Numéro de la quinzaine | N° 1166 | du 25 juin 2015

  • Dossier
    Hébergement : l’urgence de solutions

  • Décryptage
    Le diplôme d’État et la confusion des sigles

  • Critiques de livre
    Récit d’un séjour au Cameroun • Le choc culturel d’un éducateur spécialisé


Décryptage, Formations et transmissions, critiques de livres…

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Forte mobilisation des travailleurs sociaux

26 juin 2015

Mille cinq cent personnes, selon les organisateurs, sont descendues dans la rue ce jeudi 25 juin, à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, FA-FP, FO, FSU, et Solidaires), pour défendre le travail social face à la refonte annoncée de leur métier. Ce jour là, deux réunions d’importance pour l’avenir du travail social se tenaient à Paris. Les deux plus gros syndicats patronaux, la Fegapei et le Synéas votaient leur fusion. Ils annoncent vouloir, dans la foulée, réformer la convention collective 66, avec, pour les manifestants, la perspective d’une dénonciation de ce texte fondamental. Le même jour, la commission du ministère des Affaires sociales se réunissait pour donner son avis sur la refonte des formations et diplômes du niveau V, avec la perspective de regrouper sous un même diplôme les aides médico-psychologiques, les assistants de vie sociale, les auxiliaires de vies sociale. En perspective, se profile la refonte des métiers des professionnels de niveau III, appelés à devenir des « coordinateur de projet » comme le dénonce une lettre ouverte pour défendre les métiers sociaux signée par des formateurs, des chercheurs, des enseignants universitaires. Des reformes qui, selon les signataires de la lettre, sont « de purs produits du managérialisme ambiant ». Or, « le travail social, la santé ne sont pas des marchandises » pouvait-on lire sur un ballon. Beaucoup disent craindre les conséquences de la politique d’austérité qui s’affirme. Mais au delà, les slogans reflétaient la crainte d’une perte du sens des métiers : « Oui à la spécificité de nos métiers ! », « Non au travail social libéral à but lucratif ! », « Non, au technicien du social interchangeable », « On ne gère pas l’autre, on l’accompagne ».

Défendre les métiers sociaux

19 juin 2015

Lettre ouverte aux autorités publiques et aux partenaires concernés

Madame Monsieur,
L’annonce d’une reconfiguration en profondeur des métiers sociaux dans notre pays suscite bien des critiques et controverses. Loin de tout corporatisme, plusieurs organisations de professionnels directement concernés se mobilisent actuellement pour faire connaître leur point de vue, leurs exigences et leurs propositions. Ce qui ne semble ni facile ni bien compris par les décideurs.
En soutien à leurs efforts pour que s’ouvre un large débat démocratique sur tous ces sujets, il est apparu nécessaire à un certain nombre d’enseignants universitaires, de formateurs et de chercheurs, tous liés au travail social, d’alerter les autorités publiques et les groupements partenaires sur les dangers de la réforme annoncée.
Vous trouverez ci-après une lettre ouverte argumentée de défense des métiers sociaux avec ses trente-huit premiers signataires. D’autres suivront et la presse en sera informée.
Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à nos très sincères salutations.

Les premiers signataires
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Liste des 38 premiers signataires, par ordre alphabétique

