N° 765 | du 15 septembre 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 septembre 2005

Une prise en compte naturelle des besoins sexuels des résidents

Eléonore de Narbonne

Jonas développe une agressivité que ses éducateurs ont attribuée à une forte tension sexuelle. Il a fréquemment recours à la masturbation car elle lui permet de sentir l’unité de son corps en plus du plaisir, mais a besoin d’assistance pour parvenir à ses fins. Il apprend à se libérer de façon autonome auprès de l’une des deux éducatrices spécialisées dans cette aide : « On fait aussi appel à la prostituée du village, qui a appris à adapter ses compétences », ajoute-t-elle, faisant ainsi allusion à l’une des formes sans doute les plus abouties de l’intégration inversée.

Une approche pragmatique, peut-être bientôt appliquée en France : Denis Vaginay, dans Comprendre la sexualité de la personne handicapée mentale (lire la critique), souligne : « Jusqu’aux années 1960, on est resté dans le déni. Puis, progressivement on a accepté de reconnaître le droit au plaisir et à la sexualité, en passant toutefois par une double représentation : l’ange (être asexué) et le démon (sexualité bestiale). Aujourd’hui, on ose regarder les choses en face et même tenter de les analyser. » Désormais, on considère d’abord les adolescents handicapés comme des adolescents, confirme l’Unapei (Union nationale des associations de parents et amis de personnes handicapées mentales) : « Sur le plan physiologique, le processus est, le plus souvent, sensiblement le même que chez l’enfant normal » [1]. Une remarquable avancée dans la mentalité française.

À Sølund personne n’a d’enfant, mais beaucoup ont un partenaire : « En ville, on a un couple marié : ils se sont rencontrés ici il y a 25 ans. Lui est relativement autonome, elle pas du tout. », raconte Maurits. Il arrive que des pensionnaires veuillent avoir un enfant. Si plus personne n’est stérilisé, on essaie de les « dissuader » admet Iben, l’éducatrice. « Nous leur expliquons que ce n’est souhaitable ni pour eux, ni pour l’enfant, et nous leur administrons un cachet contraceptif avec les médicaments quotidiens ».


[1Dans Les personnes handicapées mentales, éthique et droit (lire la critique)


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