N° 929 | du 14 mai 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 mai 2009

Une formation sur la santé mentale pour les travailleurs sociaux

Mariette Kammerer

La formation continue organisée par l’hôpital de Ville-Evrard permet aux travailleurs sociaux de mieux appréhender la maladie mentale et les arcanes du système de soins psychiatriques.

Une formation Santé mentale / Action sociale a été créée en 2006 par l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne, pour répondre aux besoins exprimés par les travailleurs sociaux du département : avoir des notions théoriques pour repérer la maladie mentale, la distinguer d’autres troubles du comportement, savoir comment réagir, vers qui orienter les usagers, etc. Cette formation, qui a déjà accueilli deux cent cinquante stagiaires, dure six journées complètes animées par une majorité de psychiatres. Financée grâce à une subvention du plan régional de santé publique (PRSP) (de 12 000 € en 2006 à 20 000 € en 2008), la formation est gratuite pour les participants et les institutions.

Les professionnels qui s’y inscrivent sont très divers : bailleurs sociaux, personnels d’accueil de CCAS, assistantes sociales de secteur, responsables de suivi RMI, personnels de centres d’hébergement, etc. Leur point commun ? « La difficulté pour accompagner des personnes dépressives, délirantes, ou pour réagir face à des propos incohérents ou agressifs, explique Muriel Laffaille, coordinatrice de l’action sociale à l’EPS (établissement public de santé) de Ville-Evrard et chef de projet de la formation. Les intervenants sociaux ne sont pas outillés pour aborder la maladie mentale et la plupart d’entre eux en ont une représentation erronée. »

La formation comprend plusieurs modules dont : des notions sur les principales pathologies ; une présentation des soins publics en psychiatrie ; une approche sociologique de la santé ; des exemples de travail en réseau et la présentation d’une équipe mobile ; une journée sur le thème de la violence et une sur la souffrance psychique et la précarité. « Les intervenants viennent d’horizons divers, précise Véronique Daoud, psychiatre chargée de l’évaluation de la formation. En plus des psychiatres, nous avons un médecin généraliste, un responsable de réseau, une infirmière psychiatrique, une assistante sociale aux urgences d’un hôpital général. »

« Le psychiatre n’est pas tout puissant »

« Le principe est de travailler à partir de situations rencontrées par les stagiaires, ajoute Véronique Daoud, cela permet des échanges d’expériences professionnelles et met en évidence le besoin de partenariat entre de nombreux acteurs du champs social et médical. » Pendant le module sur la violence, les intervenants sociaux racontent les agressions verbales et les usagers mécontents : « Ils en sortent anéantis, déstabilisés, et il faut toujours rappeler qu’ils ne sont pas visés personnellement par cette violence », indique la psychiatre Gabrielle Aréna qui anime ce module. Elle insiste sur le fait qu’il ne faut pas toujours associer violence et maladie mentale : « La plupart des patients sont non-violents, j’essaie donc de dé-stigmatiser et les stagiaires se rendent compte qu’il est plus facile de gérer un malade mental qui pète les plombs plutôt qu’un usager agressif parce qu’il n’obtient pas ce qu’il veut. »

La formation a un impact positif sur la pratique professionnelle des stagiaires : « La plupart d’entre eux se sentent plus à l’aise dans leur travail, plus autorisés à orienter les usagers », indique Muriel Laffaille (lire les témoignages de deux stagiaires). « Souvent les travailleurs sociaux attendent tout de la psychiatrie comme si c’était une solution miracle, or ce n’est pas le cas, insiste Véronique Daoud, le psychiatre n’est pas tout puissant, le suivi médical ne résout pas tout et l’étayage social est indispensable, c’est aussi un des messages de la formation. »
L’engouement des travailleurs sociaux pour cette formation interroge sur l’absence d’apports théoriques sur la psychiatrie dans les formations initiales des travailleurs sociaux.


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