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Dossier en ligne > Exclusion sociale

Publication n° 733 du 9 décembre 2004

Thèmes : Logement.

Une mission locale face aux problèmes du logement des jeunes

Comment envisager une insertion professionnelle sans toit ? Face aux énormes difficultés d’hébergement des jeunes, la mission locale. Pari d’Avenir a créé un espace entièrement consacré à la recherche d’hébergement et de logement. Une première pour les missions locales parisiennes

« Vous habitez Paris, vous avez entre 16 et 25 ans, vous avez quitté le système scolaire… Les missions locales de Paris vous accueillent et vous aident », peut-on lire sur le dépliant qui présente les cinq missions locales parisiennes. L’une d’elles, Pari d’Avenir 1 couvre cinq arrondissements de l’ouest parisien. Dans cette belle maison blanche entourée d’un petit parc boisé, une quinzaine de jeunes patiente tranquillement à l’accueil, mais dans les étages, l’activité est intense et les coups de fils incessants. Les conseillers accompagnent les jeunes dans leurs parcours professionnel et social, des jeunes en majorité sans ressources et pour certains sans toit. « Notre mission globale d’accompagnement inclut l’aide à la recherche d’hébergement, explique Dominique Lucas-Creps, directrice. Comme les structures sont saturées, cette recherche dévorait le temps de travail de nos conseillers sans résultats satisfaisants. Nous pouvions orienter les jeunes vers les services sociaux, mais eux-mêmes sont impuissants face à cette saturation ». Aussi, en juin 2003, la mission locale Pari d’Avenir a-t-elle créé un atelier logement. Ses missions : répondre à l’urgence et constituer un observatoire des besoins des jeunes franciliens en matière de logement.

53 % ne vivent pas dans leur famille

Enthousiasme et énergie ne semblent pas manquer à Isabelle Charton, chargée de projet logement et responsable de l’atelier. Un conseiller lui adresse une jeune fille fraîchement arrivée de Nice, sans toit ni ressource. Elle décroche le téléphone et active son réseau. Par l’intermédiaire du centre Corot la jeune niçoise dormira le soir même dans un hôtel social. Cette structure accueille les jeunes sans domicile et gère 60 places. La durée d’hébergement ne peut excéder un mois. Isabelle Charton anticipe et cherche déjà une structure pour accueillir la jeune fille à sa sortie du centre Corot. « Cette recherche d’hébergement dégage du temps pour les conseillers, ils se consacrent à l’accompagnement vers l’emploi précise-t-elle. Nous pouvons alors travailler en parallèle, parcours de formation et parcours résidentiel ». 53 % des jeunes reçus à la mission locale ne vivent pas dans leur famille. « Nous considérons ces jeunes en errance, même s’ils ne sont pas sans domicile fixe, souligne la directrice. S’ils vivent chez des amis, ils devront trouver une solution à court ou moyen terme et restent dans une situation très précaire ». Beaucoup n’ont aucune solution d’hébergement. « De nombreux jeunes provinciaux viennent à Paris tenter leur chance. Ils idéalisent la capitale où ils pensent trouver facilement emploi et logement alors qu’ils n’ont ni qualification ni appui familial. En province, la mission locale est souvent le point de repère de ces jeunes, aussi il arrive qu’ils nous téléphonent de la gare en disant "J’arrive, je dors où ce soir ?" » (lire l’interview de Philippe Labbé).

Éviter la rupture socioprofessionnelle

Sabine 2 , 21 ans, a dû quitter le domicile familial à la demande de sa mère. Agent d’accueil en contrat emploi solidarité, sa rémunération mensuelle s’élève à 400 €. Son employeur a contacté la mission locale, préoccupé par le problème d’hébergement de la jeune fille. Grâce à un fond d’aide aux jeunes (FAJ), la mission locale a pris en charge l’hébergement de Sabine en auberge de jeunesse durant une semaine. Parallèlement, elle a sollicité l’aide sociale à l’enfance pour que Sabine bénéficie d’une prise en charge dans le cadre d’un contrat jeune majeur. Aujourd’hui, elle vit dans un foyer de jeunes travailleuses et poursuit son travail dans de bonnes conditions.
Isabelle Charton établit un parcours résidentiel avec chaque jeune, envisagé en fonction de son travail, de ses ressources et de sa situation (femme avec enfant, jeune ne parlant pas français, public suivi par la justice…). Un parcours pour éviter la spirale de l’exclusion et les souffrances psychiques qui en découlent. Un parcours évolutif selon Isabelle Charton : « Les jeunes progressent par paliers. Par exemple, un jeune sans ressource pourra être accueilli dans plusieurs centres d’urgence de suite. Les conseillers l’aidant parallèlement dans la mise en place de son parcours professionnel, il intégrera une formation. Rémunéré, il pourra envisager une entrée en centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), puis en foyer de jeunes travailleurs quand sa situation financière le permettra ».
Lors d’un premier entretien, Isabelle Charton informe les jeunes de la réalité de l’hébergement parisien car ils n’ont souvent aucune notion des prix pratiqués dans la capitale et des difficultés pour se loger. Elle rédige ensuite un rapport social qu’elle soumet au jeune et adresse à différentes structures d’hébergement « Je rappelle ensuite la structure inlassablement jusqu’à ce que le jeune obtienne une place sourit-elle. Il m’est arrivé de téléphoner à un CHRS tous les quinze jours pendant neuf mois pour un accueil ».

