N° 929 | du 14 mai 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 mai 2009

Une instance de concertation : la Resad

Propos recueillis par Mariette Kammerer

La Resad permet aux intervenants des champs social et médical d’élaborer ensemble des réponses adaptées aux situations psychosociales les plus complexes.Entretien avec Pilar Giraux, psychiatre responsable de la Resad d’Aubervilliers

Quels types de situations sont présentés en Resad ?

Le cas classique est celui d’une personne en rupture de soins psychiatriques, qui se retrouve seule suite au départ ou au décès d’un parent et dont les symptômes réapparaissent, mais qui refuse de se soigner. Dans ce cas la Resad propose une visite à son domicile avec un professionnel connu de l’usager – le médecin généraliste ou l’assistante sociale – et un psychiatre, pour convaincre la personne de se soigner.

Resad mode d’emploi

Vous êtes travailleur social et démuni face à une situation complexe à laquelle vous ne pouvez répondre seul ? La Resad est là pour vous aider. La Réunion d’Evaluation des Situations d’Adultes en Difficulté (Resad) est une instance de réflexion qui réunit une fois par mois des professionnels du champ social, de l’insertion et de la santé physique et psychique. Son but ? Analyser et apporter une réponse collective à une situation dont la complexité rend illusoire le suivi par un seul acteur, tant les difficultés sociales, économiques, médicales et juridiques sont enchevêtrées. Tout intervenant local peut soumettre à la Resad une situation qui lui pose problème, avec l’accord de l’usager qu’il suit.

Chaque séance se conclut par des propositions d’intervention. Plusieurs réunions sont souvent nécessaires pour trouver une réponse adaptée, mettant en œuvre l’intervention de plusieurs services (bailleur social, CMP, service social). Les propositions faites en réunion sont communiquées à l’usager concerné afin de recueillir son adhésion aux démarches envisagées. Il existe plusieurs Resad en Seine-Saint-Denis. Le comité permanent est en général composé de représentants du service social, du secteur psychiatrie, du CCAS, du centre médico-social, de la mission locale, de l’hôpital public, de l’aide personnalisée d’autonomie.

Nous avons aussi des situations de maltraitance sur des adultes vulnérables, la très grande majorité des situations étudiées concerne des personnes isolées. Les bailleurs sociaux et les assistantes sociales en sont les premiers témoins. Nous avons 80 % de problèmes de domicile (squat, instance d’expulsion, recherche de logement…), 60 % de maladies somatiques (hypertension, diabète), 70 % de maladies psychiatriques et 20 % à 30 % de problèmes d’addiction.

Avez-vous des exemples de réponses coordonnées ?

On a eu le cas d’un homme, schizophrène, squatté par une bande d’individus qui rentraient par ses fenêtres pour cacher de la drogue chez lui. Il avait très peur d’en parler et n’avait rien raconté au psychiatre qui le suivait. Il s’est finalement confié au bailleur social qui a présenté la situation en Resad. Il a été mis sous tutelle, relogé dans un appartement en hauteur et on a mis en place un service de soins à domicile. Il y a donc eu une réponse conjointe du bailleur, du service psychiatrique et du service des tutelles.

Après il allait beaucoup mieux et sa famille, c’est-à-dire sa sœur, qui avait fui la situation comme c’est souvent le cas, a pris le relais.
Nous avons eu la situation dramatique d’un père devenu alcoolique et psychotique après le suicide de sa femme, et vivant avec ses deux filles. On a travaillé pendant un an sur cette situation, il a fallu intervenir sans effrayer pour arriver à une solution de placement aménagé, afin qu’il puisse voir ses filles. Il y a eu intervention conjointe du réseau enfance et du réseau adultes : assistante sociale de secteur, assistante sociale du collège, bailleur, service de psychiatrie.

Quelles avancées permet la Resad ?

D’une part, l’approche croisée par des professionnels issus de champs différents permet de mieux appréhender les situations. Il faut parfois inventer des réponses sur mesure à des situations inédites. Le diagnostic partagé permet des prises en charge plus cohérentes, mieux coordonnées dans le temps et mieux réparties entre les différents acteurs locaux. Le passage en Resad a permis de faire émerger des situations de détresse physique, sociale et mentale qui avaient échappé aux services sociaux de la ville.

D’autre part, la Resad offre un appui au professionnel qui dès lors n’est plus isolé face à cette situation inextricable. Les démarches administratives peuvent être conduites au nom de la Resad, et le professionnel n’est plus seul à s’impliquer. Le passage en Resad légitime aussi la démarche du professionnel au sein de sa structure d’origine.

Ce que ça a changé dans la façon de travailler ?

Après cinq ans d’existence et plusieurs évaluations, on constate que les Resad ont amené un renforcement des partenariats entre professionnels qui désormais travaillent ensemble en dehors de ces réunions. Sur certaines situations, le service social va s’adresser directement au CMP pour organiser une visite conjointe au domicile d’un usager, sans passer par la Resad.