Numéro de la quinzaine | N° 1155 | du 22 janvier 2015

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Accessibilité : les Aveugles veulent alerter l’opinion avec un calendrier choc

22 janvier 2015

La Fédération des Aveugles a rendu public jeudi un calendrier choc, mettant en scène hommes politiques et autres personnalités, dans le but de "réveiller les consciences" alors que les objectifs d’accessibilité fixés par la loi restent loin d’être remplis. On y voit notamment le président François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls, ainsi que le président de l’UMP Nicolas Sarkozy et le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps, portant lunettes noires et canne blanche. "Accessibilité 2005-2015, on ne voit toujours rien venir", déplore la page de garde du calendrier, à l’approche du 10e anniversaire de la loi du 11 février 2005 "pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées". Cette loi avait notamment fixé l’objectif de rendre les lieux publics et les transports accessibles aux personnes handicapées dans un délai de 10 ans. Mais devant le retard pris, le gouvernement a accordé de nouveaux délais pouvant aller de trois à neuf ans.La Fédération des aveugles et handicapés visuels de France publie depuis cinq ans un calendrier humoristique, afin de sensibiliser l’opinion publique sur la malvoyance, qui touche au total quelque 2 millions de personnes dont environ 80.000 aveugles. Cette année, elle a voulu dénoncer un "manque évident de courage politique et le renoncement aux promesses" concernant l’accessibilité des lieux publics, mais aussi interpeller sur les difficultés d’accès au sens large (éducation, culture, emploi), explique-t-elle. Les personnalités sont généralement croquées sans que cela pose aucun problème. Seule la photo détournée du joueur du PSG Zlatan Ibrahimovic en 2013 avait suscité une vive réaction du club parisien, qui n’avait finalement pas donné suite à ses menaces.

Bébé rom : la position du maire jugée illégale et discriminatoire par le Défenseur des droits

22 janvier 2015

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a estimé dans une décision transmise jeudi que le maire de Champlan (Essonne), accusé d’avoir refusé d’enterrer un bébé rom dans son cimetière fin décembre, ce qu’il nie, avait donné une consigne illégale et discriminatoire à ses services. La famille de la fillette, décédée à deux mois de la mort subite du nourrisson, avait sollicité Christian Leclerc (divers droite) pour inhumer l’enfant à Champlan, où elle est installée dans un bidonville depuis plus d’un an. Selon l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR), elle avait essuyé un refus, jugé non justifié. Selon la loi, les maires ne peuvent s’opposer à l’inhumation du défunt dans la commune où il habitait, dans celle où il est mort, ou là où se trouve un caveau familial. Entendu par le Défenseur, qui s’était saisi de l’affaire, Christian Leclerc a expliqué avoir donné par téléphone la consigne suivante à ses agents : "On privilégie Corbeil", ville où l’enfant est décédé, "on attend une réponse de Corbeil et si Corbeil ne veut pas, on enterre à Champlan". Le Défenseur des droits considère cette consigne comme un "refus illégal", qui revient "à subordonner l’acceptation de la demande légitime de la famille à un refus du maire de Corbeil, qui aurait été illégal". Il estime aussi que le refus du maire repose "sur des motifs de discriminations". Le Défenseur souligne toutefois que ni la famille, ni l’association n’ont saisi le préfet pour contester la décision du maire, "telle qu’elle leur avait été rapportée", ni porté plainte pour discrimination. Le bébé, prénommé Maria Francesca et décédé le lendemain de Noël, avait finalement été enterré au cimetière de Wissous, à sept kilomètres de Champlan. Sur le plan judiciaire, l’enquête préliminaire ouverte pour discrimination "devrait être transmise prochainement au parquet" d’Evry, a-t-on appris auprès du Procureur de la république.

Un livre dévoile des "pensées inédites" de l’Abbé Pierre, 8 ans après sa mort

22 janvier 2015

L’Abbé Pierre, décédé il y a juste huit ans, fait l’objet d’un nouveau livre qui présente ses "Pensées inédites pour un monde plus juste" portant sur d’autres thèmes que la lutte contre la pauvreté, comme le nucléaire, l’Europe ou le rôle des Nations Unies. Sélectionnées par Jean Rousseau, président d’Emmaüs International, ces "pensées", issues de textes ou d’entretiens publiés par l’Abbé, de ses interventions publiques ou de ses conférences, rappellent que le célèbre fondateur des chiffonniers d’Emmaüs ne s’intéressait pas uniquement à l’exclusion ou le mal-logement. Rassemblées par thème, elles dévoilent que celui qui reste une des personnalités préférées des Français défendait par exemple l’objection de conscience, luttait contre la peine de mort ou l’arme nucléaire, s’intéressait à l’Europe et au rôle des Nations Unies, donnait son avis sur le rôle des médias ou des hommes politiques, s’enflammait contre les inégalités et sur les questions de migrations internationales. Emmaüs International est légataire universel de l’Abbé Pierre, explique Jean Rousseau : "Il nous a surtout légué ses archives", qui montrent que "l’Abbé Pierre a été visionnaire sur certains sujets", et que "certaines de ses réflexions restent toujours d’actualité", souligne-t-il. "Nous sommes actuellement confrontés en France à une menace à laquelle nous devons être très sensibles : celles du racisme et de la xénophobie", disait ainsi l’Abbé Pierre en 1997. "Je comprends l’exaspération de certains Français qui vivent dans les cités où la délinquance, engendrée par le malheur, et qui n’est pas seulement le fait des immigrés, rend la vie impossible. Mais la seule réponse à ce problème, c’est un effort de solidarité nationale et mondiale en faveur des plus démunis, tant en France qu’en dehors de nos frontières". L’Abbé Pierre, né Henri Grouès en 1912, est décédé le 22 janvier 2007. Il avait créé en 1971 Emmaüs International, un mouvement laïc de solidarité, qui réunit 350 associations dans 37 pays.

