N° 783 | du 2 février 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 février 2006

L’internat Favre à Lyon : une voie de la réussite éducative

Agnès Leclair

Thème : École


Mis en avant dans les médias à la rentrée comme le premier internat créé dans le cadre du programme de réussite éducative, l’internat Adolphe Favre existe en fait depuis 1881 ! Cet établissement public de la ville de Lyon accueille du lundi au vendredi des enfants, garçons et filles, âgés de 6 à 13 ans, qui suivent leur scolarité dans les écoles du quartier. Coup de projecteur sur un établissement où les maîtres mots sont : prévention précoce, projets personnalisés et co-éducation

Les enfants qui rejoignent l’internat Adolphe Favre [1] le font à la demande des parents. « La plupart des enfants éprouvent des difficultés scolaires. Certains parents n’arrivent plus à faire face ou se sentent dépassés. Ceux qui nous sollicitent, souvent soutenus ou encouragés par un travailleur social, sont dans une demande de soutien. Certains souhaitent créer une distance avec le milieu familial ou avec l’environnement proche », explique Henri Blettery, le directeur de l’internat.

Il ne s’agit cependant nullement de couper les liens avec la famille puisque les enfants rentrent chez eux le week-end, ni d’isoler ces enfants du reste du monde puisqu’ils suivent leur scolarité dans les écoles primaires et les collèges du quartier de la Croix-Rousse, dans le 4e arrondissement de Lyon, où est implanté l’internat.

De nombreuses ouvertures sur le quartier sont par ailleurs offertes aux enfants à travers des activités sportives, culturelles ou artistiques. Ces activités sont choisies avec l’enfant et ses parents dans le cadre de son projet personnel. « Nous avons une pratique déjà bien ancrée de travail autour de l’enfant qui repose sur un projet personnalisé. À partir d’une observation croisée de l’enfant, lors de son admission, nous établissons avec les professionnels et les parents un projet d’accompagnement qui prend la forme d’un contrat d’accueil. Il s’agit d’aider l’enfant à se réapproprier la matière scolaire mais aussi à se faire aider si besoin par des professionnels comme le psychologue, l’orthophoniste… afin d’accéder à un mieux-être général. Nous travaillons depuis des années auprès de l’enfant et non pas de l’élève. »

À l’internat, les enfants trouvent matin, midi, soir et nuit, des professionnels à leur écoute. « Ici, les enfants en conflit avec les parents investissent un nouvel espace. Ils développent de nouvelles attitudes, explique Yveline Surugue, monitrice-éducatrice, on apprend à s’écouter, à échanger, à respecter des règles, à retrouver une bonne estime de soi, à vivre avec d’autres… On a le droit d’être triste ou en colère, on apprend à l’exprimer sans que cela se transforme en agressivité ». Si le mieux-être de l’enfant est l’objectif numéro 1, cela passe aussi le plus souvent par un renouveau de la relation parent-enfant qui fait l’objet de toutes les attentions.

Isabelle Aréna, monitrice-éducatrice explique que « certains parents peuvent craindre au départ que l’on prenne un peu leur place. C’est à nous de les rassurer dans leur rôle de parents. Nous échangeons sur ce qui se passe à l’internat la semaine et à la maison le week-end, mais nous ne demandons pas de compte. Nous n’avons pas à porter de jugement sur les habitudes des familles, que ce soit pour la télé, les repas, les habits…. De la même façon nous ne faisons pas de compte rendu aux parents le vendredi soir des faits et gestes de leurs enfants. Nous invitons plutôt ces derniers à parler eux-mêmes à leurs parents, que ce soit de leurs soucis scolaires par exemple ou d’éventuelles tensions qu’ils ont vécues avec d’autres enfants à l’internat ou à l’école. Nous installons une relation en triangle qui a vocation à redevenir une relation à deux parent-enfant ». Dès l’entrée à l’internat, le temps de la sortie et donc du retour dans la famille est envisagé. Les enfants passent en moyenne entre deux et trois ans à l’internat, avant un retour dans la famille (parfois avec une mesure d’accompagnement) ou, mais c’est plus rare, une orientation vers une structure médico-sociale.

Le moniteur-éducateur se positionne également comme tiers dans la relation enfant-enseignant. « Certains enfants ont besoin de se réconcilier avec l’école, poursuit Isabelle Aréna. Ils ne se comportent pas de la même façon en classe ou sur la cour de récréation, comme à l’internat. Nous échangeons avec les enseignants, mais sans que cela se fasse dans le dos des enfants. » Si l’accompagnement aux devoirs le soir est un temps privilégié, il n’est pas facile de faire de l’individuel et du sur mesure lorsqu’un moniteur-éducateur suit une dizaine d’enfants en même temps. « Des dispositifs de soutien scolaire sont mis en place, mais c’est encore trop peu pour répondre aux besoins de chaque enfant », poursuit la monitrice-éducatrice.

Et que change le PRE ? La nouveauté est avant tout financière pour la ville de Lyon. Puisque 30 places de l’internat sont désormais financées par l’État (485 000 euros en 2005) alors que la municipalité assurait seule le financement de la structure. Pour autant, du fait du financement annualisé du PRE, l’État réserve sa participation financière pour les années suivantes, il n’est pas prévu aujourd’hui de créations de poste. Les admissions des enfants se feront par ailleurs en priorité dans les quartiers du PRE de Lyon et la décision relèvera d’un processus impliquant les membres des équipes de réussites éducatives des territoires concernés.

Autant que possible, les enfants pourront, selon leur parcours et leurs projets, rester scolarisés dans leur école d’origine et bénéficier d’organisation plus souple de leur emploi du temps (retour en famille le mercredi par exemple).


[1Internat Adolphe Favre - 86 rue Chazière - 69004 Lyon. Tél. 04 78 29 88 98


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