Important réseau de partenaires

L’atelier logement travaille avec un réseau de cinquante partenaires. « Nous essayons de tisser la plus grande toile partenariale possible pour traiter l’ensemble des demandes et nous nous efforçons de maintenir ce réseau par des rencontres régulières. Mais la problématique du logement sur Paris et l’Ile-de-France relève du parcours du combattant », regrette Isabelle Charton. D’autant que la mission locale reçoit en majorité des jeunes peu qualifiés. Leur parcours d’insertion – remise à niveau, pré-qualification, qualification – qui les conduira progressivement vers l’emploi est souvent long et difficile. Il faudra envisager les différentes étapes de l’hébergement en fonction de ce parcours. Cependant, la mission locale est bien identifiée, les structures sociales d’hébergement lui font confiance et savent qu’elle suivra le jeune accueilli. « Isabelle Charton a longtemps travaillé dans les structures d’hébergement, connaît nos institutions de l’intérieur et sait orienter la jeune femme ou le jeune homme qui pourra vivre et s’adapter à notre structure, apprécie Jérôme Cadoret, directeur adjoint du foyer de jeunes travailleurs Relais accueil dans le XIIIe arrondissement. Pour chaque jeune, elle établit un véritable parcours résidentiel en s’appuyant sur sa connaissance des professionnels du secteur. Nous avons accueilli plusieurs jeunes femmes pour un séjour de six mois à un an. Globalement, elles n’ont posé aucun problème et ont toujours réglé leur redevance en temps et en heure. Nous n’avons pas effectué de travail d’accompagnement spécifique et la plupart ont trouvé un logement à la sortie du FJT ».
Isabelle Charton a mis en place un réseau composé de neuf structures (des centres d’hébergements d’urgence, CHRS et foyers de jeunes travailleurs) pour favoriser la fluidité du parcours résidentiel des jeunes. Un cercle qu’elle souhaite élargir aux bailleurs sociaux. Le parcours résidentiel des jeunes reste malgré tout très difficile par manque de places en hébergement social. Ainsi, faut-il compter en moyenne 11 jours pour trouver une place en centre d’hébergement d’urgence, 137 en CHRS et 32 en foyer de jeunes travailleurs.

Besoins en matière de logement

L’atelier logement a créé un observatoire des besoins des jeunes en matière de logement. Pour cela, il développe une base de données très complète afin de quantifier et qualifier son activité. Les premiers résultats montrent que le parcours résidentiel démarre souvent par une recherche de centre d’hébergement d’urgence même si certains jeunes refusent ce type d’hébergement, lui préférant leur situation d’infortune (squat, voiture, réseau relationnel…) de peur d’être confrontés à des populations très précarisées. Faute de place dans les centres d’urgence, des associations sont agréées pour gérer des places en allocation logement temporaire (ALT) souvent dans des hôtels de tourisme en classe économique. Les chambres d’hôtel représentent parfois une solution d’attente vers un foyer de jeunes travailleurs mais leur accès est de plus en plus difficile, ce type d’hébergement d’urgence étant très sollicité. Un CHRS reçoit entre 50 et 100 demandes par mois pour une à deux entrées potentielles et un foyer de jeunes travailleurs entre 300 et 400 pour 4 à 5 entrées disponibles. Le 115 (numéro du Samu Social) est chroniquement saturé. Les demandes d’hébergement d’urgence de la part des jeunes filles augmentent, suite à des violences (mariages forcés, maltraitance…). Or, les centres d’hébergement d’urgence accueillent davantage de garçons. « La responsabilité collective n’est pas assumée. Nous ne pouvons pas à la fois dire à ces jeunes filles : si vous subissez des violences, « partez », sans leur proposer de solution de logement, regrette Dominique Lucas-Creps. Notre rôle est d’interpeller les pouvoirs publics. La discrimination existe, nos jeunes souvent en cumulent plusieurs : manque de qualification, comportements parfois inadaptés, noms à consonance étrangère… Ils sont toujours les derniers pris tant au niveau de l’emploi que du logement. On nous confie une mission sur l’emploi sans tenir compte de la réalité : l’hébergement précaire met en péril le parcours professionnel des jeunes. Combien de fois, décrochent-ils un boulot et le quittent parce qu’ils n’ont pas de toit ! ». L’observatoire vérifie bien entendu la grande difficulté de logement dans Paris et ses effets pervers : les personnes qui travaillent n’arrivent pas à se loger et se retrouvent en résidences sociales, celles qui pourraient obtenir un logement dans le parc social sont en CHRS saturant ainsi les circuits de l’hébergement d’urgence et de réinsertion. Quant aux jeunes de la mission locale qui ont parfois jusqu’à trois fiches de salaire, ils manquent souvent de garants familiaux pour louer un logement de droit commun. Une situation que l’observatoire espère faire bouger. « En partenariat avec un bailleur social, nous avons le projet de créer une structure d’accueil et d’hébergement pour les jeunes filles en rupture familiale, confie Isabelle Charton. Nous travaillons également au projet de création d’une Maison relais porté par l’association Les petits frères des pauvres. Elle accueillera des personnes de plus de 50 ans et des jeunes de la mission locale ». De bonnes nouvelles. En attendant une véritable politique du droit au logement pour tous ?

Katia Rouff

1Mission locale Pari d’Avenir - 24/26, rue de Châtillon - 75014 Paris. Tel. 01 40 52 77 30

2Les prénoms ont été changés

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