N° 745 | du 17 mars 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 17 mars 2005

Un port sans attache - Parcours de vie, parcours de logement

Propos recueillis par Mylène Béline

Il y a six ans, M. P. était un homme comme tout le monde : un métier, marin pêcheur, devenu une vocation, une famille, une vie loin de sa région natale mais une bonne insertion. Puis un jour de 1999, tout s’écroule. A son retour à terre, le drame : sa femme et ses enfants ont disparu, morts dans un accident de voiture.

La cassure est brutale. La chute commence. La douleur psychologique est telle que le refus de vivre s’installe. Ce sera le début des hospitalisations en psychiatrie, la rupture avec le métier, le logement, les relations. Mais dans la chute, des mains se tendent ici ou là qui vont jalonner toutes ces années de galère. Et favoriser des reprises partielles d’activité qui aident à se reconstruire.

Puis ce sera la décision de retrouver la terre natale, la famille, la Bretagne. Et là la nécessité de redémarrer. Pas facile. Le parcours passe alors par la marginalisation et le refus de l’assistance quelle qu’elle soit. Donc pas de ressources, pas de logement. Seulement une tente et un vélo, pour bouger et troquer contre la nourriture et parfois le gîte, des coups de main.
C’est une vie marginale. Mais qui permet de garder sa dignité car « on reçoit mais on donne aussi ». Quand on a connu une vie « normale », on aspire à un moment donné à y revenir. Et la normalité passe par un logement et un travail.

À la faveur d’un séjour en psychiatrie, une assistante sociale donne à M. P. des adresses de foyers d’hébergement. C’est le bon moment pour faire ce type de proposition. Il fait une demande de RMI pour assurer le minimum financier et trouve une structure d’accueil qui lui convient. D’abord une petite chambre, puis une plus grande avec sanitaires individuels. Un bon contact avec un référent social. Des services qu’il peut rendre au foyer. La confiance et l’espoir reviennent. Il y a là le toit que l’on paie, le relationnel-soutien et la possibilité de donner : la dignité est sauve, condition indispensable pour rebondir. Ce foyer est donc une bonne chose. Mais seulement une étape.

La normalité c’est un « vrai » logement, puis un vrai travail. C’est là qu’intervient l’AIVS en proposant un petit appartement à Rennes. Pour M. P. c’est « la porte de l’espérance », ce qu’il appelle aussi « la première marche ». Celle qui doit permettre de couper avec la marginalité et ses aléas, de retrouver progressivement une gestion financière saine. En cela l’AIVS est un bon atout car elle sait se montrer « compréhensive » face aux problèmes financiers. Cette étape est donc importante avant d’arriver au logement HLM complètement autonome. Ceci dit avec un RMI, la vie matérielle reste difficile. Il faudrait un travail. Et c’est là que le bât blesse : l’âge (58 ans), le passé récent de marginalisation et de psychiatrisation ferme les portes. Se sentir rejeté du milieu du travail et même du bénévolat alors qu’on se sent capable d’être utile est un choc psychologique qui ajoute à la douleur toujours présente du deuil. Alors ?

Monter la première marche c’est bien, c’est même primordial. Mais y rester amenuise l’espoir et entame substantiellement la dignité retrouvée grâce au logement.


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