Numéro de la quinzaine | N° 1188 | du 23 juin 2016

  • Dossier
    Handicap mental • Entendre aussi les maux du corps

  • Décryptage
    Des soins bradés

  • Critiques de livre
    La pensée extrême • Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques


Décryptage, Formations et transmissions, critiques de livres…

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On enferme bien les enfants

28 juin 2016

« Moi président » avait promis de mettre fin à la rétention des enfants. Au vu du rapport annuel des cinq associations intervenant dans les centres de rétention administrative, c’est encore raté. En 2015, la France a enfermé 105 enfants contre 45 en 2014 en métropole. À Mayotte, 4 378 enfants sont passés par la rétention ! Comble du cynisme, beaucoup sont rattachés arbitrairement à des adultes qui ne sont pas leurs parents. Condamnée par le Conseil d’État, la préfecture ne change rien à sa méthode d’expulsion expéditive et illégale.

Autre tendance : les centres de rétention deviennent des outils facilitant la dispersion de camps ou squats. Ainsi en novembre, 1 100 réfugiés expulsés de la « jungle » de Calais y ont été enfermés un peu partout en France. Provenant en grande majorité de pays en guerre, 95 % d’entre eux ont été relâchés après quelques jours.

Ces prisons administratives servent également à réguler l’immigration européenne, comme celle des Albanais qui passent par la France pour se rendre en Angleterre. « Il serait plus pertinent de trouver des accords de libre circulation, de même qu’à Mayotte, il faudrait trouver un mode de coopération avec les Comores » explique David Rohi, responsable de la commission éloignement de la Cimade.

Cette année encore, la Cimade réclame la fermeture des centres de rétention. « La solution qui consiste à fermer les frontières en dressant des murs illusoires démontre son inefficacité. Notre priorité est de trouver des politiques alternatives à ces procédures traumatisantes. » La loi du 7 mars 2016 qui entrera en vigueur en novembre irait plutôt dans la direction inverse. Elle réintroduit l’intervention d’un juge des libertés au bout de 48 heures et non plus de 5 jours, mais elle entérine la possibilité d’enfermer les enfants pour faciliter l’expulsion de la famille et réduit les délais de procédures et de recours.


Le grand flou des Centres d’accueil et d’orientation


Le travail social, ce nouveau produit financier

27 juin 2016

Dans trois jours, une première série de projets financés par les contrats à impact social (CIS) va être sélectionnée. Le gouvernement a lancé en mars 2016 un appel à projets pour expérimenter ce montage financier.

Les CIS offrent la possibilité à des opérateurs privés (banques, fonds d’investissement…) de placer de l’argent dans une action sociale. L’objectif est évidemment d’en tirer profit. Apparus en 2010 en Grande-Bretagne, ce nouvel instrument est présenté comme un facteur d’économie pour les États, puisqu’ils se déchargent sur le privé de certains programmes sociaux. Un facteur d’économie à court terme car les collectivités territoriales sont amenées, si le programme réussit, à rembourser avec intérêts l’investisseur privé.

Le Collectif des Associations Citoyennes (CAC) et Avenir Educs viennent de publier un livret : Quand le social finance les banques et les multinationales. Cet outil de contre lobbying présente ce nouveau produit financier, et analyse les effets pervers d’une telle politique : obligation de résultats, dévoiement de la mission des travailleurs sociaux, disparition des petites associations, coût finalement élevé pour les finances publiques…

sur ce sujet :
Social Impact Bond • Le spectre de la marchandisation
Un travail social désincarné


Vacances : trop de laissés pour compte

25 juin 2016

Le 9 juin 1936, il y a 80 ans, était déposée une proposition de loi historique instaurant le bénéfice de congés payés (votée à la quasi unanimité des députés et sénateurs). À l’occasion de ce bel anniversaire, le Secours populaire rappelle que près d’un enfant sur trois et qu’un Français sur deux sont en situation de «  non-départ en vacances  ». Une campagne, intitulée "Les vacances, c’est pas du luxe, c’est un droit" a été initiée pour «  décupler le nombre des départs  ».


Médias : rendre visibles les invisibles

24 juin 2016

Se donner les moyens de rêver d’un monde plus solidaire, et créer un outil pour faire de ce rêve une réalité. A 20 ans, Martin Besson est le créateur de Sans A, un magazine en ligne consacré aux sans abris, sans argent, sans affection, sans avenir… Avec une équipe bénévole de journalistes, photographes, graphistes, il offre une vitrine aux anonymes qui peuplent les trottoirs, les squats, les chambres de bonne, les bidonvilles. Chaque reportage, chaque portrait prend le temps d’une rencontre de qualité. Grace à de belles photos et de beaux textes, derrière les problèmes se dessinent des personnalités riches en débrouille et en dignité.

Au-delà de donner à voir l’histoire de précaires pour briser les a priori et les stéréotypes, l’objectif de Sans A est de devenir un média d’impact. « Grace aux réseaux sociaux, nous pouvons facilement avoir une diffusion importante et être au plus proche du lecteur. Les gens veulent agir, ne pas rester passifs face à l’information. Notre objectif est de les aider à avoir des initiatives généreuses. »

Après un an d’existence, cette entreprise sociale et solidaire parisienne a réuni mi juin 37 630 euros grâce à un crowfunding pour poursuivre son travail de témoignage. « À partir de septembre, nous voulons publier 8 articles et soutenir un projet par mois. Par exemple, si un SDF souhaite suivre une formation, nous allons raconter son histoire et activer la communauté pour qu’il réalise son rêve. » De l’argent, un hébergement, une aide au transport… chacun à son niveau pourra apporter un soutien au projet.
« Nous souhaitons développer des partenariats avec les travailleurs sociaux, eux s’occuperont de l’accompagnement, nous du montage financier ». Sans A, mais plein d’idées et de volonté.

Pour contribuer, c’est ici !


Cap sur la présidentielle

23 juin 2016

Comme souvent, c’est l’Association des paralysés de France qui dégaine la première. En lançant sa plateforme #2017agirensemble.fr, l’APF entre donc dans la course à l’élection présidentielle, à l’heure où les camps politiques majoritaires s’échauffent pour la désignation de leur candidat. Ouverte à tous, cette plateforme ambitionne de « co-construire les propositions » que l’association adressera aux partis, face à « l’urgence sociale » et une politique publique qui monte « les populations les unes contre les autres ». Accessibilité, citoyenneté, emploi, éducation, sexualité : chacun est invité à s’exprimer sur une dizaine de thématiques, liées au quotidien des personnes en situation de handicap. Après inscription sur la plateforme, il sera ensuite possible de voter les propositions. Une synthèse est prévue pour le premier trimestre 2017 et sera soumise aux candidats.



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