action sociale dans cette problématique.

(1) dans une tribune publiée dans Le Monde le 15 mars 2017

L’avis de la CNCDH


20 juin 2017

Yvelines : « zéro sans solution » et... zéro social ?

Les Yvelines s’apprêtent à accueillir une superstructure dédiée au handicap. Lancé le 18 mai, l’appel à projet vise la création d’une « plateforme interdépartementale d’hébergement et de services pour adultes avec troubles du spectre autistique et pour adultes avec handicap psychique ».

Le futur gestionnaire devra prendre en charge un foyer d’accueil médicalisé (66 places pour des personnes autistes et 50 places des personnes ayant des troubles psychiques), un service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (42 places) et deux pôles de compétences et prestations externalisées. Avec l’Agence régionale de santé, les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines veulent ainsi créer 158 nouvelles places et des services d’appui aux personnes concernées.

Projet d’un autre temps

Les usagers de ces nouveaux services seront accueillis sur le site de Bécheville-les-Mureaux un terrain du Centre hospitalier intercommunal Meulan-Les Mureaux dans les Yvelines. « Ce genre de projet semble émaner d’un autre temps, regrette Marcel Hérault, président de l’association SA3R (Sésame autisme réflexion, rechercher, recommandations). Un rapport de la Direction générale de la cohésion sociale sorti en 2009 préconise des établissements de 20 à 30 personnes avec des unités de vie limitée à 6 personnes. »

« De plus, précise-t-il, pour éviter la relégation hors de la société, ces petites structures doivent privilégier les implantations dans les centre-villes. Là, on projette de faire au handicap ce que l’on ne fait plus à la psychiatrie ».

Logique sanitaire au détriment du social

Les deux conseils départementaux présentent néanmoins cette solution comme une manière de tenir l’engagement du « zéro sans solution » et de réduire les départs non souhaités vers la Belgique. « Le constat, partagé par les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines, est l’exclusion des établissements franciliens de personnes en situation de handicaps lourds et complexes tels que l’autisme ou les personnes avec un handicap psychique, écrivent-ils dans un communiqué commun. Ainsi, 367 adultes (205 du 92 et 162 du 78) sont accueillis actuellement dans des établissements belges ».

Les candidats ont jusqu’au 15 septembre pour répondre à l’appel à projet pour une ouverture programmée en 2020. « Seules les très grosses associations vont pouvoir postuler, regrette Marcel Hérault. La logique sanitaire de regroupement, de mutualisation, déteint sur le médicosocial, et ne laisse plus de place à la créativité, à l’expérimentation sur des petites unités. Ces créations de places auraient normalement dû faire l’objet de plusieurs appels à projet ».


14 juin 2017

La protection de l’enfance demande protection

« Vous êtes là pour nous protéger, mais vous ne pouvez même pas vous protéger vous-mêmes » . Formulé par une jeune du foyer d’accueil d’urgence départemental des Hauts-de-Seine, ce constat résume l’impuissance du personnel de l’établissement. Une partie de l’équipe a constitué le collectif ASE92 pour lancer une pétition le 31 mai dernier et pousser les autorités de tutelles à prendre les décisions qui s’imposent.

Elle décrit depuis un an une situation qui se dégrade, la violence qui monte et les arrêts maladie qui se succèdent sans systématiquement provoquer des remplacements. Malgré les alertes répétées en direction du chef de file, le Conseil départemental, rien ne bouge.

Logique gestionnaire coûteuse

Censée accueillir 48 enfants âgés de 3 à 13 ans dans l’attente d’une orientation adaptée, l’équipe du foyer de Hauts-de-Seine reçoit de plus en plus de jeunes atteints de troubles psychiatriques. « Nous ne sommes pas formés à accompagner ces enfants inadaptés au collectif et qui se retrouvent chez nous parce que les petites structures beaucoup plus contenantes ont fermé, constate une éducatrice spécialisée souhaitant rester anonyme. Nous n’avons plus de psychiatre dans la structure depuis 2 ans et nous sommes confrontés à des douleurs psychologiques terribles, alors que nous ne sommes pas formés. »

Durée de séjour étendue de 12 à 18 mois au lieu des 4 à 6 prévus, accueil d’adolescents jusqu’à 17 ans à la suite de la fermeture de deux foyers en décembre, cohabitation entre agressés et agresseurs faute de place, climat d’agression permanent lié aux dysfonctionnements institutionnels… La pétition dresse la liste des mécaniques qui, au lieu de protéger les enfants, risquent « de les abîmer plus qu’ils ne le sont déjà ». Soutenue au quotidien par sa hiérarchie, l’équipe est aujourd’hui révoltée par les politiques départementales mues par une logique gestionnaire, finalement couteuse.

