Numéro de la quinzaine | N° 1178 | du 4 février 2016

  • Dossier
    Éducateurs de rue • Travailleurs de l’ombre cherchent lumière

  • Décryptage
    Une France malade de son mal logement

  • Critiques de livre
    Éloge de l’insuffisance • Les configurations sociales de la vulnérabilité


Décryptage, Formations et transmissions, critiques de livres…

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Hébergement à l’hôtel - Un an après, on n’est pas sorti de l’auberge

3 février 2016

Le 3 février 2015, le gouvernement lançait son programme de résorption des nuitées hôtelières. En date du 2 février 2016, en Seine Saint Denis, 7 633 personnes étaient hébergées à l’hôtel. Coût : 128 000 euros pour la nuit.
L’objectif premier du gouvernement était de réduire de 10 000 le nombre de nuitées entre 2015 et 2017. Un programme approuvé de toutes parts, l’hôtel ne pouvant évidemment pas représenter un lieu de vie. D’autant qu’en 2014, le budget consacré aux 35 000 nuitées recensées sur l’ensemble du territoire national s’élevait à 209 millions d’euros.

Mais voilà : un an plus tard, cette politique semble encore loin d’être mise en œuvre dans les territoires. En Seine-Saint-Denis, en une année, 120 places alternatives pour des familles - essentiellement des femmes seules avec enfant - et 88 logements en Solibail ont été créées. A ce rythme, atteindre les objectifs fixés reste une douce chimère. Dans une enquête de janvier 2016 présentée lors de ses assises pour l’accès au logement des personnes sans abri, la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (FNARS) souligne que les trois quarts des 8700 places d’urgence créées entre 2013 et 2015 l’ont été à l’hôtel. Soit 6 450 nouvelles places, dont 84% à Paris et en Seine Saint Denis.

"51 euros

pour une chambre pourrie"

Qui plus est, la plupart du temps, ces personnes ne bénéficient d’aucun suivi social. Ce n’est pas le cas, par exemple, dans le Val d’Oise, qui a su mobiliser un dispositif d’équipe mobile de trois travailleurs sociaux, mis en place en janvier 2014. Lors de ces assises de la FNARS, Michèle Attar, directrice générale du bailleur social Toit et joie s’était emportée : « Parmi toutes ces personnes, beaucoup ne pourront pas entrer dans le logement social parce qu’elles n’ont pas de papiers, ou pas les bons papiers, ou encore des ressources insuffisantes pour être éligible au logement social tel qu’il est conçu aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas modifier les choses ! ». Et de souligner l’absurdité des sommes dépensées en chambre d’hôtel : « Les prix sont invraisemblables : 17 euros par personne, c’est payer 51 euros pour une chambre pourrie de 9m2 où on place 3 personnes ! ».

Dans son pacte pour l’accès au logement des personnes sans abri, la FNARS propose l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle d’hébergements et de logements très sociaux fondée sur des diagnostics territoriaux des besoins. De surcroît, pour permettre que les personnes qui se trouvent dans pareilles situations sortent durablement de l’urgence, la Fnars demande l’inscription d’un Droit à l’accompagnement dans le Code de l’action sociale et des familles. Un accompagnement qui serait librement consenti.


Cinéma • Les bobines de l’action sociale

29 janvier 2016

Du 1er au 5 février, à l’Institut régional du travail social (IRTS) de Nancy, le 21ème festival du film d’action sociale présentera quelques dizaines de films documentaires. Une Carte blanche sera donnée à la 6ème biennale du film d’action sociale, partenaire privilégié, qui en octobre 2015 a primé deux films :

  • Murmures donne à voir singulièrement les patients d’une unité d’un hôpital psychiatrique lyonnais.
  • Ion aborde la résilience d’un jeune homme ayant perdu la vue.

Une autre Carte blanche sera donnée au festival du film documentaire Traces de vie, désormais célèbre, présent lui aussi avec deux films :

  • C’est ma vie qui me regarde, portrait d’une femme âgée, veuve, seule, qui veut continuer à vivre chez elle
  • Quelque chose des hommes, sur la question de la paternité et de la filiation.

Une table ronde intitulée Créajeune s’intéressera aux différentes approches pédagogiques dans l’utilisation de l’image dans une démarche éducative, à partir des contextes germanique et latin. Enfin, six séminaires de réflexion viendront ponctuer ces rencontres, évoquant des thèmes très variés : Les Gens du voyage, Lien social et identités, La cause des femmes, Accueillir les populations migrantes autrement (un regard ethnopsychiatrique), La Parentalité et La culture au service de la réussite scolaire.
Enfin, à siroter entre deux films, les résidents d’un centre d’accueil et de permanence de soins (CAPS) voisin présenteront leurs photos.
Un bel outil documentaire en somme, pour tous les travailleurs sociaux.


