N° 783 | du 2 février 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 février 2006

La responsabilité des familles dans l’échec scolaire

Entretien avec Antoine Anderson, sociologue

Sociologue de formation, Antoine Anderson a exercé la fonction de chef de projet politique de la ville dans plusieurs communes. Il est depuis cinq ans consultant et formateur auprès des collectivités locales et d’associations.
Propos recueillis par Agnès Leclair.

D’où vient l’idée de réussite éducative ?

Aujourd’hui l’école a besoin de coopérer avec l’extérieur pour tenter de créer un environnement social, culturel ou urbain plus favorable à la réussite éducative en général de l’enfant et à sa réussite scolaire en particulier. Le programme de réussite éducative (PRE) n’est pas une politique en soi, mais bien un outil qui vient s’insérer dans un paysage existant, notamment dans le cadre du projet éducatif local (PEL) porté par les collectivités territoriales, associant tous les partenaires.

Comment ce dispositif s’articule-t-il avec l’existant ?

Le PEL doit demeurer le cadre où se réunissent les différents acteurs de la communauté éducative, le lieu où s’élabore le projet éducatif local, où peuvent s’organiser les échanges sur le fait éducatif et la construction des actions favorisant le développement personnel des enfants et l’égal accès au savoir. Les équipes de veille éducative, quand elles existent, ont déjà permis de poser les bases d’un partenariat opérationnel réunissant les équipes éducatives et les travailleurs sociaux autour des questions de la déscolarisation et des violences à l’école.

Avec le PRE (projet de réussite éducative), il s’agit d’avoir une approche individualisée en direction d’enfants et de jeunes, dans le cadre d’un plan d’action ciblé sur les territoires de la géographie prioritaire de la ville ( zone urbaine sensible) et/ou de l’école (zone d’éducation prioritaire et réseau d’éducation prioritaire) et de se demander comment les activités dans et hors temps scolaire pourraient mieux s’articuler avec pour effet d’apporter un meilleur soutien aux enfants et adolescents en difficulté.

Que peut-on attendre d’une telle démarche ?

Questionner l’action des différents services publics, c’est salutaire. Encore faudra-t-il se poser les bonnes questions : Comment repérer les difficultés des enfants et des adolescents ? Quels sont les dispositifs d’aide déjà opérationnels, ceux qui ne le sont pas et pourquoi ? Comment travaille-t-on entre partenaires ? Est-ce efficace ? Ce travail de diagnostic est indispensable pour que le PRE soit pertinent. L’enjeu est d’instaurer ou de renforcer des méthodes de travail communes sur le terrain qui dépassent les questions de territoire institutionnel.

Quelle place pour les familles ?

C’est la question clé en terme de pratiques professionnelles. En mettant en place des programmes individualisés au plus près des enfants et des familles, les professionnels se retrouvent dans une relation de proximité inédite pour certains, qui peut être déstabilisante. Des référentiels d’actions auprès des familles, comme il en existe dans le secteur de l’accompagnement vers l’emploi, devront s’imposer pour éviter les cadres arbitraires. Car on ne peut à la fois appeler les familles à s’impliquer dans la réussite de leurs enfants tout en les stigmatisant ou en leur donnant des leçons.

Quelles dérives pourrait-on constater ?

Le dispositif pourrait être instrumentalisé pour faire porter aux familles la responsabilité de l’échec de leurs enfants. Cette ligne de rupture est déjà présente dans les discours politiques actuels qui jouent sur la culpabilisation, avec notamment la menace de suspension des allocations familiales. Or l’implication des parents dans la démarche de réussite éducative ne doit pas exonérer l’institution scolaire et ses partenaires d’améliorer le cadre et les conditions favorisant l’accès au savoir. Le débat national sur l’école n’a pas encore traduit dans les faits des réponses largement souhaitées qui visent à favoriser la stabilité des équipes enseignantes, à rénover les méthodes pédagogiques ou à instaurer un vrai travail en équipe. On peut regretter par ailleurs que l’évolution de la carte scolaire ne constitue pas une piste de travail qui permettrait de rechercher une plus grande mixité à l’école et de constater que le débat sur l’avenir des ZEP ne s’ouvre qu’à la lumière des récentes violences urbaines. L’action publique ne mérite-t-elle pas davantage d’anticipation ?


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