N° 926 | du 23 avril 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 23 avril 2009

« Exister par l’échange »

Propos recueillis par Caroline Lefebvre

Claude Decocq, éducateur spécialisé, chef de service au foyer d’accueil médicalisé d’Arbois.

Quels problèmes pose le vieillissement des personnes handicapées dans les établissements classiques ?

Avant la création du FAM, je travaillais au foyer de vie de l’Apei d’Arbois. Le public de plus en plus dépendant, la prise en charge plus lourde, posaient question à l’équipe. Certains se demandaient si les plus âgés avaient encore leur place là. Le personnel se sentait même un peu en péril, il ne savait parfois plus quelles activités leur proposer. Parce qu’ils restaient dans l’esprit, conforme à leur formation, d’avancer avec les personnes suivies, les éducateurs se trouvaient démunis face à la régression.

Comment se caractérise la prise en charge au FAM d’Arbois ?

L’accompagnement au quotidien est extrêmement individualisé, parce que la dépendance est considérable et – il ne faut pas se cacher la réalité – ira en s’accroissant. Nous sommes très attentifs aux soins du corps, à l’habillage, au repas. Ce sont des moments d’échange, des moments où l’on peut s’occuper des petits bobos, rassurer. Nous nous efforçons également de maintenir une part de stimulation, pour que les résidents conservent au maximum leurs acquis. Les personnes handicapées mentales, suivant leur degré d’autonomie et de dynamisme, éprouvent plus ou moins d’intérêt pour les activités.

Mais, en général, elles ont besoin d’être sollicitées. C’est encore plus vrai avec l’âge : elles sont de moins en moins demandeuses. Cependant, les professionnels doivent aussi prendre conscience de leur âge. Il y a des choses qu’on ne fait plus avec une personne de soixante-dix ans, les longues promenades, etc. Ces personnes sont beaucoup plus fragiles, plus dépendantes. Les problèmes médicaux ou de comportement s’amplifient. D’où la nécessité de bien connaître chaque résident, de savoir ce qu’il est capable de faire et de s’adapter à son état de forme.

Comment se positionne l’équipe par rapport à ce public nouveau ?

Je conseille au personnel d’être vrai, proche, à l’écoute, de donner de lui-même dans la relation. Car nos pensionnaires n’ont plus rien, plus de travail, plus les activités régulières du foyer de vie, parfois plus de famille, mais ils ont toujours besoin de reconnaissance, et c’est dans l’échange qu’ils la trouveront, dans ce qu’on va leur donner pour leur permettre d’exister. La problématique est la même que dans les maisons de retraite. Il ne suffit pas de laver les gens puis de les mettre dans un coin en attendant l’heure du repas. Il faut mettre du sens dans tout ce qu’on fait, interroger le personnel sur le contenu qu’il donne à chacun de ses actes. Et lui donner du temps et des moyens pour cela.

Une formation spécifique est-elle nécessaire ?

En tant qu’éducateur, travailler auprès d’un public vieillissant peut générer un problème par rapport à son identité professionnelle. Lorsque l’on choisit ce métier, c’est toujours dans l’optique d’améliorer les situations des gens. Dans le cas présent, nous accompagnons des personnes qui évoluent plutôt dans l’autre sens. Pour le moment, la formation du personnel passe par l’analyse des pratiques. Cette année, nous allons travailler sur la gestion des conflits et la violence, parce que nous avons connu plusieurs passages à l’acte assez lourds. Mais des formations sur le vieillissement seront aussi nécessaires. Nous devons aider le personnel à gérer le double handicap, la régression, à ne pas baisser les bras et ne pas se sentir fautif.


Dans le même numéro

Dossiers

Quand l’âge crée des inégalités de ressources

Les personnes handicapées se trouvent confrontées, à partir de 60 ans, à des difficultés nouvelles concernant leurs ressources. À compter de cet âge, l’allocation aux adultes handicapés (AAH, revenu minimum) qu’elles percevaient est remplacée par (...)


Personnes handicapées mentales vieillissantes

Alors que l’espérance de vie s’accroît, l’offre de structures spécialisées reste très insuffisante. Le personnel de trois foyers réservés à des pensionnaires âgés témoigne de leurs difficultés au quotidien et de leurs interrogations quant à la volonté des politiques de trouver des solutions adaptées.

Lire la suite…