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29 mai 2017

Travail social : la mixité, à tout petits pas

Le chemin vers l’égalité professionnelle entre hommes et femmes est encore long, comme le montre la récente étude menée par l’IGAS et l’IGAENR* sur l’évaluation des actions publiques en faveur de la mixité des métiers. Emploi des femmes concentré sur les métiers moins qualifiés et moins rémunérés que les hommes, choix d’orientation plus restreints que ces derniers, conciliation vie personnelle et professionnelle complexe.

Ségrégation sexuée

Dans ce domaine, la mixité dans le travail social est parlante : les travailleurs sociaux et les étudiants de ces filières sont des femmes à 90%. Cette part a même augmenté entre 1982 et 2014. Mais elle reste majoritaire ou quasi-exclusive dans les métiers les moins qualifiés et en lien avec les enfants.

  • les Assistant·es Sociaux·ales, Conseiller·es en Économie Sociale et Familiale et Aide Médico Psychologiques sont à 90% des femmes
  • les Éducatrices de jeunes enfants ou les travailleuses familiales (assistantes maternelles, aides à domicile) sont quasi-exclusivement des femmes.
  • les filières éducatives (Moniteur·trice Éducateur·trice, Éducateur·trice Spécialisé·es, Cadre socio-éducatif) et l’animation sont plus équilibrées, les femmes représentent les 2/3 des effectifs.
  • dans l’aide par le travail (éducateur·trice technique, moniteur·trice d’atelier), ce sont les hommes qui sont majoritaires à plus de 70%.

Le plan d’action en faveur du travail social et du développement social pointait déjà une « très forte ségrégation sexuée » s’appuyant « sur une vision caricaturale des métiers du travail social, renvoyés à des compétences dites naturelles des femmes pour s’occuper d’autrui et des hommes pour diriger ». Car si les hommes sont absents de certaines professions, ils sont bien présents dans d’autres (éducateurs spécialisés) et dans l’encadrement.

Quelles solutions pour davantage de mixité ?

Si des efforts sont faits pour permettre aux femmes d’accéder aux métiers traditionnellement masculins, l’inverse ne se produit pas : dans les métiers de tradition féminine, on engage peu les hommes à s’investir. Promouvoir la mixité dans le secteur de la petite enfance, des métiers de l’éducation, sanitaires et sociaux, permettrait aussi au regard sociétal de se transformer. Si les hommes investissaient la sphère professionnelle de l’aide à autrui, cela aurait un effet sur le rééquilibrage des responsabilités domestiques et familiales, et réduirait « la charge mentale » qui pèse sur les femmes au quotidien.

Le rapport préconise donc de soutenir la mixité par le biais d’une « stratégie d’information, de formation et de sensibilisation d’une ampleur suffisante » :

  • diffuser des campagnes de communication sans stéréotypes de sexe
  • promouvoir une culture de l’égalité fille-garçon dès le plus jeune âge
  • faire progresser la parité au gouvernement et dans les institutions politiques
  • former les acteurs relais (ex : les conseillers Pole Emploi)
  • faire respecter la féminisation des noms de fonctions etc.
    Des plans d’actions doivent ensuite être établis :
  • ciblés sur les métiers du numérique pour attirer un public féminin
  • sur les métiers sanitaires et sociaux pour embaucher davantage d’hommes. Les employeurs publics seront les premiers acteurs de ce recrutement.
  • la diffusion du label « Égalité professionnelle »
    Le précédent gouvernement s’était donné comme objectif d’atteindre un tiers de métiers mixte à l’horizon 2025. Reste à savoir quelles seront les ambitions de Marlène Schiappa, nouvelle secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Rapport intégral

*IGAS : Inspection Générale des Affaires Sociales
IGAENR : Inspection Générale de l’Administration, de l’Éducation Nationale et de la Recherche


24 mai 2017

Sur la Croisette, comme sur des roulettes

C’est l’autre festival de Cannes : depuis dimanche et jusqu’au 26 mai, le huitième Festival international du court-métrage Entr’2 marches, sur le thème du handicap, s’invite sur la Croisette. Une soixantaine de films portent les ambitions de cet événement : valoriser la création audiovisuelle sur le thème du handicap, offrir aux spectateurs un autre regard sur le sujet, améliorer les liens sociaux autour de la personne en situation de handicap et sensibiliser le public.

