N° 827 | du 8 février 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 8 février 2007 | Jacques Trémintin

La justice des enfants perdus. Intervenir auprès des mineurs

Manuel Palacio


éd. La Découverte, 2006 (245 p. ; 26 €) | Commander ce livre

Thème : Justice

À une époque où le réflexe sécuritaire prend beaucoup de place, il est toujours bon de lire des propos qui démontrent que les conceptions éducatives ne sont pas encore enterrées.
À cet effet, on pourra consulter avec bonheur l’ouvrage de Manuel Palacio, lui-même directeur de la PJJ, qui s’est entouré de spécialistes tels Jean-Pierre Rosenczveig, Philippe Meirieu ou Jean-Louis Daumas dont il publie l’interview au cœur de son texte.

La politique de prévention du ministère de la Justice, rappelle l’auteur, a longtemps fait primer l’enfant sur le délinquant, la personnalité sur l’acte, l’éducation sur la répression. Non par laxisme ou par idéalisme, mais par conviction qu’un enfant qui transgresse, a avant tout lui-même des problèmes. Ce n’est qu’en contribuant à les résoudre que l’on pourra d’autant mieux lui faire intégrer la loi sociale. Quand le juge le sanctionne, ce n’est pas parce qu’il serait responsable au même titre qu’un adulte, mais justement pour l’aider à devenir responsable.

Malheureusement, la justice des mineurs qui voyait dans l’enfant un être en évolution permanente et en devenir, a cédé progressivement la place au syndrome de la justice d’abattage. Elle semble de plus en plus guidée par la croyance dans une punition salvatrice, propre à faire reculer la montée des violences. Pure illusion !
Si la délinquance initiatique ou pathologique, de transgression ou d’appropriation a toujours existé, une autre forme s’est largement imposée comme produit du délitement du lien social : la délinquance d’exclusion. « Où peut-on puiser l’envie de se construire une place dans la société si l’on pense que toutes les issues sont fermées ? » (p.38).

La justice des mineurs et ses services éducatifs ne disposent pas des leviers adaptés pour répondre à des problématiques dont les déterminations collectives sont prépondérantes. Ce qu’elle peut faire néanmoins, c’est adopter de nouvelles réponses.
Au cours des années, son centre de gravité s’est déplacé du groupe vers l’individu et de l’institution vers l’environnement social. L’internat s’est calqué sur l’AEMO, privilégiant la pédagogie de la persuasion, le dialogue et le contrat basé sur la négociation d’objectifs progressifs.

Résultat : on demande à l’éducateur d’aider des personnes qui ne lui demandent rien, de contenir des jeunes difficiles sans le recours aux grilles et aux verrous. L’application de ce cadre de travail à des jeunes violents, fonctionnant sur des logiques et des codes étrangers aux adultes et dépourvus de capacité de projection dans un avenir même proche n’est guère réaliste, provoquant l’explosion de nombre d’institutions. Et l’auteur de réhabiliter la vie partagée avec ces jeunes qui les met en contact avec des adultes qui croient en ce qu’ils font : « L’éducateur ne peut pas travailler avec le mineur sans s’engager personnellement auprès de lui » (p.139).


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