Des Hauts-de-Seine jusqu’à Marseille

« L’arsenal financier et législatif existe mais n’est pas mis en œuvre. Cette incompétence coupable risque de fabriquer des SDF, des délinquants, des extrémistes. » L’économie réalisée sur les structures et le personnel coûte finalement très cher à la collectivité en commençant par le recours régulier aux urgences. Contactée le 8 juin, la directrice « Famille enfance jeunesse » du Conseil départemental, n’a à ce jour pas obtenu l’autorisation de sa hiérarchie de répondre à Lien Social.

En deux semaines, le texte a recueilli 1 055 signatures émanant de toute la France. Rien d’étonnant : il décrit une dégradation des conditions d’exercices commune à de nombreux services de la protection de l’enfance. Le 29 mai, des travailleurs sociaux marseillais portaient plainte contre l’État et le département pour violences volontaires sur mineurs. À Saint-Etienne, l’équipe de l’aide sociale à l’enfance a déclenché son droit de retrait le 10 juin jusqu’à l’arrêt du danger psychologique et physique des agents dans l’exercice de leur mission. À Angers, environ 2 000 personnes ont défilés le lundi 12 juin pour protester contre le projet de réorganisation de la protection de l’enfance du Conseil départemental du Maine-et-Loire, menaçant quelque 350 emplois.

Pétition à lire et/ou signer


12 juin 2017

Calais : les associations sous pression

« C’est le degré zéro de l’accueil, pire c’est la chasse aux exilés et la mise sous pression des associations qui les aident. » Vice-président de l’Auberge des migrants, François Guennoc résume ainsi la situation à Calais. Depuis le début de l’année, après le démantèlement de la « jungle » à l’automne, les exilés majoritairement Afghans, Erythréens, Ethiopiens et Soudanais reviennent. « Depuis octobre et le démantèlement de la jungle, la seule consigne pour les forces de l’ordre est d’empêcher les points de fixation. Alors la nuit, les migrants sont délogés avec du gaz lacrymogène dans leur sac de couchage. Le jour, ils sont coursés et subissent des violences ».

1 500 repas en 1h30

Depuis début juin, la distribution de repas n’est tolérée que pendant une heure et demie, à un seul endroit. « Nous distribuons 1 500 barquettes de riz aux légumes par jour, pour environ 600 migrants. Nous donnons aussi de l’eau, des vêtements, des sacs de couchages qui sont systématiquement détruits par la police. C’est également l’occasion de faire un peu de bobologie et du repérage de femmes seules avec enfant ou de mineurs. »

La cuisine où sont fabriqués ces repas est menacée de fermeture à la suite d’un contrôle de la Direction générale de la protection des populations (DGPP). « Elle nous reproche de ne pas être aux normes sanitaires des cantines. Mais nous sommes têtus, nous continuerons à nourrir les migrants. »

Début mars, deux arrêtés municipaux interdisaient la distribution de repas aux migrants, avant d’être suspendus par le tribunal administratif de Lille. Pour la centaine de bénévoles, ces distributions s’effectuent désormais sous pression, dans un jeu du chat et de la souris avec les autorités. Les CRS sont même intervenus dans la cour d’une église. Une bénévole a également passé 48 heures en garde à vue pour outrage à agent.

Le gouvernement envoie les CRS

Beaucoup de mineurs n’ont pas obtenu le droit d’aller en Angleterre et ont fui les Centres d’accueil et d’orientation (CAO) pour tenter de passer la Manche par leurs propres moyens. Il y a aussi à Calais environ 200 anciens du camp de Grande-Synthe, détruit par le feu en avril.

Et avec le printemps, de nouveaux venus sont attirés par la proximité de la Grande-Bretagne. « Ce mouvement risque de s’accentuer après le ramadan, croit savoir François Guennoc. Cela fait quarante ans que ça dure, et ça va continuer. » Face à cette urgence humanitaire, le 5 juin, le gouvernement a annoncé l’envoi de 150 CRS supplémentaires.