Projections et débats

Quand quatre militantes de l’antenne cannoise de l’Association des Paralysés de France (APF) se lancent dans cette aventure en 2010, elles ne pensent pas instituer un nouveau rendez-vous cannois. Pourtant, de la sélection, au jury, en passant par le grand prix et la programmation hors compétition, Entr’2 marches fonctionne presque comme son grand frère. Avec un petit plus : chaque séance ouvre sur un débat avec le public.

Séances gratuites et adpatées

Quelle surprise réserve la sélection 2017 ? Composé de personnes porteuses de handicaps divers, le jury est présidé par la comédienne sourde Noémie Churlet. Gratuites, toutes les projections sont adaptées : salle entièrement accessible au handicap moteur, films sous-titrés en français, audio-description, boucle magnétique, présentation des séances en langue des signes… Démonstration que quand on veut, c’est possible.


23 mai 2017

HCTS : près de 710 signataires anti-Boutin

« Avec les propos qu’elle tient, et les soutiens qu’elle affiche, Mme Boutin ne peut pas décemment représenter l’assemblée des départements à la commission permanente du Haut Conseil du Travail Social ». Le 589ème signataire de la pétition résume ainsi les motivations de l’appel lancé le 6 mai par six syndicats et organisations professionnelles*. Leur pétition exige le départ de la conseillère départementale, présidente d’honneur du Parti chrétien démocrate (PCD).

Valeurs incompatibles

Le texte souligne l’incompatibilité entre la définition du travail social adoptée le 23 février par le HCTS et la représentante de l’Assemblée des départements de France (ADF) dans cette instance. L’une place au cœur du métier « les principes de solidarité, de justice sociale, de laïcité, de responsabilité collective, et le respect des différences, des diversités, de l’altérité », l’autre annonce son vote pour le Front national au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Une provocation

D’après cette pétition, maintenir une représentante qui entend « mettre en œuvre une véritable politique nataliste réservée aux familles françaises », « réaliser des économies en supprimant l’Aide Médicale d’État » ou « réserver prioritairement aux français l’attribution du logement social », marque une rupture avec les principes et les valeurs qui fondent le travail social. La nomination en septembre 2016 de cette catholique anti mariage pour tous et avortement (entre autres) pour représenter les collectivités territoriales au sein du tout nouveau HCTS avait été vécue par les travailleurs sociaux comme une provocation.

* Collectif Avenir Éducs, Syndicat national unitaire de la territoriale, Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique, Collectif des associations citoyennes (CAC), Fédération Sud-santé sociaux, Association nationale des assistants de service social (ANAS).


23 mai 2017

AS scolaires : intervention élargie à moyens constants

Actant la participation des assistants du service social dans la mission éducative, le ministère de l’éducation a récemment redéfini, par circulaire, les missions du service social en faveur des élèves.
Ce texte élargit le champ d’intervention des AS aux écoles primaires, aujourd’hui essentiellement limité aux collèges et les lycées. Ce redéploiement inquiète les syndicats et les professionnels puisqu’il s’exerce à moyens constants. « Nous savons qu’il faut intervenir dans le premier degré, souligne Agnès Saunier, assistante sociale et conseillère technique du bassin littoral nord de Marseille. Mais il n’y a pas les moyens d’intervenir correctement. Sur mon secteur il n’y a que des réseaux d’éducation prioritaire les plus en difficultés sociales (REP +) avec une dizaine d’écoles attachées. Actuellement, notre intervention dans le primaire se limite à du conseil téléphonique dans le cadre de la protection de l’enfance. »

Sous-effectif

Cette même circulaire rappelle le large éventail des missions des AS scolaires : prévenir le décrochage scolaire, lutter contre le harcèlement, contribuer à l’intégration du handicap, participer à l’éducation à la santé et à la citoyenneté, soutenir et accompagner les parents dans leur fonction éducative… et il y en a encore.

« Nos adhérents nous font déjà remonter leur malaise face à une surcharge de travail, constate Tiphaine Jouniaux, secrétaire générale du Syndicat national des assistants sociaux de l’éducation nationale. Nous restons en sous effectifs dans les collèges et les lycées, même si durant ce quinquennat nous avons obtenu la création de 305 postes. Si on voulait un service social de qualité pour l’ensemble des élèves, il faudrait créer des milliers de postes. »

Un choix éclairé par les AS ?

