N° 567 | du 8 mars 2001 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 mars 2001

Réflexions féminines. La femme au foyer

B. Haardt In Liaisons d’octobre 1952

Le temps où la femme peut travailler comme l’homme semble encore bien loin tant ce témoignage de 1952 apparaît plus comme un plaidoyer pour le travail féminin que comme une constatation d’un droit établi. A peine pourrait-on dire qu’il s’agit là d’une revendication plutôt téméraire pour l’époque...

Le problème du travail féminin a été agité au cours du dernier stage de Marly-le-Roi. Il m’a paru nécessaire de revenir sur les réactions de l’ensemble des éducateurs et éducatrices présents. J’explique, pour ceux et celles qui n’étaient pas à Marly, qu’il y eut d’abord un exposé objectif de faits précis, basés sur une étude sérieuse. Ces faits tendaient à démontrer que, si les conditions de travail de l’homme sont souvent loin d’être satisfaisantes, celles du travail de la femme sont presque toujours difficiles. De plus, il y a pour elle double tâche : son travail professionnel ne lui enlève rien, dans la plupart des cas, de ses travaux ménagers (ces derniers étant évidemment plus pesants quand il s’agit d’une épouse, d’une mère de famille).

Après les données du problème, il fallait proposer des solutions ; celles-ci évidemment fonction, en partie, de l’opinion ou de la philosophie de la personne qui les préconise. Mais si l’on pouvait ne pas être d’accord avec elle, si l’on pouvait buter sur des expressions peut-être maladroites, il m’a paru assez grave qu’on n’ait pas senti davantage, derrière ces maladresses, une véritable angoisse devant une marée de faits inhumains. Il m’a paru assez grave que la seule solution apparemment admise par l’ensemble des éducateurs fût « la femme au foyer ». Ce slogan, au fond, supprime le sentiment d’inconfort moral que donne à l’homme le problème de la femme dans la Société présente, et le rassure dans sa notion d’être le chef. Ce slogan rassure aussi les jeunes filles qui, sans se l’avouer toujours, attendent du mariage qu’il supprime totalement pour elles l’insécurité et l’inquiétude ; elles oublient que leurs responsabilités maternelles leur demanderont, au contraire, d’être elles-mêmes la source de la sécurité et de la quiétude.

N’envisager comme solution ou amélioration au problème que « la femme au foyer » paraît bien simpliste, et même témoigne d’une certaine inconscience chez des éducateurs de jeunes inadaptés. C’est un idéal que je ne discute pas en soi. Là n’est pas mon propos, mais comme tout idéal, il est utopique et ne sera jamais vraiment atteint. Autant je pense qu’il faut tout faire pour donner à la femme la possibilité d’élever elle-même ses enfants, et de les bien élever (quand il n’y aurait que la question d’horaire du travail !), autant je crois faux de penser — en l’état actuel des choses — que le mariage peut ôter à la femme la nécessité de travailler.

Dans les milieux que nous touchons surtout, la femme travaille et ne peut faire autrement, qu’elle soit seule ou non. C’est aller à contre-courant, donc user des forces pour rien, que vouloir écarter la femme du monde du travail. Il a été bien souligné, avec des données vérifiables, que l’équilibre économique du monde actuel a besoin du travail féminin. La question n’est pas de savoir si Madame Pierron préfère ne pas partager les responsabilités professionnelles de son mari ou si Madame Lehmann, au contraire, n’envisage sa vie conjugale qu’aux côtés du sien à la direction de leur centre, comme dans leur foyer, la question est que chacune, dans les formes qui conviennent le mieux à leur personnalité, apporte à son mari ce qu’il attend d’elle : un complément à ce qu’il est lui-même, à la fois une force et un apaisement dans sa vie.

Le travail professionnel peut être nécessaire pour épanouir la femme autant que pour épanouir l’homme. Le problème est dans les conditions de ce travail qui trop souvent brisent cet épanouissement. Les éducateurs et éducatrices n’ont pas le droit — moins que tous autres — de se satisfaire de mots et de résoudre en eux-mêmes les problèmes avec des formules faites. Ils doivent constamment prendre conscience, toucher du doigt les réalités — et le travail féminin en fait partie — de la vie des femmes à eux confiées. S’ils n’ont pas, sans cesse, aiguisé, cette conscience, à quoi peuvent-ils essayer d’« adapter » ces adolescents et adolescentes ?


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