Jean-Sébastien Alix, sociologue, formateur à l’IUT B, Lille 3
Nicolas Amadio, maître de conférences en sociologie, directeur du CERIS, Strasbourg
François Astolfi, ancien inspecteur des affaires sanitaires et sociales
Michel Autès, chercheur au CNRS
Romuald Avet, psychologue, formateur dans un centre de formation
Noël Ballestra, éducateur spécialisé, formateur en région PACA
Vincent Balmès, pédopsychiatre, psychanalyste
Philippe Bataille, directeur d’études, EHESS
Michèle Becquemin, maître de conférence, université Paris-Est (DUT Carrières sociales et Masters/DEIS)
Didier Bertrand, éducateur spécialisé, directeur d’établissement, formateur
Jacky Besson, directeur du Centre de formation de l’Essonne (CFE)
Alain Bruel, magistrat honoraire, ancien président du tribunal pour enfant de Paris
Vincent Caradec, professeur à Lille 3
Jean Cartry, éducateur spécialisé en placement familial, auteur chez Dunod
Michel Chauvière, directeur de recherche émérite au CNRS
Raymond Curie, formateur et sociologue (ARFRITS, Lyon 9°)
Jean-Eudes Dallou, directeur du Complexe Gernez Rieux, La Réunion
Jean-Yves Dartiguenave, professeur de sociologie, université de Rennes 2
Bruno Duriez, directeur de recherche émérite au CNRS
Richard Gaillard, maître de conférences en sociologie, université d’Angers
Jean-François Gaspar, maître-assistant à la Haute école de Louvain et à la Haute école de Namur Liège Luxembourg, membre associé du CESSP, EHESS
Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l’université Paris Diderot, président du réseau international de sociologie clinique
Roland Gori, professeur émérite de psychopathologie, université Aix-Marseille, psychanalyste, président de l’Appel des appels
Yannick Guillaume, Formateur et superviseur à l’IRTS de Champagne-Ardenne
Christiane Henry, ex-conseillère technique en travail social au bureau du cabinet du ministre des Affaires sociales
Joël Henry, éducateur spécialisé, cofondateur et ancien directeur du comité européen d’action spécialisée pour l’enfant et la famille dans leur milieu de vie (Eurocef), OING près le Conseil de l’Europe
Véronique Le Goaziou, sociologue, chercheur associé au CNRS
Michel Lemay, pédopsychiatre, professeur émérite, faculté de médecine de l’université de Montréal
Éric Marlière, maître de conférences en sociologie, Lille 3
Gérard Mauger, directeur de recherche émérite au CNRS
Jacques Marpeau, formateur, chercheur, écrivain
Emmanuelle Mikanga, formatrice, Orléans
Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, animateur du site Délinquance, justice et autres questions de société
Christophe Niewiadomski, professeur des universités en Sciences de l’éducation, Lille 3
Bernard Pellegrini, ancien directeur du CNFE-PJJ, Vaucresson
Bertrand Ravon, professeur de sociologie, université Louis Lumière Lyon 2, président du conseil scientifique du Préfas Rhône-Alpes
Joseph Rouzel, éducateur, psychanalyste
Noureddine Zaalouni, sociologue, directeur du Pôle famille parentalité, Maison des parents, Trappes


La Chapelle : l’urgence d’un lieu d’accueil

12 juin 2015

Plusieurs associations interpellent, par une lettre ouverte, ce 12 juin, le ministre de l’Intérieur, le directeur de l’OFPRA, de l’OFII et la mairie de Paris, pour dénoncer « la défaillance systémique des pouvoirs publics, incapables de fournir un accueil décent aux demandeurs d’asile ». Le démantèlement du campement boulevard de la Chapelle provoque des conséquences en cascade : tentatives, violemment réprimées par la police, d’installation d’autres campements, errance de personnes sans solution pour dormir ou manger, réactions multiples des associations et des politiques, saisine du défenseur des droits qui lance une enquête sur ces opérations policières… Mylène Stambouli, avocate et membre de la Ligue des droits de l’Homme, signataire de cette lettre ouverte, donne son éclairage de la situation.

Savez-vous où sont les personnes expulsées du campement sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle ?
Il est très difficile de localiser toutes ces personnes. Il semble y avoir eu un tri à l’origine, peut-être lors des contacts pris avant l’évacuation par Emmaüs et FTDA. Un tri a été fait entre les personnes qui pouvaient et voulaient demander l’asile en France et les autres. Une approche un peu binaire, alors que les situations des personnes ne sont souvent pas aussi simples. Certaines disent vouloir entrer dans la procédure d’asile en France. Elles sont prises en charge, la procédure de traitement de leur demande est accélérée. Et puis, il y a les autres qui pour des raisons très diverses refusent d’entrer dans la procédure mais c’est peut-être sans avoir reçu d’informations ou d’explications.

