N° 1022 | du 16 juin 2011 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 16 juin 2011 | Nathalie Bougeard

Logement : une autonomie progressive

Institut médico-éducatif La Brétèche

Thème : Institution

Marie-Madeleine Gillon-Six, directrice de l’IME de La Brétèche, revient sur les conditions qui ont permis la mise en œuvre de ce dispositif novateur.

Quelles sont les conditions qui ont présidé à la constitution de ce pôle diversifié d’hébergement ?
D’une façon générale, nous estimions que l’hébergement en tant qu’outil éducatif était sous-exploité. Sachant que l’insertion sociale est la finalité ultime d’une démarche éducative, nous pensons que le développement des compétences sociales constitue la base du travail éducatif auprès des adolescents déficients intellectuels. La façon dont nous avons repensé notre pôle d’hébergement vise à ouvrir la voie à une multitude d’apprentissages permettant d’expérimenter des formes d’autonomie différentes et de plus en plus complexes. À nos yeux, l’hébergement doit être conçu comme un temps de formation permettant à l’adolescent d’être acteur de son projet. En devenant acteur de son apprentissage dans le cadre du logement, il va acquérir progressivement des compétences d’autonomie domestique et sociale qui fiabiliseront son intégration sociale. L’objectif est que chacune des étapes soit bien marquée, avec une progression pour que le jeune ait des repères clairs. Il faut que chaque palier corresponde à des acquisitions.
En outre, les conditions matérielles d’hébergement n’étaient plus adaptées. Nous avions proposé au conseil d’administration de louer une maison à Rennes afin de rapprocher les jeunes de la ville mais le coût financier était trop important. Finalement, devant l’urgence à réaliser les travaux du bâtiment d’internat, nous avons envisagé de louer des chambres à l’année dans deux foyers de jeunes travailleurs et d’y détacher deux éducateurs.

En interne, comment a été conduit ce projet ?
Directrice de cet établissement depuis 2004, j’avais l’impression que l’équipe d’éducateurs était un peu fatiguée et je ressentais chez eux une forme de mécontentement. Le scénario imaginé avec l’équipe d’internat a vu le jour grâce à un travail de longue haleine. Au cours de l’année 2008, ont été constituées plusieurs commissions sur ce sujet qui nous ont permis au bout d’un an d’aboutir à un projet cohérent, décrivant toutes les unités dans leurs spécificités et les considérant comme un maillon d’un ensemble plus vaste. Assez vite, deux éducateurs ont exprimé le désir d’aller vers l’extérieur. Ce projet chamboulait les équipes mais son cadre expérimental a rassuré tout le monde.

Les parents ont-ils été réticents à votre nouvelle organisation ?
Nous avons réuni les familles afin de leur présenter le projet et de recueillir leurs avis mais aussi leurs craintes. De plus, les assistantes sociales de l’équipe ont dû se rendre au domicile de plusieurs familles. Deux peurs ont été exprimées : la mixité dans l’hébergement – mise en place à partir de la rentrée 2009 – et l’expérience du logement autonome dans les foyers de jeunes travailleurs. Il est vrai que nous avons une grande part de familles avec des problématiques lourdes, vivant à la campagne et pour lesquelles la ville est parfois l’objet de tous les phantasmes. Cela étant, à chaque fois que je reçois une famille en vue d’une admission, j’insiste toujours sur la dimension éducative de l’hébergement.

Les deux éducateurs affectés aux foyers de jeunes travailleurs sont-ils toujours réellement partie prenante de l’équipe de La Brétèche ?
Il existait un réel risque qu’ils se détachent de notre quotidien mais en fait, cela ne se passe pas du tout ainsi. D’abord, parce que ces deux éducateurs ont pleinement conscience qu’il leur faut rester en lien avec l’institut médico-éducatif. Ensuite, parce qu’évidemment, ils assistent aux réunions de service qui les concernent. Enfin, toute proposition de stage en foyer de jeunes travailleurs est un travail collectif qui est discuté par le service social, le service insertion et les collègues de l’internat.

Quel est le coût financier d’un tel dispositif ?
Entre le logement au foyer de jeunes travailleurs, le transport, les repas et les loisirs, cela revient à environ à six cents euros par jeune. Mais évidemment, quand un jeune quitte le dispositif d’hébergement sur site pour une chambre dans un des foyers, l’institution ne bénéficie plus du prix de journée « internat ». En outre, entre les vacances, les stages et la maladie, le taux de vacance des chambres du foyer est élevé. Pour autant, nous devons payer le loyer. Aussi, pour des raisons éducatives mais aussi de rentabilité financière, lorsqu’un jeune titulaire d’une chambre au foyer est absent, essayons-nous d’y affecter un autre jeune pour un stage « habitat » d’une ou deux semaines.

Quel bilan tirez-vous de cette expérimentation ?
Les deux éducateurs portent ce dispositif bien plus loin que ce que nous avions pu prévoir. Et personne n’avait imaginé que les jeunes s’intégreraient aussi bien dans les foyers de jeunes travailleurs.


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