Cet investissement n’étant pas à l’agenda, la circulaire concède une couverture non exhaustive des établissements. La priorité est mise sur les collèges et écoles situés dans les REP +, les lycées pro, les Egpa, les établissements du milieu rural. « Même si dans certains territoires, nous jugeons que l’intervention est nécessaire partout, il va falloir prioriser les interventions, explique la syndicaliste. Notre combat consiste aujourd’hui dans la mise en place d’instances de réflexion incluant les AS, pour que la réalité de terrain nourrisse les choix, et que les recteurs ne soient pas seuls à décider. L’autre difficulté consiste à ne pas délaisser les autres. »

Déjà expérimenté dans plusieurs académies, ce redéploiement vers les écoles primaires devrait s’accélérer dès la rentrée prochaine, même si les modalités de sa mise en œuvre demeurent floues.


19 mai 2017

Disparition inquiétante : toujours sans nouvelles des ministères dédiés au social 

Petite-enfance, enfance, jeunesse, dépendance, logement, lutte contre la pauvreté, politique de la Ville : nulle trace de ces différents champs de l’action sociale dans les intitulés des nouveaux ministères. Aujourd’hui, le silence du gouvernement quant à leur devenir devient assourdissant. Et inquiète les acteurs du secteur social et médico-social.

L’Uniopss exprime ainsi « ses plus vives inquiétudes devant l’absence de ministre ou secrétaire d’État sur ces champs de la solidarité de grande importance » et son interrogation sur la capacité d’un « grand ministère des Solidarités et de la Santé » à s’occuper de toutes ces questions.

Ni vieux ni pauvres...

L’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) s’est dite « interloquée de découvrir, à l’annonce du nouveau gouvernement, qu’aucun Ministre, et pas même un Secrétaire d’État, ne représente les retraités et personnes âgées au sein de l’équipe qui va diriger la France », pointant « une erreur majeure ».

... Ni enfants !

Sur Twitter, le Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert (CNAEMO) s’est déclaré « déçu » par ce gouvernement qui « a laissé peu de place, dans les intitulés, pour les portefeuilles sociaux ». Quant à Lyes Louffok, auteur du livre Dans l’enfer des foyers, il estime que l’absence de ministère dédié à l’enfance « est une insulte à toutes les victimes ».

Un sous-ministère au handicap

À ce jour, seules les personnes handicapées font l’objet d’un pilotage dédié au sein d’un secrétariat d’Etat représenté par Sophie Cluzel, militante associative. Le nouveau président Emmanuel Macron, qui n’a jamais caché vouloir un gouvernement resserré, et le premier ministre, entendront-ils les autres acteurs ?


17 mai 2017

Denko Sissoko : le soutien des associations

La Ligue des droits de l’homme, le Gisti, le MRAP, RESF, la Défense des enfants international (DEI) et La Voix de l’enfant ont écrit au procureur du tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne pour soutenir la plainte des parents de Denko Sissoko, mineur isolé étranger, pris en charge par la Sauvegarde de la Marne.

Refusant la version du suicide qui a été privilégiée, les parents du jeune Malien avaient porté plainte contre X fin mars pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en danger.

Aucun suivi

« Pas de veilleur de nuit pour leur sécurité, pas de psychologue pour soigner les traumatismes, pas de maîtresse de maison pour le côté maternel mais un mélange de mineurs avérés, d’autres en cours d’évaluations et d’adultes en difficulté qui vivent dans le même bâtiment ». Ce témoignage sur la prise en charge du service d’accueil des mineurs isolés étrangers du foyer Bellevue à Châlons-en-Champagne avait valu des menaces de licenciement à Ibtissam Bouchaara, éducatrice spécialisée de la Sauvegarde de la Marne et déléguée du personnel.

L’évaluation de la minorité, toujours en cause

Elle dénonçait une situation qui a conduit Denko Sissoko à la mort. Est-il tombé alors qu’il tentait de fuir la police ? Était-ce un geste désespéré ? Seule certitude : il a succombé à une chute d’une fenêtre du 8e étage du foyer, le 6 janvier 2017. La veille, après trois mois d’attente, il avait appris le résultat de son évaluation de minorité, négatif. Face à cette situation, dans un contexte où seuls quatre éducateurs veillaient sur soixante-treize jeunes, il a été livré à lui-même.

Que l’enquête établisse les carences de l’institution

Les six associations dénoncent un décès perçu comme « la conséquence directe d’un défaut de suivi et d’un ensemble de négligences et d’imprudences dont il convient de rechercher les responsables ». Par leur lettre d’appui, les associations espèrent que la justice enjoigne les institutions à mieux s’inscrire dans le cadre de la protection de l’enfance pour tous les mineurs isolés étrangers. Pour que Denko Sissoko ne soit pas mort pour rien.

