N° 567 | du 8 mars 2001 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 mars 2001

Le point de vue de la femme de l’éducateur

Madeleine Pierron In Liaisons de décembre 1951

Certains mots sont liés à la profession d’éducateur : engagement, don de soi, disponibilité. Quelle est leur répercussion sur la vie familiale ? Qu’en pensent les femmes d’éducateurs qui sont appelées à partager ces engagements ? Madame Pierron a accepté de commencer cette rubrique en nous donnant son point de vue. Nous invitons toutes les femmes d’éducateurs à nous faire part également de leurs joies, de leurs difficultés, de leurs suggestions

Femme d’éducateur ! Je suis heureuse d’en être une. J’avoue que, depuis notre mariage, j’ai quelque peu évolué, j’ai maintenant plus d’optimisme, de confiance, de gaieté ainsi qu’une plus grande compréhension de l’éducation.

Certes, le métier, si je puis m’exprimer ainsi, de femme d’éducateur, est différent de celui de bien des épouses. Il faut, la plupart du temps, résider dans le centre même, et ainsi être liée à la vie même des garçons. Il y a là, comme ailleurs, des avantages et des inconvénients. Avantage d’avoir son mari à proximité, et de l’apercevoir souvent dans la journée (je dis « apercevoir ») car le mari, éducateur, ne fait pour ainsi dire que des apparitions aux heures des repas, le soir…). Notons en passant qu’un petit effort devrait être demandé aux éducateurs pour limiter les bavardages qui battent souvent les records jusqu’ici détenus par les femmes !…

Mais, un inconvénient que n’ont pas, la plupart des femmes de fonctionnaires, c’est un horaire irrégulier, parfois fantaisiste : repas retardés, sorties compromises… Tout ceci, à cause d’une visite inattendue ou de la venue d’un garçon qui a besoin de faire ses confidences.

Les séparations sont également fréquentes et la femme de l’éducateur doit rester bien souvent seule pendant les camps, les stages, les transferts… Mais si nous comparons ces petits sacrifices à ceux consentis par les femmes de marins, d’aviateurs, de militaires, nous devons encore nous estimer favorisées.

Enfin, une considération qui n’est pas négligeable pour la femme d’un éducateur, c’est d’avoir un mari qui reste jeune de caractère, qui vit dans un esprit de recherche, de nouveauté, de création.

Certains ont dit que la vie de famille, notamment avec des enfants, n’était pas compatible avec le métier d’éducateur. Je crois qu’ils se trompent. Au contraire, l’image de foyers unis, de petits enfants propres, sains, peut avoir un effet salutaire sur les garçons. Il m’arrive même de laisser nos enfants s’amuser avec eux, en les surveillant évidemment. Elles assistent parfois au repas, aux veillées et les gars semblent apprécier leur présence.

J’entends également des personnes de l’extérieur me dire : « Comme vous devez être gênée par le bruit, les jeux, les cris ». Je souhaiterais bien quelquefois que les garçons fassent un peu moins de bruit en passant dans le couloir, par exemple, pour ne pas gêner nos enfants qui font la sieste, mais par contre, que la maison me semble vide et triste le dimanche après-midi, quand les gars sont partis en promenade ou au stade, et que je n’entends personne !

Bref, je crois que la femme de l’éducateur a, elle aussi, une mission à accomplir : celle de comprendre le travail de son mari et de l’aider à en surmonter les difficultés. En revanche, elle aura la joie de collaborer à une grande œuvre et de vivre dans une ambiance jeune, saine et sympathique où règne l’esprit de service.


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