N° 722 | du 23 septembre 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 23 septembre 2004

Un café pour les parents

Propos recueillis par Guy Benloulou

Nathalie Isoré, psychologue, responsable du Café des Parents dans le XIe arrondissement de Paris, lieu géré par l’École des Parents, nous explique pourquoi et comment les parents sont accueillis dans cette structure originale

Le nombre de lieux réservés aux parents est en augmentation constante. Comment se situe l’École des Parents face à cette mouvance ?

L’École des Parents et des éducateurs depuis sa création en 1929, tenant compte des mutations de notre société, a eu le souci constant de s’adapter aux besoins et attentes des parents et des professionnels. Elle a cherché à diversifier ses modalités d’accueil des familles afin que chacune puisse y trouver une écoute adaptée et des solutions singulières. Les parents eux-mêmes ont manifesté le besoin d’être mieux informés et d’être reçus de façon plus humaine, moins culpabilisante, d’être entendus comme des adultes responsables même s’ils avaient besoin de réfléchir avec des professionnels pouvant les aider à se désengluer de situations dans lesquelles la parole d’un tiers neutre pouvait dépassionner, pacifier les conflits familiaux.

Ces mêmes parents étaient désireux de rencontrer d’autres parents traversant des difficultés d’éducation car l’isolement peut être une source de désarroi et de sentiment d’incapacité à faire face. Le Café des Parents est une initiative que nous voulons être un espace chaleureux, convivial, ouvert aux parents de tous âges qui souhaitent s’informer, échanger et débattre autour d’une tasse de café, soit sous forme d’un accueil personnalisé soit par des rencontres informelles avec d’autres parents… [1]

Comment concevez-vous l’accueil des parents par les professionnels ?

La notion d’accueil s’est peaufinée d’année en année… Actuellement c’est souvent le lieu qui conditionne évidemment la façon d’accueillir et le travail qui en découle. La première approche va souvent déterminer la qualité de la relation. Ainsi, par exemple lorsqu’il s’agit d’accueillir des parents, il arrive que les professionnels, bien qu’ayant chacun une spécialité, ne la revendiquent pas immédiatement permettant l’instauration d’une relation humaine avant tout. Il s’agit de créer un rapport de confiance. Il convient d’évoluer dans sa manière d’accueillir, être plus disponible, plus accessible et en même temps il faut prendre le temps de la réflexion pour ne pas se laisser submerger par l’urgence de certaines situations, pouvoir évaluer la demande et permettre l’ouverture nécessaire au travail d’élaboration et de réflexion.

Les professionnels reçoivent-ils individuellement ou collectivement les parents ?

L’approche est à la fois individuelle par la mise en place de permanences assurées par des professionnels de la famille et collective par la proposition de débats sur des thèmes psycho éducatifs et juridiques. Elle est aussi pluridisciplinaire ce qui permet un accueil de situations plus ou moins complexes, plus ou moins intriquées qui peuvent nécessiter juste un étayage ou au contraire un suivi approfondi, une prise en charge plurielle, une orientation vers d’autres structures ou d’autres professionnels.

Quelle est la formation spécifique des professionnels ?

Au départ ce sont des psychologues, juristes, travailleurs sociaux, pédagogues qui ont pour objectif d’évaluer, de pronostiquer et d’accompagner les difficultés des familles pour maintenir et donner de l’espérance. Ce type de travail nous invite donc à réfléchir de façon permanente, notamment, sur les points suivants : quelle formation théorique et personnelle pour les professionnels qui l’animent ? Quelles pratiques pédagogiques et cliniques peuvent développer les psychologues pour aider les parents à maîtriser la situation qui les préoccupe ? Comment établir des priorités pour une personne en situation de crise dans la construction d’un processus de résolution ? Comment faire alors coordonner les différents domaines d’intervention des professionnels ? Notre réflexion clinique est permanente car si le cadre d’accueil est ouvert et informel, il nous faut particulièrement construire et maintenir un cadre théorique pour assurer un travail de qualité. La permanence psychoéducative se propose d’intervenir à plusieurs niveaux car l’accueil des personnes et l’écoute de leur problématique ne doivent pas être formatés, préétablis car chacune a des attentes, des niveaux de verbalisation et d’introspection très différents.

Quels sont les parents qui viennent vous rencontrer ?