Pour en savoir plus : le blog « il s’appelait Denko Sissoko »


15 mai 2017

Ille-et-Vilaine : grève à l’APASE contre le changement de convention

Depuis le 2 mai, une centaine de salariés de l’Association pour l’action sociale et éducative en Ille-et-Vilaine (APASE 35) est en grève pour dénoncer le changement de convention collective souhaité par leur employeur. Créée en 1970, cette association spécialisée dans la protection de l’enfance et la protection des majeurs emploie 320 salariés, principalement des mandataires judiciaires. Elle dépend actuellement de la convention collective de l’Ucanss (l’Union des caisses nationale de la Sécurité sociale) et devrait basculer bientôt sur la convention 66.

1 400 euros par mois, au lieu de 1 800

« Dès le 4 avril, l’employeur a mis fin aux négociations, explique Stéphanie Morel, éducatrice spécialisée et secrétaire du comité d’entreprise. Nous ne pouvons accepter une telle dégradation de nos conditions de travail. Passer à la convention 66 signifie qu’un jeune salarié va débuter à 1 400 euros au lieu de 1 800. Au vu de mes 15 ans d’ancienneté, j’ai calculé que je risque de perdre 84 000 euros sur l’ensemble de ma carrière. En plus, ce changement revoit à la baisse le nombre de jours de congés, alors que ce n’est pas un luxe au regard de la rudesse du travail effectué. »

Plus 10% pour tous les services sociaux

Pour le directeur général de l’APASE, Daniel Goupil, cette orientation portée depuis plusieurs années garantit le projet associatif. « Avec la convention 66, nous rejoignons le statut de 90% des structures qui font le même métier que nous. Actuellement, quand nous répondons à un appel d’offre, chacun de nos postes représente un budget plus lourd, nous générons donc du déficit. » Les négociations restent ouvertes jusqu’au 31 mai, mais pour Daniel Goupil, « l’association ne peut pas aller plus loin, elle a déjà concédé des améliorations par rapport à ce qui se pratique dans le secteur ».


11 mai 2017

ITEP : le dispositif intégré est lancé

Le décret qui permet aux ITEP et SESSAD-ITEP de fonctionner en dispositif intégré vient de paraître. Daté du 24 avril 2017, il est accompagné du cahier des charges et fait suite à la loi Santé du 26 janvier 2016.

Les ITEP et SESSAD ont désormais la capacité d’orienter à l’interne les enfants, adolescents et jeunes adultes accueillis à temps complet ou partiel. Cela nécessite que soit signée une convention-cadre entre les différents partenaires : MDPH, ARS, rectorat, organismes de protection sociale, établissements concernés. Les besoins des usagers devraient ainsi être mieux pris en compte dans le cadre du Projet Personnalisé d’Accompagnement (PPA).

Une meilleure réactivité

La MDPH reste décisionnaire de l’orientation vers ce dispositif, mais le DITEP peut réorienter à l’interne (internat, accueil de jour, SESSAD) ou moduler les accueils de manière séquencée. La MDPH n’a plus à être sollicitée pour les modifications du Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS). Cela permet ainsi une meilleure réactivité et évite le temps d’attente d’une nouvelle notification - de quatre mois en moyenne - souvent propice aux décrochages. Les aménagements ou réorientations doivent faire l’objet de l’accord du jeune majeur ou de ses parents s’il est mineur. La MDPH centralise les fiches de liaison informant des modifications apportées au parcours de l’élève, et est destinataire d’un bilan annuel du dispositif.

Des expériences déjà concluantes

Depuis 2013, huit régions ont expérimenté ce fonctionnement. Gilles Gonnard, président de l’Association des ITEP et de leurs réseaux (AIRe) souligne le caractère probant de ce premier bilan. Les articulations entre dispositifs s’envisagent de manière plus souple, autorisent de combiner, et non de choisir, entre ITEP et SESSAD en premier lieu. « Mais, précise le président d’AIRe, il ne faut pas entendre que l’ITEP intègre toutes ses réponses tout seul. « Intégré », c’est intégré avec les autres. » Le DITEP est un nouvel espace de coopération professionnelle qui limite les ruptures dans le parcours du jeune accompagné. Et participe à réduire les phénomènes de déscolarisation et de violence.


9 mai 2017

Entrepreneuriat social : où va le secteur associatif ?

