N° 910 | du 18 décembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 18 décembre 2008

Marseille : la cité des Flamants à la veille d’une métamorphose

Marjolaine Dih

Dans les quartiers Nord de la cité phocéenne, la cité des Flamants entame sa rénovation. Un relooking revu et corrigé par les habitants et tous les usagers du futur quartier. Verdict en 2011.

Des barres qui s’allongent sur des centaines de mètres. Un quartier enclavé. En cet après-midi ombrageux, la cité des Flamants paraît sinistre. Sur le panneau de signalisation, une peinture rouge « interdit [l’entrée] aux condés ». Dans ce ghetto, les craintes (fondées ou pas) vont bon train. Si bien que « la société chargée de livrer les colis dans ce coin ne vient plus, s’éberlue Anne-Marie Secchi, assistante sociale et directrice déléguée du pôle de l’IRTS situé aux Flamants. Comment font les gens qui vivent là ? »

Véritable enjeu de rénovation urbaine, l’isolement de cet ensemble HLM préoccupe donc l’Opac Suc, son bailleur, depuis des années. «  L’un de nos objectifs est de refaire un bout de la ville », s’avance Françoise Mesliand, chef de projet à l’office HLM. Le pari semble de taille car voici des années que le quartier se referme sur lui-même. En atteste Eliane Marroc, conseillère en économie sociale et familiale à la Maison de la solidarité (MDS) du Merlan, qui a vu la cité évoluer depuis sa construction dans les premières années de 1970. « Il a fallu attendre le début des années 1980 pour voir apparaître le collège Manet, observe-t-elle.

Dans les premiers temps, il manquait toutes les infrastructures. » Et Evelyne Leroy, responsable sociale de la MDS, de compléter : « Les infrastructures n’ont pas été pensées en même temps que l’implantation des établissements scolaires. À l’ouverture de ces derniers, la capacité d’accueil étant inférieure aux besoins du territoire, dans l’attente d’implantation d’Algeco®, les enfants de la cité des Flamants allaient à l’école soit le matin, soit l’après-midi, faute de place. » Il semblerait même que l’attraction du quartier résidait dans un centre commercial. Pas étonnant si, selon Eliane Marroc, « cette population a appris à vivre sur elle-même »

Aujourd’hui, sur les portes d’entrées des pancartes prometteuses fleurissent. « Ça bouge dans votre immeuble », annonce-t-on. Reste à savoir si le changement sera du goût de tous. D’autant que peu de locataires y croient encore. Pour cause : « Le projet date de 2001 », rappelle Françoise Mesliand. Il ne devrait finalement aboutir que d’ici à 2011. Et la chef de projet de se féliciter : « Suite à l’enquête sociale menée auprès de 80 % des locataires, l’Opac a revu son programme de travaux. » D’après la responsable, le coût des travaux a ainsi augmenté de 21000 euros par logement rénové à 51000 euros. Du chauffage au revêtement des sols, en passant par les autres énergies consommées, nombre de doléances ont trouvé une solution. Idem pour le centre social. « Ils avaient prévu de le placer en périphérie du quartier », s’étonne Anne-Marie Secchi. Au final, il restera au cœur de la cité.

Les débats, organisés par la Mous, se sont donc conclus par la signature d’une charte. « Il y a bien eu une concertation avec les habitants, estime Eliane Marroc. Mais les gens n’ont pas compris que c’en était une. Les locataires ont donc signé une charte sans véritablement en saisir la teneur. Tout le monde utilisait les mêmes mots sans leur donner la même définition. » Un manque de compréhension sans doute ? « Sans vécu commun (entre les habitants et le cabinet d’études chargé de la Mous, ndlr), la Mous apparaît comme une porte d’entrée de l’Opac », commente Evelyne Leroy.

Peut-être des acteurs déjà implantés sur le terrain auraient-ils pu faciliter le dialogue… Seul hic : « Les travailleurs sociaux et les urbanistes ont parfois du mal à se comprendre », constate Evelyne Leroy. Au bureau d’études Lieux Dits, chargé de la Mous des Flamants, cet avis devrait retenir l’attention. D’autant qu’on « se demande régulièrement s’il ne faudrait pas recruter un travailleur social », confie une chargée d’étude.

Pour l’heure l’expérience qui s’amorce aux Flamants promet de belles avancées en termes de partenariats entre institutions d’univers différents. En témoigne Anne-Marie Secchi qui envisage déjà des projets pour ses étudiants en travail social autour de deux axes, à savoir : « Que peut-on apporter à ce terrain ? Et que peut-il nous apporter à son tour ? » Reste à trouver qui tendra la perche le premier pour collaborer avec l’autre…


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