Suite à l’opération policière pour empêcher la reconstitution d’un autre campement devant la halle Pajol, des personnes ont été emmenées en centre de rétention (CRA), savez-vous combien ?
Une quarantaine de personnes sont en CRA, certaines sont passées devant le tribunal administratif le mardi 9 juin. La moitié a été libérée, l’autre est retournée en rétention. D’autres audiences sont prévues dans les prochains jours. Ces personnes sont originaires du Soudan, d’Erythrée et ne seront certainement pas renvoyées dans leur pays d’origine, cela n’empêche pas – et n’a jamais empêché auparavant – qu’elles fassent parfois jusqu’à 45 jours de rétention.

Pourquoi certaines personnes refusent d’entrer dans la procédure de demande d’asile ?
Je travaille sur le campement du 13e sous la cité de la mode : une cinquantaine de tentes se sont installées sur les quais. Tous les soirs, nous tenons une permanence avec plusieurs associations de 18 heures à 20 heures. Dans ce campement, nous retrouvons les mêmes situations qu’au campement de la Chapelle. Beaucoup de personnes sont fichées en Italie ou en Espagne, car la plupart passent par ces pays et leurs empreintes sont prises lors de leur entrée dans l’espace européen. Dès lors, elles entrent dans la procédure dite de Dublin qui veut que la demande d’asile soit traitée dans le premier pays européen rencontré. D’autres encore disent vouloir aller à Londres. Ont-elles reçu toute l’information nécessaire ? Nous ne le savons pas.

Quelle serait la réponse appropriée ?
Nous demandons la mise en place d’un lieu où ces réfugiés obtiendraient des informations pour décider ensuite s’ils entrent ou non dans la procédure. On ne peut pas, dans la rue, demander à une personne si elle entame une procédure d’asile ou non. En réalité, toutes ces personnes relèvent d’une protection internationale vu la situation dans leur pays d’origine. On ne voit pas comment il serait possible de dire : on va les renvoyer dans leur pays. Je souhaite que le lieu évoqué par la mairie de Paris aille dans ce sens mais je n’en suis pas sûre car les déclarations sont contradictoires.

Propos recueillis par Marianne Langlet


Le moniteur-éducateur piégé par les sigles

29 mai 2015


Dans l’énoncé d’un examen de diplôme d’État, il y a quelques jours, une confusion entre CHRS (Centre hospitalier régional spécialisé) et CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) met l’administration – et surtout les candidats – dans l’embarras.
Surréaliste. Le secteur de l’éducation spécialisée est célèbre – comme d’autres, il est vrai – pour ses sigles et son univers sémantique bien particulier. Les étudiants du diplôme d’État de moniteur-éducateur (DEME, niveau IV) viennent, à l’échelle nationale, d’en faire les frais.
L’épreuve DC4 du DEME s’intitule Implication dans les dynamiques institutionnelles. Sur une durée de 1 h 30, le candidat traite au choix l’un des deux sujets proposés, portant sur une étude relative aux politiques sociales et aux cadres juridiques et institutionnels.
Nous sommes le 20 mai dernier. Dans les centres d’examen, les potentiels futurs moniteurs-éducateurs planchent. Le sujet n° 1 est distribué, portant sur l’accompagnement d’une femme prise en charge à la suite d’un déménagement dû à des violences conjugales. Las, une confusion majeure saute aux yeux : dans l’intitulé, le sigle CHRS est traduit par Centre hospitalier régional spécialisé, alors qu’il s’agit, de toute évidence, d’un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale. Énorme. Mais est-ce vraiment évident pour les candidats, le plus souvent jeunes ? Le trouble ne peut que s’installer. Une étudiante alsacienne nous raconte : « Vingt minutes avant la fin de l’épreuve, nous avons été informés d’une erreur dans l’énoncé. On ne nous a pas donné d’autre choix que de terminer et de rendre la copie sans délai supplémentaire. Une semaine plus tard, nous n’avons aucun retour concernent cet incident. Mon responsable de formation n’a reçu aucune information, si ce n’est que le jury sera indulgent à nôtre égard ». Plutôt vague…
Plusieurs départements et régions sont concernés : Lyon, Besançon, Nancy, Champagne-Ardennes, Dijon, Grenoble. Il apparaît en général qu’il est demandé aux évaluateurs d’avoir un traitement « bientraitant ». Mais, s’étonnent certains, comment évaluer ce qui ne peut pas l’être ? « Nous n’avons pas, pour la plupart, eu le temps de développer notre positionnement », déplore une candidate qui rappelle l’annulation récente d’une épreuve au bac pour une erreur dans l’énoncé.
L’erreur viendrait de Dijon. Une étudiante de cette académie témoigne : « d’après ma directrice de promo, qui a contacté le Rectorat, il n’a pas été décidé de faire repasser l’épreuve sur table DC4. En revanche, le Président de l’académie de Dijon, responsable des sujets pour le territoire Grand Est a fait parvenir à chaque correcteur une note d’intention précisant les points suivants : « une erreur de sigle (CHRS) s’étant glissée dans le sujet N°1, il leur est demandé de tenir compte :
1/ de la déstabilisation, de l’incompréhension et de la perte de temps (car cela a dû produire plusieurs relectures de la part des candidats)
2/ de l’alerte sur le sujet qui est parvenu en cours d’épreuve et qui par conséquent n’a pas permis un traitement du sujet optimum
Chaque correcteur doit prendre ces remarques en considération et produire une « évaluation bientraitante » et indulgente qui tienne compte de l’erreur imputée à l’Académie de Dijon. Les évaluateurs recevront un corrigé avec des notes d’intentions précises. »
Sur une page Facebook, une autre, de Besançon, confirme : « Pareil , les correcteurs vont en prendre compte et on ne repasse pas l’examen. » De quoi rassurer ? À suivre.