Alors que le modèle associatif se fragilise (contraintes budgétaires et développement d’une concurrence lucrative), l’entrepreneuriat fait sa place dans le paysage de l’action sociale, laissant de côté les activités les moins « rentables ». C’est le constat que dresse le Haut Conseil à la Vie Associative (HCVA) dans une réflexion menée autour de la loi relative à l’économie sociale et solidaire du 31 Juillet 2014, à la demande du Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Un constat d’une vive actualité, le nouveau président de la République Emmanuel Macron n’ayant jamais caché son appétence pour l’entrepreneuriat social.
Dans cette étude comparative de l’entrepreneuriat social et du milieu associatif, le HCVA s’est interrogé sur l’impact social de ces deux approches, entre d’un côté l’objectif de rentabilité et de l’autre l’intérêt général.
La complexité de cette étude réside dans le statut parfois associatif des entreprises sociales, dans le manque de chiffres dû à une mesure récente et dans les champs d’action qui peuvent se révéler différents de l’association à l’entreprise.

Nouvelles formes d’exclusion

L’entrepreneuriat social se présente sous la forme d’une entreprise ayant « une finalité sociale, une activité économique et une gouvernance démocratique ». Ces caractéristiques sont la gestion autonome, l’inscription dans le marché de l’économie durable et locale, et le leadership du dirigeant. L’entreprise sociale bénéficie également d’une fiscalité avantageuse.
Les associations, elles, ne connaissent pas de notion de profit, font appel aux finances publiques, fonctionnent de manière collective et œuvrent pour l’intérêt général. Le bénévolat fait partie intégrante de la vie associative.
La présence accrue de ces entreprises sociales questionne le secteur associatif en particulier sur ces missions de base.
L’entrepreneuriat social œuvre depuis le départ dans le champ de l’insertion des personnes en difficulté, puis s’est étendu dans des domaines où la concurrence est réelle : notamment les crèches, les Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) et les Établissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT). En revanche, le handicap et l’aide à domicile, secteurs peu lucratifs, n’entrent pas dans les champs d’action des entreprises sociales. Ainsi se forment de nouvelles formes d’exclusion de certaines franges de la population moins « rentables ».
Dans l’environnement européen, le HCVA constate que les pays voisins connaissent également ce type d’entrepreneuriat social avec des caractéristiques similaires.

Complémentarité ou concurrence déloyale ?

Le HCVA conclue sur la complémentarité de ces deux approches spécifiques et sur l’importance de la reconnaissance de chacune dans la mise en œuvre d’actions sociales.
Néanmoins, se pose la question : en privilégiant les entreprises sociales (qui ne pèsent pas sur les dépenses publiques), l’État n’est-il pas en train de se désengager, transformant l’action sociale en marché où le profit aurait plus de place que l’intérêt général ?

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5 mai 2017

Le 115 : 55% des appelants restent à la rue

Au cœur du printemps, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a publié son baromètre du 115. Le recensement réalisé entre novembre 2016 et mars 2017 dans 45 départements révèle que plus de 71 000 personnes ont sollicité le numéro d’urgence, soit 7% de plus que l’an dernier. La hausse est particulièrement sensible chez les jeunes de 18 à 24 ans (+12%).

Gestion urgentiste

Si le recours à l’hébergement d’urgence diminue de 4% d’une année sur l’autre, les attributions vers l’hôtel et les places hivernales grimpent respectivement de 25% et 6,5%. La réponse à l’augmentation de la demande passe donc toujours par une gestion urgentiste privilégiant les réponses temporaires et précaires, une mise à l’abri sans accompagnement. Lancé en 2015, le plan de réduction des nuitées hôtelières visait pourtant à réduire, d’ici à 2017, de 10 000 les nuitées consommées annuellement et la création de 13 000 places alternatives à l’hôtel sur trois ans. Le compte n’y est pas, mais à la veille d’un changement de gouvernement, qui rendra des comptes ?

Faute de solution, moins d’appels

En attendant, vu le manque de places disponibles, de plus en plus de sans domiciles renoncent à composer le 115, comme le montre une enquête menée sur deux jours en partenariat avec la Fédération Nationale des Samu Sociaux pour compléter cette étude. Parmi les 1 300 ménages rencontrés par 90 maraudes les 8 et 9 mars dans 42 départements (hors Paris), 67% n’avaient pas sollicité le 115 pour une solution d’hébergement. 71% étaient en situation d’errance depuis plus d’un an.