9 juin 2017

Même la Poste se paye sur le social…

Tout se paye ma p’tite dame, même l’attention du facteur, à en croire la nouvelle offre de service du groupe La Poste : « Veiller sur mes parents ». Derrière cet intitulé bienveillant, un produit destiné à rompre l’isolement des personnes âgées. Moyennant un abonnement de 39,90 euros par mois, avec une promotion de lancement à moitié prix, le facteur prendra dix minutes de son temps pour discuter avec une personne âgée une fois par semaine.

L’offre est modulable, pouvant atteindre six visites hebdomadaires pour un coût mensuel de 139,90 euros. Destiné aux descendants du bénéficiaire, cette offre est éligible au crédit d’impôt applicable aux services à la personne. Pour assurer ce service proposé dans toute la France depuis le 22 mai, les facteurs suivent une formation de trois heures. « Le relationnel est dans leur ADN, précise le service communication de La Poste. Mais là, ils passent le pas de la porte, font des comptes rendus de la rencontre à la famille et cette prestation est couplée à une offre de téléassistance. »

Visites payantes

Face à cette proposition commerciale, l’association spécialisée dans l’accompagnement des personnes âgées isolées Les petits frères des Pauvres dénonce la marchandisation d’une souffrance sociale. « Depuis longtemps et de façon informelle, les facteurs remplissaient un rôle d’alerte surtout dans les zones rurales », concède leur communiqué avant d’émettre les plus grandes réserves sur ce dispositif présenté comme un outil du « maintien à domicile ».

« Cette monétarisation de la création de lien social va forcément renforcer l’exclusion, des personnes âgées les plus démunies, regrette Armelle de Guibert, déléguée générale des petits frères des Pauvres, en particulier les femmes de plus de 80 ans qui cumulent isolement et petits revenus. »

27% des plus de 75 ans isolés

L’association rappelle également que le lien tissé par ce type de prestations ne remplacera jamais la valeur d’une vraie relation fraternelle, gratuite et voulue des deux côtés. D’après une étude de la Fondation de France réalisée en 2014, « Les solitudes en France », une personne de plus de 75 ans sur quatre est seule.

Les personnes âgées sont de plus en plus confrontées à la perte du conjoint, la disparition des proches, l’éloignement et la dispersion des cellules familiales. En 2016, l’association caritative a vu son nombre de bénévoles augmenter de 10%.
Pourvu que la Poste ne les attaque pas pour concurrence déloyale !


6 juin 2017

Le manifeste « Vieux et chez soi » fait réagir

« Si nous sommes nombreux, nous serons plus forts pour chercher ensemble et inventer une autre façon de concevoir un accompagnement solidaire et fraternel jusqu’au bout de la très grande vieillesse ». Relayé par Libération le 25 mai, le manifeste Vieux et chez soi réunit plus de 90 personnalités insatisfaites « de la façon dont notre société organise aujourd’hui l’accompagnement jusqu’au bout de la vieillesse ». Intellectuels, médecins, artistes, politiques, associatifs : les signataires déplorent notamment l’absence de consentement lors de l’entrée en établissement.

Transformer, pas supprimer

« C’est intéressant de dénoncer, mais il faut également énoncer, souligne Pascal Champvert de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). La solution n’est pas de supprimer mais de transformer les établissements pour aller vers les logements foyer ou les résidences services. Cela existe, mais les personnes atteintes de handicap ou de troubles cognitifs en sont actuellement exclues. L’hébergement hyper sécurisé découle des normes imposées par les pouvoirs publics et de la demande des familles. L’urgence est de faire évoluer la société sur l’accompagnement des personnes âgées ».

