Numéro de la quinzaine | N° 1167 | du 9 juillet 2015

  • Dossier
    Le travail social, un minimum syndical

  • Décryptage
    Un Phare en pleine tempête

  • Critiques de livre
    Merah, mon frère, ce terroriste


Décryptage, Formations et transmissions, critiques de livres…

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--- PROCHAINE PARUTION LE 3 SEPTEMBRE 2015 ---

9 juillet 2015

Travail social - Des évolutions sociétales majeures

9 juillet 2015

Le Conseil régional du travail social (CRTS) de Bretagne a mené une enquête régionale (questionnaire en direction des professionnels du secteur social et médico-social, entretiens, auditions, organisation d’un forum), dont les enseignements sont particulièrement riches. Il apparaît dans l’écrit que trois évolutions sociétales majeures peuvent être mises en exergue : d’une part, la problématique qui a le plus marqué l’exercice du métier des intervenants sociaux pendant les cinq dernières années est l’augmentation des cas de souffrance psychique (70% des répondants) ; d’autre part, la notion de complexité des situations a largement été mise en avant (59%) ; enfin, les « fortes répercussions de l’augmentation du chômage et de la pauvreté » sont soulignées (42%).
Parmi les évolutions législatives et institutionnelles qui ont le plus impacté l’exercice de leur métier, les intervenants sociaux nomment, pour une large majorité, les restrictions budgétaires et l’augmentation du nombre de dispositifs règlementaires (et, plus loin, les obligations évaluatives). La technicisation de l’accompagnement et une certaine « crise du management » sont également pointées.
Concernant l’amont, les professionnels estiment que les formations sociales ne préparent pas suffisamment aux problématiques de santé, à l’évaluation des actions, aux méthodologies de la recherche-action ou encore au développement d’expérimentations. Une plus grande implication des terrains dans le processus de formation, de même que le développement de la recherche, sont souhaités.
Le CRTS conclut son enquête par quelques recommandations, dont la promotion d’une approche territorialisée, la lutte contre les cloisonnements, l’adaptation aux outils numériques, l’expérimentation, ou encore le renforcement d’un socle commun des différentes formations.

Les CRA, de pire en pire

2 juillet 2015

En 2014, près de 50 000 personnes ont été privées de liberté dans les centres et locaux de rétention administrative, soit une hausse de 9% par rapport à 2013. Dans un rapport commun sur les centres et locaux de rétention administrative remis fin juin, cinq associations – Service social familial migrants (Assfam), Forum Réfugiés, France Terre d’asile, la Cimade et l’Ordre de Malte – dressent un bilan, encore une fois accablant. L’enfermement est qualifié d’« abusif » et la rétention est considérée comme « détournée ». En métropole, 55% des personnes sont éloignées de force vers un pays européen. Parmi elles, 28% sont des ressortissants communautaires, essentiellement des Roumains, qui bénéficient pourtant du principe de libre circulation dans les conditions prévues par le droit. En 2014, les ressortissants albanais ont représenté la première nationalité éloignée, suivie de près par les Érythréens, les Soudanais, les Syriens et les Afghans – , pourtant souvent inexpulsables en principe.
Par ailleurs, malgré de récentes condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le taux d’enfermement des enfants a grimpé de 16% en métropole et de… 59% à Mayotte. Enfin, le taux moyen passé en centre de rétention est passé d’environ dix jours les années précédentes à 12,3 jours en 2014, certaines préfectures allant jusqu’à plus de 17 jours. Le projet de loi annoncé par le ministère de l’Intérieur, déplorent les associations, ne prévoit aucunement « de revenir sur les dispositions les plus contestées de la réforme de 2011, pourtant décriées à l’époque par l’actuelle majorité ». Celles-ci se verraient plutôt renforcées, allant dans un sens toujours plus restrictif. « Ce sont de véritables politiques alternatives qui doivent être inventées pour organiser humainement ces migrations européennes et ultra-marines », concluent les cinq signataires.
Voir aussi Lien Social n° 1167 (9 – 22 juillet)


Forte mobilisation des travailleurs sociaux

26 juin 2015

Mille cinq cent personnes, selon les organisateurs, sont descendues dans la rue ce jeudi 25 juin, à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, FA-FP, FO, FSU, et Solidaires), pour défendre le travail social face à la refonte annoncée de leur métier. Ce jour là, deux réunions d’importance pour l’avenir du travail social se tenaient à Paris. Les deux plus gros syndicats patronaux, la Fegapei et le Synéas votaient leur fusion. Ils annoncent vouloir, dans la foulée, réformer la convention collective 66, avec, pour les manifestants, la perspective d’une dénonciation de ce texte fondamental. Le même jour, la commission du ministère des Affaires sociales se réunissait pour donner son avis sur la refonte des formations et diplômes du niveau V, avec la perspective de regrouper sous un même diplôme les aides médico-psychologiques, les assistants de vie sociale, les auxiliaires de vies sociale. En perspective, se profile la refonte des métiers des professionnels de niveau III, appelés à devenir des « coordinateur de projet » comme le dénonce une lettre ouverte pour défendre les métiers sociaux signée par des formateurs, des chercheurs, des enseignants universitaires. Des reformes qui, selon les signataires de la lettre, sont « de purs produits du managérialisme ambiant ». Or, « le travail social, la santé ne sont pas des marchandises » pouvait-on lire sur un ballon. Beaucoup disent craindre les conséquences de la politique d’austérité qui s’affirme. Mais au delà, les slogans reflétaient la crainte d’une perte du sens des métiers : « Oui à la spécificité de nos métiers ! », « Non au travail social libéral à but lucratif ! », « Non, au technicien du social interchangeable », « On ne gère pas l’autre, on l’accompagne ».

