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18 décembre 2014

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Publication n° 504 du 21 octobre 1999

Se bouger pour faire bouger les choses !

Les règles ne sont pas forcément adaptées aux besoins sociaux de certains jeunes : il existe peu de place pour des actions qui sortent des dispositifs classiques, aussi bien du côté de l’administration que du côté des syndicats, l’analyse d’Annabelle Delfosse, directrice de l’association « Itinéraire Découverte », initiatrice du projet et responsable du séjour.

En quoi le voyage itinérant que vous proposez peut-il apporter un plus à des jeunes en difficulté personnelle, familiale, sociale ou scolaire ?
La base de l’action que nous avons engagée s’appuie sur le fait que lorsqu’on voyage on ne compte que sur soi-même. On est donc obligé de faire appel à ses ressources profondes et personnelles. On est en dehors de tous les clichés sociaux qu’ils soient bien construits ou dans le cas présent mal construits, déstructurés ou fragilisés. Notre objectif est bien de placer ces jeunes dans une recherche de ce que j’appelle les bases instinctives de la vie. On arrive sur une période de 9 mois à remettre un certain nombre de valeurs basiques en place chez l’individu. Quand on part dans un projet qui est de cette envergure, il y a bien sûr des craintes. On n’est à l’abri de rien. Mais cela fait trois ans que nous préparons ce projet d’un point de vue aussi bien technique qu’éducatif ou de préparation sur le terrain avec les partenaires. Le projet est aujourd’hui suffisamment mûr pour éviter un maximum de problèmes. Maintenant, la vie c’est la vie. À partir du moment où on s’engage dans n’importe quelle action, il peut se passer un certain nombre de choses. Ce qu’on propose à ces jeunes, c’est de vivre une tranche de leur existence importante et pas d’être dans une espèce de cocon. Et puis, ce qu‘ils en feront, c’est un peu l’auberge espagnole. Ils vont s’approprier ce projet et le faire avancer comme ils voudront qu’il avance.

Les professionnels que vous employez vont être confrontés à un certain nombre d’horaires atypiques. Est-ce compatible avec les conventions collectives en vigueur ?
Un projet comme celui-là demande aux personnes qui y viennent travailler un engagement volontaire. Elles savent dès le départ que c’est hors convention collective, hors cadre institutionnel, tant au niveau du rapport avec les jeunes que du rythme de travail. Il est évident que si dans le social au jour d’aujourd’hui, on veut arriver à mener des actions qui soient un peu plus cohérentes sur des petits groupes de jeunes, il va falloir peut-être aménager les conventions collectives. Si celles-ci sont bien là pour faire respecter les règles sociales et de travail, elles ne sont pas forcément adaptées aux besoins sociaux de certains jeunes. Lorsque nous avons tenté de faire passer notre Association au CROSS 1 pour obtenir le statut d’établissement, les syndicats ont voté contre le projet au nom des 35 heures.

Vous avez été amenée à solliciter tant l’aide sociale à l’enfance ou la Protection judiciaire de la jeunesse, que pensez-vous de l’attitude de ces différentes administrations ?
Chacune de ces administrations a des moyens et des axes de travail qui sont différents en terme de politique et de mise en œuvre. En ce qui concerne la DRPJJ, elle a été intéressante et très constructive dans nos relations. Elle a été critique, mais critique dans un sens positif, à savoir pour construire et faire avancer les choses. Ce qui a permis d’aboutir au jour d’aujourd’hui, avec un soutien technique et humain important. Du côté du département, le soutien de principe a existé. Mais, l’organisation administrative et politique d’un département ne donne peut-être pas la place à des projets qui sortent des dispositifs classiques : MECS (maisons d’enfants à caractère social), maisons de l’enfant etc… et perturbe un peu leur mise en œuvre. Il faut forcément rentrer dans un cadre et les cadres qui sont proposés ne correspondent pas forcément à un projet tel que le nôtre. Cela demande en outre, effectivement, beaucoup de négociation. Mais les enjeux ne se posent pas forcément en terme éducatif ou en terme d’action sociale mais bien plutôt en des termes de politique départementale et administrative.

Propos recueillis par Jacques Trémintin

1Le CROSS, Comité régional de l’organisation sanitaire et sociale, a pour compétence de préparer les décisions d’ouverture, d’extension importante et de transformation des établissements sanitaires et sociaux placés sous la compétence de l’Etat ou des Conseils généraux. Leur avis n’est que consultatif et ne s’impose pas aux autorités de tutelle qui la plupart du temps s’inspirent néanmoins de leurs délibérations. Pour la première fois dans la région Midi- Pyrénées, le CROSS n’a pu statuer sur Itinéraire Découverte étant donné l’égalité complète des voix exprimées pour et des voix exprimées contre ce projet

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