Coût de l’accompagnement à domicile

Le Syndicat national des établissements privés pour personnes âgées (Synerpa) rappelle que 400 000 professionnels du grand âge œuvrent quotidiennement auprès des 700 000 résidents des 7000 Ehpad. « Ce manifeste a été rédigé sans concertation avec les professionnels du secteur, déplore Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa. En Ehpad, 60% des personnes sont atteintes de démence sénile, pour la plupart liées à la maladie d’Alzheimer. Il est difficile dès lors d’obtenir un consentement éclairé, même si la procédure s’est améliorée avec la nomination obligatoire et écrite d’une personne de confiance. Quand ils arrivent chez nous, les aidants familiaux sont au bout du rouleau, alors parfois le consentement passe au second plan. Le maintien à domicile avec un Alzheimer sévère nécessite l’accompagnement par quatre personnes à temps plein. »

Une belle idée mais un vœu pieux

« L’idée est belle et j’y souscris, mais faire croire aux personnes âgées qu’elles trouveront tous les services qui leur sont nécessaires au fin fond de le Creuse ou de l’Ardèche, c’est un vœu pieux , remarque Claudy Jarry, président de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA). « Je veux, je décide » en restant chez moi, ce n’est pas si évident. Pour que le choix de vieillir à domicile ne représente pas une mort sociale, il faut non seulement un logement adapté, mais aussi un quartier qui permette des rencontres et une médecine de proximité. Et pour que ce choix ne soit pas réservé aux plus riches, il faut soutenir les aidants et les services d’aide à domicile ».


2 juin 2017

Marseille : plainte des travailleurs sociaux contre le département

« Nous avons obtenu plus en deux jours qu’en sept ans de revendications » constate Valérie Marque, déléguée CGT du secteur socio éducatif au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Le 29 mai, les travailleurs sociaux de l’Aide sociale à l’enfance en grève ont dénoncé le manque de moyens et porté plainte contre l’État et le département pour violences volontaires sur mineurs. Le soir, les grévistes faisaient le « siège » de l’hôtel du département. Rebelote le lendemain matin.

Adolescent à la rue

Leurs revendications : 30 postes supplémentaires au bénéfice de la protection de l’enfance, le remplacement immédiat des postes vacants, la création de 200 places d’accueil supplémentaires dont 50 en urgence. « Actuellement 3193 enfants sont confiés au département, une hausse de près de 600 depuis 2015, sans augmentation de personnel dédié, ni de place, explique la syndicaliste. La coupe est pleine parce qu’il y a eu une série d’incidents violents. On en arrive à faire n’importe quoi, faute de place on a mis des enfants à l’hôpital, d’autres sont déplacés cinq fois dans le mois, un jeune de 14 ans est resté à la rue, pris en charge par des SDF... Actuellement 27 enfants restent dans leur famille malgré l’ordonnance du placement du juge. On va les rendre fous ces gamins. »

Dix postes et dix places créées

Face à cette situation, le département, qui n’a pas souhaité s’exprimer, renvoie la balle à l’Etat. Mais les grévistes refusent cette explication et menacent de poursuivre le mouvement. « La collectivité a senti notre détermination, alors dès mardi elle a accepté de nous recevoir, raconte un peu surprise Valérie Marque. Elle annonce la création de dix postes d’éducateurs et d’assistants de service social sur le département. Maintenant, on attend des garanties sur l’ouverture de dix places d’urgence en centre ville de Marseille dans les quinze jours pour ne plus se retrouver le vendredi soir sans solution. »

Cinquante autres devraient suivre en septembre. Rendez-vous est pris le 12 juin avec Brigitte Devesa, déléguée à l’enfance au département. « Si les promesses ne sont pas suivies d’effets nous poursuivrons l’action » prévient Valérie Marque.


29 mai 2017

Travail social : la mixité, à tout petits pas

Le chemin vers l’égalité professionnelle entre hommes et femmes est encore long, comme le montre la récente étude menée par l’IGAS et l’IGAENR* sur l’évaluation des actions publiques en faveur de la mixité des métiers. Emploi des femmes concentré sur les métiers moins qualifiés et moins rémunérés que les hommes, choix d’orientation plus restreints que ces derniers, conciliation vie personnelle et professionnelle complexe.

Ségrégation sexuée

Dans ce domaine, la mixité dans le travail social est parlante : les travailleurs sociaux et les étudiants de ces filières sont des femmes à 90%. Cette part a même augmenté entre 1982 et 2014. Mais elle reste majoritaire ou quasi-exclusive dans les métiers les moins qualifiés et en lien avec les enfants.