Je distinguerai trois types de parents : d’abord ceux qui tout simplement sont soucieux du bien-être de leur enfant et apprécient de trouver dans ce cadre un interlocuteur disponible. L’entretien leur permet d’être soulagés, plus souples du coup dans leur perception du problème. Face à la multiplicité des modèles proposés par notre société, les parents sont souvent perdus et en manque de repères clairs. L’échange avec un professionnel les aide à s’autoriser à être plus à l’écoute de leur propre ressenti de parents et ainsi d’être dans un rôle éducatif plus en adéquation avec ce qu’ils pensent.

Ensuite, d’autres parents viennent rencontrer un professionnel alors que des difficultés existent déjà. Celles-ci sont d’ordre individuel, parental, familial et nécessitent une exploration plus approfondie de la situation. Il peut s’agir de difficultés récentes dont l’approche peut se faire par quelques entretiens. Beaucoup de parents s’épuisent en se mobilisant sur tous les fronts avec le besoin de tout vouloir maîtriser. Le sentiment d’impuissance, la peur de ne pas être à la hauteur conduit à la tentation de jeter l’éponge. Il convient alors de désamalgamer les différents aspects d’un problème pour les traiter de façon plus différenciée et de hiérarchiser les priorités. Les parents peuvent ainsi canaliser leur énergie sur un point précis afin d’être plus efficaces.

Enfin d’autres parents pour lesquels les nœuds sont anciens et ancrés. La famille semble bloquée dans une vision unique du problème. Un symptôme majeur est mis en avant (par exemple : échec scolaire, troubles alimentaires, troubles du comportement, etc.) et la communication est figée autour d’un même et unique sujet. Il y a une répétition du symptôme et des réactions de l’entourage. La famille est dans un processus enfermant où elle va essayer du « toujours plus de la même chose », cristallisant le symptôme et ne voyant pas d’issue possible. Il s’agit là de mettre en évidence les mécanismes en jeu : d’arrêter la surenchère et de proposer une grille de lecture différente. Défocaliser sans abandonner, dédramatiser sans banaliser, comprendre les enjeux d’un symptôme pour soi et pour l’autre va permettre de communiquer autrement, de percevoir l’intérêt de s’ouvrir à des tiers aidant.

Tous ces parents relèvent plutôt d’un accueil individuel mais l’accueil des parents se fait aussi sous forme de rencontres autour de débats, d’ateliers, de discussions après vidéo, de réunions associatives, etc. Ces groupes rassemblent environ 5 à 30 personnes qui en général ne se connaissent pas. Toutefois, certains parents participants viennent entre amis, d’autres viennent accompagnés par des éducateurs. L’esprit qui anime ces groupes est de favoriser l’entraide, la coéducation, de restaurer le lien social. Le partage des difficultés permet de se soutenir mutuellement, de penser ses propres repères et solutions grâce à la pluralité des approches. Plus sûrs d’eux, plus renforcés, moins focalisés sur certaines attitudes de leurs enfants, les parents sont plus contenants et plus à même de réguler les tensions réciproques. Les professionnels partageant les préoccupations parentales paraîtront moins jugeant et plus étayant.

Comment fonctionnent les travailleurs sociaux dans ces groupes de parents ?

Les professionnels se joignent aux parents et vice-versa pour participer souvent à double titre, ils sont parents et professionnels de la famille, enseignants. Ces derniers sont parfois initiateurs du thème du débat et proposent aux parents de venir réfléchir au sujet. Les parents sont heureux d’être invités à une réflexion de spécialistes. Cette ouverture réciproque a enrichi le dialogue. Il est intéressant pour les parents de constater que des professionnels sont soucieux de la qualité de leur pratique, de leur formation, de leurs avancées, etc.

Les rencontres animées par un professionnel ont pour objectif de permettre aux participants un libre-échange sur le thème proposé. L’animateur veille au bon déroulement par l’utilisation de techniques d’animation qui permettent à chacun : de se présenter, d’exposer son problème, de formuler ses attentes et ses besoins, de connaître quelques éléments de la vie de l’autre afin de se sentir en confiance, de l’écouter, d’avoir pris la parole au moins une fois, de se sentir libre de s’exprimer, etc. L’animateur sera le tiers, garant du cadre et des règles pour que puisse circuler la parole, évitant les amalgames et permettant des compromis entre les représentations des participants. Confidentialité, bienveillance et participation sont quelques règles de ce fonctionnement.


[1Le Café de l’École des Parents - 162 Boulevard Voltaire - 75 011 Paris. Tel. 01 43 67 54 00


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