N° 747 | du 31 mars 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 31 mars 2005

Le club des Peupliers

Mireille Roques

Organisation intermédiaire entre le lieu tenu par des professionnels et le lieu géré par les usagers.

Le XIIIe arrondissement de Paris est l’un de ces lieux où la maladie mentale a pu être pensée différemment et où des initiatives ont vu le jour qui, aujourd’hui encore, font référence. Ainsi, dès 1958, l’Association santé mentale (ASM) est créée et un atelier thérapeutique mis en place. À l’initiative du docteur Paumelle, un groupe de malades décide d’aller plus loin et imagine un lieu moins thérapeutique et plus convivial. C’est ainsi que Le Club des Peupliers [1] voit le jour en 1960, déclaré association loi de 1901, hébergé et subventionné par l’ASM. Une assistante sociale est également détachée, professionnelle non impliquée dans le suivi des adhérents ainsi que le souhaitait le docteur Paumelle.

En effet, il est convaincu qu’il faut « dépsychiatriser » la structure et, pour ce faire, s’installer dans des locaux indépendants et recruter les animateurs hors les équipes thérapeutiques. Pour preuve : « Lorsqu’il a été nécessaire d’employer des membres de l’équipe pour aider au fonctionnement du club, un phénomène est apparu : la reproduction chez les patients d’un comportement pathologique lié à la présence de personnes qu’ils connaissaient en temps que soignants » [2]. Toutefois, si les usagers investissent de plus en plus le club comme leur domaine et si leur présence et leur participation à des activités sont totalement libres, ils ne peuvent ignorer que l’équipe, représentée au conseil d’administration et régulièrement réunie en synthèse, est garante du fonctionnement de la structure et assure une fonction de suppléance quand la charge devient trop lourde.

Une enquête auprès de 25 adhérents, souffrant pour la plupart de troubles très graves et suivis psychiatriquement, montre les effets bénéfiques de la fréquentation du Club : contacts avec les autres, motivation, plus grande confiance en soi - voire valorisation - meilleure communication et, surtout, pour une majorité, moyen d’éviter une hospitalisation. Un bémol toutefois : la durée de fréquentation reste élevée (30, 20, 10 ans…) et un faible nombre d’adhérents se sert de son passage au club pour aller vers d’autres associations.


[1Le Club des Peupliers. Tél. 01 43 31 49 51

[2Pierre Prungnaud in « Pratiques en santé mentale » ; août 2004


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