N° 827 | du 8 février 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 8 février 2007 | Jacques Trémintin

Faut-il avoir peur de nos enfants ?

Sous la direction de Gérard Neyrand


éd. La Découverte, 2006 (126 p. ; 6,90 €) | Commander ce livre

Thème : Délinquance

La prévention de la délinquance des mineurs s’abreuve à deux sources distinctes. On peut choisir d’incriminer les conditions socio-économiques, en considérant qu’elles sont à l’origine de l’émergence de l’essentiel des conduites transgressives. Toute autre est la responsabilisation des familles, désignées comme garantes du respect des règles sociales par leurs enfants. La première approche privilégie la compréhension des causes de la délinquance et la recherche de moyens pour l’endiguer, en s’appuyant par exemple sur une meilleure insertion. La seconde favorise une logique sécuritaire qui entraîne un véritable dispositif d’assujettissement des individus et d’abord des enfants : contrôle de l’évolution sociale précoce, respect de l’ordre établi, maîtrise musclée du passage délicat à l’âge de l’adolescence.

C’est cette approche que dénoncent les auteurs de l’ouvrage au travers de la stigmatisation qu’elle implique : chasse aux enfants « hyperactifs », aux enseignants « laxistes », aux parents « démissionnaires », aux travailleurs sociaux « rétenteurs d’information »… L’émergence du diagnostic des troubles de l’attention chez l’enfant est représentative des mécanismes de médicalisation des questions sociales. Si la dépression définit bien ce que soignent les antidépresseurs, c’est la diffusion de la Ritaline qui a permis d’identifier massivement ces difficultés de concentration non identifiées jusqu’alors. La progression de l’industrie pharmaceutique se fait à la manière d’un bulldozer qui ne peut que profiter de l’introduction dans les écoles maternelles d’un livret d’évaluation. Ce qui jusqu’alors se limitait à l’initiation au savoir est devenu un véritable travail dont la vérification qualitative induit le dépistage d’éventuelles carences. La pression des notations et du repérage des acquisitions confronte précocement aux notions de réussite et d’échec.

Alors que les aptitudes d’un enfant se développent à un rythme singulier, ce qui n’est pas acquis pouvant l’être quelque temps après, sans que ce retard n’ait la moindre conséquence : « Le développement d’un jeune enfant ne peut donner lieu à un contrôle constant, sans courir le risque d’engager le repérage d’aberrations là où elles n’existent pas » (p.47). Au risque d’inquiéter des parents déjà angoissés par la responsabilité dont on les affuble, en cas de dysfonctionnement de leur enfant. L’éducation n’est plus perçue comme un processus partagé qui se déploie dans le temps : elle est devenue un critère de jugement global et sans nuances de la compétence parentale. Ce discours déterministe ne peut qu’aggraver la culpabilité et le fatalisme des familles les plus vulnérables. Et c’est aux travailleurs sociaux que l’on demande de jouer ce rôle de dénonciation : on voudrait qu’ils ne gèrent plus les risques individuels et sociaux encourus par les jeunes, mais qu’ils exercent un rôle de surveillance et de contrôle social centré sur les seules préoccupation de sécurité publique.


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