SDF - Lille : des kits de survie distribués par une association humanitaire de sapeurs-pompiers

22 janvier 2015

Une association humanitaire du Nord, le GSCF, distribue des kits de survie améliorés, d’une valeur de 180 euros, aux SDF qui ne veulent ou ne peuvent être pris en charge par les structures d’hébergement d’urgence. C’est une équipe du Groupe de secours catastrophe français (GSCF) qui sillonne depuis octobre dernier jusqu’à avril 2015 les rues de Lille pour livrer des sacs bourrés d’objets de première nécessité : couvertures, chaufferettes et autres accessoires d’hygiène, mais aussi des radios-lampes à dynamo, des stylos et agendas ou encore des kits pour chiens. "C’est un kit unique car conçu avec les SDF, on leur demande ce dont ils ont vraiment besoin, par exemple la radio qui a été réclamée", explique le président et fondateur du GSCF, Thierry Velu. L’association, composée de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, distribue chaque année depuis quatre ans de 250 à 300 de ces sacs d’une valeur unitaire de 180 euros. Elle vise tout spécialement les SDF qui ne sont pas ou peu pris en charge par le Samu social, que ce soit par choix, parce qu’ils sont en couple ou accompagnés d’animaux ou parce qu’ils se sont battus. Thierry Velu a vu en quatre ans le profil des laissés pour compte évoluer : "ça s’est rajeuni et féminisé, et on en rencontre de plus en plus qui travaillent et qui dorment dans leur voiture, n’appelant pas le 115", détaille-t-il. Une petite dizaine de SDF lillois ont reçu ces kits de survie améliorés, ce mercredi. Au cours de la maraude du jour, certains étaient enthousiastes, alors que d’autres ne pouvaient cacher leur amertume, malgré la reconnaissance éprouvée : "Je suis en train de couler", a lâché Maxime, un jeune homme de 22 ans à la figure rougie par cinq années de vie dans la rue, et qui s’est plaint de téléphoner "tous les jours" au 115 sans rien obtenir. "L’année prochaine, si on fait un déficit, on arrête", alerte Thierry Velu à l’issue du parcours, soulignant que la première année de distribution de ces kits améliorés avait occasionné 21.000 euros de déficit pour son association. Une délégation du GSCF sera reçue à l’Assemblée nationale en février, à l’initiative du député Noël Mamère (ex-EELV), qui va demander que chaque député reverse 1.000 euros de sa réserve parlementaire à l’association.

Le comité de suivi de la loi Dalo appelle à mettre fin au "scandale de l’expulsion"

22 janvier 2015

Le comité chargé de surveiller l’application de la loi sur le Droit au logement opposable (Dalo) appelle, dans un rapport remis au Premier ministre, à mettre fin au "scandale de l’expulsion" des personnes reconnues prioritaires pour l’accès à un logement social. La loi Dalo, votée en mars 2007, impose à l’État de trouver un logement social à toute personne de bonne foi, menacée d’expulsion et n’étant pas en mesure de se loger par ses propres moyens. Le ménage démuni doit faire un recours devant une commission. Si cette dernière le reconnait "prioritaire Dalo", l’État a six mois pour lui proposer un logement social et, à défaut, peut être condamné à des astreintes financières. Afin de faire appliquer ce droit, une circulaire d’octobre 2012 avait demandé aux préfets d’interrompre les procédures d’expulsion pour les personnes bénéficiaires de la loi Dalo, tant qu’une solution de relogement ne leur était pas proposée. Mais selon le rapport du comité de suivi, "seulement 5% des personnes menacées d’expulsion ont pu être reconnues au titre du droit au logement opposable". Les causes sont multiples, note le comité : "mauvais accès à l’information, absence d’accompagnement, non déclenchement des dispositifs de prévention, vision restrictive des critères d’accès au droit au logement opposable". Pire, le comité de suivi a enregistré "plus de 141 signalements" de personnes prioritaires Dalo pour qui la procédure d’expulsion se poursuivait. "Malgré les interventions systématiques auprès des préfectures, 32 foyers protégés par le droit au logement opposable ont été mis à la rue." Un chiffre "très en dessous de la réalité car les signalements auprès du comité de suivi sont effectués sur la base du volontariat". En 2013, près de 126.000 jugements d’expulsion ont été prononcés par les tribunaux. "Dans l’immense majorité, il s’agit de personnes de bonne foi, rencontrant des difficultés financières, ou ayant reçu congé de leur propriétaire", souligne le comité. Il préconise notamment de mieux informer les ménages sur l’accès au droit au logement opposable, de respecter systématiquement la circulaire d’octobre 2012 et ne pas faire pression sur les familles pour les inciter à quitter d’elles-mêmes leur logement, et de "privilégier l’indemnisation du propriétaire au recours à la force publique".


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