N° 1053 | du 8 mars 2012 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 mars 2012

« Nous n’avons pas de dogme, ni psychanalytique, ni comportemental »

Propos recueillis par Lætitia Delhon

Quelle prise en charge de l’autisme au Canada, souvent cité pour pointer les limites du système français ? Interview de Ghitza Thermidor, psycho-éducatrice, et Chantal Caron, psychiatre responsable de l’hôpital de jour Pas à pas, à l’hôpital Rivière-des-prairies de Montréal. Elles travaillent avec le psychiatre français Laurent Mottron, mondialement connu pour ses recherches et son discours sur les « forces » des personnes autistes.

La psychanalyse a-t-elle sa place dans la prise en charge de l’autisme au Canada ?

Chantal Caron : Je suis en contact depuis trente ans avec la psychiatrie au Québec, et la psychanalyse n’a jamais eu sa place dans le traitement de l’autisme. Nous lisons la littérature mondiale et nous n’y avons pas vu de fait scientifique sur l’apport de la psychanalyse. Ce n’est donc pas une opinion. De là à dire que la pratique actuelle ici est « behaviouriste » (ndlr : comportementale), ce n’est pas vrai. La psychiatrie en Amérique du Nord est bio-psycho-sociale : elle prend l’individu dans son ensemble biologique, social et psychologique. Donc nous n’avons pas de dogme, ni psychanalytique, ni comportemental.

Pouvez-vous décrire vos méthodes d’accompagnement ?

Ghitza Thermidor : Nous accueillons l’enfant et l’évaluons sur tous les plans. Cela va de l’ergothérapie, l’orthophonie, à la motricité globale, au plan social, au niveau de la famille et avec la vision du psychiatre. Cette évaluation nous permet de déterminer les meilleures interventions et les moyens de communication à mettre en place pour l’enfant, et les supports que nous pouvons donner aux parents.

Chantal Caron : Notre pratique dépend du besoin de l’enfant. L’Hôpital de jour n’a qu’un mandat limité : il accueille les enfants pendant une vingtaine de semaines, à temps partiel. Nous n’intervenons pas pour traiter l’autisme, mais les symptômes (crier trop fort, s’automutiler, ne rien manger…) qui empêchent l’enfant d’intégrer les structures extérieures, comme les crèches ou l’école.

Quel rôle ont les psychiatres dans ce système ?

Chantal Caron : Les psychiatres s’occupent du diagnostic et du traitement des pathologies co-morbides, présentes dans 50 % des cas : dépression, troubles anxieux, hyperactivité, troubles de l’alimentation… Mais sur l’autisme en tant que tel, ils n’interviennent pas. Dans nos centres de réadaptation multidisciplinaire, ce sont les psychologues et les travailleurs sociaux qui travaillent, pas les psychiatres.

Le diagnostic est-il établi précocement ?

Chantal Caron : On espérerait le faire le plus rapidement possible, mais entre le moment où les parents remarquent les troubles et leur arrivée à l’hôpital, il se passe souvent du temps et les intervenants sont nombreux. Il ne faut pas croire que tout est rose ici ! Nous avons des listes d’attente, nous manquons de places et de psychiatres.

Votre particularité c’est de vous appuyer sur les autistes eux-mêmes pour progresser dans la prise en charge. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Chantal Caron : Oui, nous faisons place aux autistes eux-mêmes dans les traitements que nous pouvons leur offrir. Certains adultes, qui sont chercheurs avec nous, comme Michelle Dawson (ndlr : une autiste devenue chercheuse, connue notamment pour sa critique envers la méthode ABA), peuvent nous donner des idées sur la façon dont on devrait organiser une salle ou encore les jeux que l’on devrait utiliser. Ils l’ont eux-mêmes vécu, ont une connaissance importante, qu’ils ont partagée avec d’autres, et sont donc capables de nous aider dans notre façon d’aider. Ils nous corrigent, et on a toujours à apprendre.


Dans le même numéro

Dossiers

L’autisme, un malaise français

La polémique n’a peut-être jamais été aussi virulente. Elle a ressurgi à la faveur de l’actualité sur l’autisme, particulièrement chargée depuis début janvier : rapport de la sénatrice Valérie Létard sur l’impact du plan autisme 2008-2010, condamnation en première instance de la réalisatrice Sophie Robert pour son film Le Mur : l’autisme à l’épreuve de la psychanalyse, dépôt de la proposition de loi du député Daniel Fasquelle et enfin publication des recommandations de la Haute autorité de santé.

Comment parler alors de la prise en charge de l’autisme en pleine controverse ? Simplement en donnant la parole à différents acteurs. Psychanalyste, psychologue, pédopsychiatre et responsable associatif : de sensibilités différentes, ils éclairent les sources de tensions, donnent des clefs pour avancer et pour qu’un dialogue soit de nouveau possible.

Lire la suite…

Au cœur des pratiques

Les établissements sanitaires (hôpitaux de jour) et médico-sociaux se partagent la prise en charge des enfants autistes en France. Plongée dans trois structures différentes qui révèlent la pluralité des pratiques.

Lire la suite…