Enfants en rétention • Des droits ? Oui, sur le papier

15 janvier 2016

Le paradoxe est de taille : la France vient de ratifier un protocole additionnel à la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’enfant. Il entrera en vigueur le 7 avril prochain et prévoit une application plus efficace du texte.
Les enfants pourront désormais saisir directement le Comité des droits de l’enfant. « Une jurisprudence va donc se constituer petit à petit à partir de cas individuels qui, nous l’espérons, viendra influer sur la jurisprudence interne, comme celle des instances européennes influe désormais sur les décisions de nos cours suprêmes », se réjouit ainsi le réseau Défense des enfants International (DEI).
Droits des enfants, avez-vous dit ? Le 12 janvier, les cinq associations (l’Association service social familial migrants (ASSFAM), France Terre d’asile, Forum réfugiés, la Cimade et l’Ordre de Malte) qui interviennent dans les centres de rétention administrative (CRA) métropolitains évoquaient « une sombre année 2015 » et dénonçaient une augmentation des cas d’enfermement d’enfants. En effet, l’an dernier, 105 mineurs ont été placés en rétention avec leurs parents, un nombre qui a plus que doublé par rapport à l’année 2014 (45 enfants).
En outre, l’année 2016 commence sous de mauvais auspices : ainsi, au CRA du Mesnil-Amelot, une femme iranienne et ses deux filles de 11 et 13 ans, qui souhaitaient demander l’asile au Royaume-Uni, « ont subi cette situation inutilement traumatisante durant neuf jours, avant que le tribunal administratif n’y mette fin ».
Les cinq associations rappellent qu’en 2012, la France avait pourtant été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour cette pratique. François Hollande, alors candidat, avait déclaré : « Je veux prendre l’engagement, si je suis élu à la présidence de la République, à mettre fin dès mai 2012 à la rétention des enfants et donc des familles avec enfants ». Malgré une timide avancée, formalisée par une circulaire publiée en juillet 2012, elles constatent un usage plus fréquent de la rétention dite de « confort », qui consiste à enfermer les familles la veille pour les éloigner du territoire dès le lendemain. Les migrants ne sont ainsi placés en rétention avec leurs enfants que pour faciliter l’organisation logistique du départ. « Ces enfermements express ne permettent pas de saisir les juges et échappent donc, pour la plupart, à leur contrôle ». Ces associations dénoncent enfin le cas de familles placées en rétention sans avoir bénéficié au préalable d’alternative à l’enfermement, telle que l’assignation à résidence, pourtant obligatoire.


Bidonvilles • L’évacuation forcée pour seule politique

13 janvier 2016

« Une discrimination systémique mise en place par l’État », ce sont les termes employés le 12 janvier par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’European roma rights centre (ERRC) lors de leur recensement annuel des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des personnes dites roms.
Ce harcèlement, une particularité bien française et condamnée par de nombreuses instances internationales (dernière en date celle du haut commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme), s’est traduit en 2015 par ces chiffres : 11 128 personnes ont été contraintes de quitter par la force 111 lieux de vie. Soit 60% de la population vivant en bidonville recensée en France par la délégation interministérielle de l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL).
La LDH dénonce « une situation indigne, inhumaine et dégradante » qui pourtant fait office de politique. La répartition de l’occupation des terrains privés ou publics est plus ou moins égale, mais 80% des expulsions concernent des terrains publics. Bien loin de l’argument souvent avancé de la défense de la propriété privée pour justifier les expulsions. « Ces évacuations forcées sont donc l’expression d’une volonté politique de rejet émise par un ensemble d’autorités étatiques », estime la LDH. Les associations réclament l’arrêt de ces évacuations sans solution de relogement.
En 2015, dans 29 cas seulement sur 111 lieux de vie détruits, des relogements ont été proposés. Et souvent sous forme de quelques nuits d’hôtel. La LDH et le ERRC insistent sur la nécessité de viabiliser les terrains, dans un premier temps, pour permettre un accompagnement social au long cours vers un logement pérenne mais aussi une insertion sociale. Car chaque expulsion implique une rupture des soins et des parcours scolaires, des pertes d’emploi et du lien avec les collectifs ou associations qui entourent ces bidonvilles. Une errance sans fin.


Hébergement • Froide gestion au thermomètre

17 décembre 2015

En France, 3 798 000 personnes sont mal logées selon les derniers chiffres publiés par la Fondation Abbé Pierre.
Parmi elles, 141 500 n’ont pas de domicile. À l’heure où les plans « grand froid » s’annoncent partout en France, rejouant le triste jeu de l’ouverture des abris en fonction des températures, des professionnels alertent. Dans le Rhône, le collectif des professionnels de l’urgence sociale (PUS) lance un appel : les moyens prévus par le plan grand froid dans la région sont insuffisants.

Pourtant, chaque année, les places sont plus nombreuses mais « la demande explose », affirme le collectif. Et les places proposées ne sont pas adaptées : pas d’accompagnement social, des lieux périphériques loin des écoles, sans aide pour les transports, pas de possibilité de cuisiner, pas d’intimité… « Nous ne pouvons que nous insurger contre cette gestion humanitaire de l’exclusion qui ne règle en rien les difficultés des personnes que nous côtoyons », lance le collectif de travailleurs sociaux qui s’insurge à nouveau contre « le cache-misère » de cette « gestion au thermomètre ».

Les plans grand froid ne couvrent nulle part les besoins : en novembre 11 400 personnes ont appelé le 115 sans obtenir de réponse positive à leur demande d’hébergement soit un appelant sur deux, révèle le baromètre du 115.

Sans compter tous ceux qui n’appellent plus, découragés par des prises en charge temporaires, qui nécessitent de sans cesse rappeler le 115. Parmi ces appelants, de plus en plus de femmes : 2 400 femmes isolées et 1 500 avec des enfants ont sollicité le 115 en novembre. Or, il y a un « manque criant de réponses » adaptées à leur situation, souligne la Fnars. Tous alertent sur « la dégradation de la situation ».



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