Défendre les métiers sociaux

19 juin 2015

Lettre ouverte aux autorités publiques et aux partenaires concernés

Madame Monsieur,
L’annonce d’une reconfiguration en profondeur des métiers sociaux dans notre pays suscite bien des critiques et controverses. Loin de tout corporatisme, plusieurs organisations de professionnels directement concernés se mobilisent actuellement pour faire connaître leur point de vue, leurs exigences et leurs propositions. Ce qui ne semble ni facile ni bien compris par les décideurs.
En soutien à leurs efforts pour que s’ouvre un large débat démocratique sur tous ces sujets, il est apparu nécessaire à un certain nombre d’enseignants universitaires, de formateurs et de chercheurs, tous liés au travail social, d’alerter les autorités publiques et les groupements partenaires sur les dangers de la réforme annoncée.
Vous trouverez ci-après une lettre ouverte argumentée de défense des métiers sociaux avec ses trente-huit premiers signataires. D’autres suivront et la presse en sera informée.
Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à nos très sincères salutations.

Les premiers signataires
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Liste des 38 premiers signataires, par ordre alphabétique

Jean-Sébastien Alix, sociologue, formateur à l’IUT B, Lille 3
Nicolas Amadio, maître de conférences en sociologie, directeur du CERIS, Strasbourg
François Astolfi, ancien inspecteur des affaires sanitaires et sociales
Michel Autès, chercheur au CNRS
Romuald Avet, psychologue, formateur dans un centre de formation
Noël Ballestra, éducateur spécialisé, formateur en région PACA
Vincent Balmès, pédopsychiatre, psychanalyste
Philippe Bataille, directeur d’études, EHESS
Michèle Becquemin, maître de conférence, université Paris-Est (DUT Carrières sociales et Masters/DEIS)
Didier Bertrand, éducateur spécialisé, directeur d’établissement, formateur
Jacky Besson, directeur du Centre de formation de l’Essonne (CFE)
Alain Bruel, magistrat honoraire, ancien président du tribunal pour enfant de Paris
Vincent Caradec, professeur à Lille 3
Jean Cartry, éducateur spécialisé en placement familial, auteur chez Dunod
Michel Chauvière, directeur de recherche émérite au CNRS
Raymond Curie, formateur et sociologue (ARFRITS, Lyon 9°)
Jean-Eudes Dallou, directeur du Complexe Gernez Rieux, La Réunion
Jean-Yves Dartiguenave, professeur de sociologie, université de Rennes 2
Bruno Duriez, directeur de recherche émérite au CNRS
Richard Gaillard, maître de conférences en sociologie, université d’Angers
Jean-François Gaspar, maître-assistant à la Haute école de Louvain et à la Haute école de Namur Liège Luxembourg, membre associé du CESSP, EHESS
Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l’université Paris Diderot, président du réseau international de sociologie clinique
Roland Gori, professeur émérite de psychopathologie, université Aix-Marseille, psychanalyste, président de l’Appel des appels
Yannick Guillaume, Formateur et superviseur à l’IRTS de Champagne-Ardenne
Christiane Henry, ex-conseillère technique en travail social au bureau du cabinet du ministre des Affaires sociales
Joël Henry, éducateur spécialisé, cofondateur et ancien directeur du comité européen d’action spécialisée pour l’enfant et la famille dans leur milieu de vie (Eurocef), OING près le Conseil de l’Europe
Véronique Le Goaziou, sociologue, chercheur associé au CNRS
Michel Lemay, pédopsychiatre, professeur émérite, faculté de médecine de l’université de Montréal
Éric Marlière, maître de conférences en sociologie, Lille 3
Gérard Mauger, directeur de recherche émérite au CNRS
Jacques Marpeau, formateur, chercheur, écrivain
Emmanuelle Mikanga, formatrice, Orléans
Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, animateur du site Délinquance, justice et autres questions de société
Christophe Niewiadomski, professeur des universités en Sciences de l’éducation, Lille 3
Bernard Pellegrini, ancien directeur du CNFE-PJJ, Vaucresson
Bertrand Ravon, professeur de sociologie, université Louis Lumière Lyon 2, président du conseil scientifique du Préfas Rhône-Alpes
Joseph Rouzel, éducateur, psychanalyste
Noureddine Zaalouni, sociologue, directeur du Pôle famille parentalité, Maison des parents, Trappes



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