N° 1022 | du 16 juin 2011 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 16 juin 2011 | Nathalie Bougeard

Slamer pour s’affirmer

L’hébergement comme outil éducatif

Thème : Institution

En s’entourant d’un professionnel de l’écriture pour l’atelier slam, l’éducateur détaché au foyer des jeunes travailleurs des Gantelles a entraîné quelques résidents dans l’univers de la poésie, de l’écriture et de la déclamation en public mais aussi de l’édition.


Dans la capitale bretonne, le slam est une activité qui a la cote et ce, depuis ses débuts lorsque quelques poètes ont revendiqué un droit à l’expression personnelle et orale. Pour preuve, les nombreux bars rennais qui organisent des soirées slam (une consommation offerte à tout auteur qui prend le micro) dans une ambiance vraiment sympathique. Sans compter plusieurs associations qui aident ceux qui le souhaitent à structurer cette pratique et à organiser des événements. Ainsi, François Joubert, éducateur spécialisé à La Brétèche et détaché depuis janvier 2010 au foyer de jeunes travailleurs des Gantelles a-t-il souhaité proposer cette activité aux résidents. « Notre fonctionnement prévoit que les jeunes de l’IME participent, s’ils le souhaitent, aux activités du foyer. Cette fois, nous avons voulu faire l’inverse : que ce soit les jeunes de l’IME qui invitent les autres résidents à une animation », explique-t-il.
Quant au choix du slam, il repose sur « la prise de parole publique et dans un espace cadré. L’enjeu est à la fois personnel et citoyen : oser prendre la parole et être reconnu par le public », continue-t-il. Une gageure pour des jeunes déficients, souvent fâchés avec l’écriture et qui a priori ne se sentaient pas vraiment concernés.
François Joubert propose néanmoins à Nicolas Gilbert, animateur socio-éducatif aux Gantelles, d’initier un atelier hebdomadaire ouvert à l’ensemble des résidents. « Au printemps 2010, nous avons démarré cette activité de façon quasi-improvisée mais cela a pris tout de suite, notamment car un des jeunes issu de La Brétèche s’est révélé extrêmement moteur », se souvient Nicolas Gilbert. Sans compter la dizaine de personnes qui sans participer à ces soirées ont confié aux deux animateurs « qu’elles aussi écrivaient ». « Un des intérêts est évidemment le mélange des publics : dans cet atelier, se côtoient des jeunes travailleurs et des déficients intellectuels », s’enthousiasme François Joubert. Quant à ceux qui ne savent pas écrire, ils sont évidemment conviés et certains se révèlent assidus : « Dans ce cas de figure, quelqu’un écrit à leur place. Nous avons eu également un jeune qui, ne sachant pas lire, a appris son texte par cœur », poursuit le professionnel. Une demi-heure avant la fin de la séance, chacun pose son stylo et écoute les textes des autres. « Là encore, cela ouvre l’esprit, apprend la tolérance », note François Joubert.
Seule ombre au tableau, la difficile fidélisation des apprentis poètes. « La plupart du temps, les résidents rencontrent des difficultés à se projeter et à suivre régulièrement une activité structurée », indique Nicolas Gilbert. Toutefois, en plus du noyau dur de quatre participants, sept-huit personnes participent à ses sessions. Aussi, les deux animateurs ont-ils imaginé et annoncé dès la rentrée un programme de plus grande envergure pour l’année 2010-2011. D’abord, renouveler l’expérience des ateliers chaque semaine mais cette fois recruter un professionnel pour les encadrer. « Incontestablement, la présence d’une professionnelle attire du monde. Nous sommes montés certains soirs jusqu’à quinze personnes avec cette fois un noyau dur d’une dizaine. De plus, cela nous dégage du temps pour être plus disponible auprès des jeunes les plus en difficulté », souligne François Joubert.
Au total, au fil des six séances, dix-huit personnes ont produit des textes. Ensuite, plutôt que de se contenter d’aller boire un verre à l’occasion de soirées dédiées au slam, proposer à un bar rennais l’organisation d’une soirée par les résidents du foyer. « Dix jeunes ont participé dont une jeune femme de La Brétèche qui a lu son texte », précise François Joubert. Enfin, la participation au Printemps des poètes a été possible grâce à « La poésie s’invite en gare ». Cette fois, à l’initiative de la SNCF, les textes ont été réunis sur un grand panneau installé dans la gare de Rennes et pour chaque billet de train acheté, le voyageur recevait un flyer avec un poème. Enfin, les deux éducateurs ont évoqué l’édition d’un recueil des textes. Une initiative qui a séduit la plupart des participants. « L’un des auteurs m’a dit : c’est le seul livre qu’il y aura chez moi et j’ai écrit dedans », raconte François Joubert.
Au total, cette action a nécessité un budget de trois mille euros dont deux mille huit cents financés grâce à la contribution de deux mécènes, sollicités par François Joubert. « Récemment, nous avons choisi un titre. Ce sera : « Les frasques saugrenues de nos pensées incongrues ». Puis, nous avons réfléchi aux remerciements, à la couverture. Aujourd’hui (ndlr, mai 2011), nous en sommes à choisir les illustrations. L’atelier slam s’élargit : des jeunes qui n’y ont pas participé entrent dans la pièce lorsque nous y travaillons. Tout cela donne encore du grain à moudre », conclut-il. Prochainement, deux cents exemplaires vont être imprimés.


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