Les tests osseux, jusqu’à quand ?

22 mai 2015


Belle occasion manquée. Dans la nuit du 12 au 13 mai, les amendements proposés par Europe Écologie Les Verts et par le parti socialiste déposés dans le cadre de la loi sur la protection de l’enfance visant à interdire les tests osseux n’ont pas été adoptés par les députés. Ces amendements, de gauche (PRG, PS, EELV), rappelaient que ces examens de minorité étaient utilisés abusivement pour décider de la majorité des jeunes migrants, et que cet examen médical (radio du poignet et de la main, examens des parties génitales) restait archi controversé par la profession pour son manque de fiabilité. Au plan scientifique, la marge d’erreur est de l’ordre d’au moins dix-huit mois. Et pour cause : inventés aux États-Unis dans les années 1950, ils ne prennent comme référence de base que le jeune Américain blanc de l’époque…
Pourtant, la contestation n’a cessé d’enfler depuis une quinzaine d’années. Les institutions qui les ont dénoncés sont légion : la Défenseure des enfants et le Comité consultatif national d’éthique en 2005, l’Académie nationale de médecine en 2007, le Comité des droits de l’enfant en 2009, le Commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne et le Défenseur des droits en 2012, le Haut Conseil de la santé publique et la Commission nationale consultative des droits de l’homme en 2014, de nouveau le Commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne en 2015…
Des manifestations ont régulièrement lieu sur la question. Une pétition a été lancée après un appel publié dans Le Monde du 17 janvier dernier, signé par de nombreux magistrats, avocats, travailleurs sociaux, juristes, médecins et scientifiques.
Ainsi, des jeunes, pour des raisons fallacieuses, continuent d’être traduits devant les tribunaux, condamnés à des années d’interdiction du territoire et parfois à de phénoménales sanctions financières ; d’autres se font exclure de l’Aide sociale à l’enfance et se retrouvent à la rue. Le 12 mai, la manifestation d’une coordination lycéenne constituée sur ces questions manifestait à Paris entre le Centre Académique pour la Scolarisation des enfants Allophones Nouvellement Arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de Voyageurs (CASNAV) et le Rectorat, rassemblant encore des centaines de lycéens, de profs et de citoyens (voir Lien Social n° 1164, 28 mai – 10 juin 2015).


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