  • les Assistant·es Sociaux·ales, Conseiller·es en Économie Sociale et Familiale et Aide Médico Psychologiques sont à 90% des femmes
  • les Éducatrices de jeunes enfants ou les travailleuses familiales (assistantes maternelles, aides à domicile) sont quasi-exclusivement des femmes.
  • les filières éducatives (Moniteur·trice Éducateur·trice, Éducateur·trice Spécialisé·es, Cadre socio-éducatif) et l’animation sont plus équilibrées, les femmes représentent les 2/3 des effectifs.
  • dans l’aide par le travail (éducateur·trice technique, moniteur·trice d’atelier), ce sont les hommes qui sont majoritaires à plus de 70%.

Le plan d’action en faveur du travail social et du développement social pointait déjà une « très forte ségrégation sexuée » s’appuyant « sur une vision caricaturale des métiers du travail social, renvoyés à des compétences dites naturelles des femmes pour s’occuper d’autrui et des hommes pour diriger ». Car si les hommes sont absents de certaines professions, ils sont bien présents dans d’autres (éducateurs spécialisés) et dans l’encadrement.

Quelles solutions pour davantage de mixité ?

Si des efforts sont faits pour permettre aux femmes d’accéder aux métiers traditionnellement masculins, l’inverse ne se produit pas : dans les métiers de tradition féminine, on engage peu les hommes à s’investir. Promouvoir la mixité dans le secteur de la petite enfance, des métiers de l’éducation, sanitaires et sociaux, permettrait aussi au regard sociétal de se transformer. Si les hommes investissaient la sphère professionnelle de l’aide à autrui, cela aurait un effet sur le rééquilibrage des responsabilités domestiques et familiales, et réduirait « la charge mentale » qui pèse sur les femmes au quotidien.

Le rapport préconise donc de soutenir la mixité par le biais d’une « stratégie d’information, de formation et de sensibilisation d’une ampleur suffisante » :

  • diffuser des campagnes de communication sans stéréotypes de sexe
  • promouvoir une culture de l’égalité fille-garçon dès le plus jeune âge
  • faire progresser la parité au gouvernement et dans les institutions politiques
  • former les acteurs relais (ex : les conseillers Pole Emploi)
  • faire respecter la féminisation des noms de fonctions etc.
    Des plans d’actions doivent ensuite être établis :
  • ciblés sur les métiers du numérique pour attirer un public féminin
  • sur les métiers sanitaires et sociaux pour embaucher davantage d’hommes. Les employeurs publics seront les premiers acteurs de ce recrutement.
  • la diffusion du label « Égalité professionnelle »
    Le précédent gouvernement s’était donné comme objectif d’atteindre un tiers de métiers mixte à l’horizon 2025. Reste à savoir quelles seront les ambitions de Marlène Schiappa, nouvelle secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Rapport intégral

*IGAS : Inspection Générale des Affaires Sociales
IGAENR : Inspection Générale de l’Administration, de l’Éducation Nationale et de la Recherche


24 mai 2017

Sur la Croisette, comme sur des roulettes

C’est l’autre festival de Cannes : depuis dimanche et jusqu’au 26 mai, le huitième Festival international du court-métrage Entr’2 marches, sur le thème du handicap, s’invite sur la Croisette. Une soixantaine de films portent les ambitions de cet événement : valoriser la création audiovisuelle sur le thème du handicap, offrir aux spectateurs un autre regard sur le sujet, améliorer les liens sociaux autour de la personne en situation de handicap et sensibiliser le public.

Projections et débats

Quand quatre militantes de l’antenne cannoise de l’Association des Paralysés de France (APF) se lancent dans cette aventure en 2010, elles ne pensent pas instituer un nouveau rendez-vous cannois. Pourtant, de la sélection, au jury, en passant par le grand prix et la programmation hors compétition, Entr’2 marches fonctionne presque comme son grand frère. Avec un petit plus : chaque séance ouvre sur un débat avec le public.

Séances gratuites et adpatées

Quelle surprise réserve la sélection 2017 ? Composé de personnes porteuses de handicaps divers, le jury est présidé par la comédienne sourde Noémie Churlet. Gratuites, toutes les projections sont adaptées : salle entièrement accessible au handicap moteur, films sous-titrés en français, audio-description, boucle magnétique, présentation des séances en langue des signes… Démonstration que quand on veut, c’est possible.