N° 577 | du 17 mai 2001 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 17 mai 2001

Quels avantages, pour qui, dans la formation par apprentissage des éducateurs ? Attention aux dérives

Philippe Gaberan

Les élèves pourraient y gagner financièrement, les employeurs stratégiquement, les écoles... opportunément. Mais au bout du compte tout le monde peut très bien y perdre

Depuis que les diplômes d’État existent dans le secteur sanitaire et social, la formation des professionnels est l’affaire des centres de formation. Or le 12 janvier 1998, un accord de branche du secteur sanitaire, médico-social et social crée un fonds national pour l’apprentissage et rend techniquement possible la création de CFA dès cette rentrée 2000.

Bien sûr, les écoles demeurent le support technique à la réalisation des formations mais, dans tous les autres corps de métier où la formation par l’apprentissage existe déjà, la tension est forte entre les employeurs qui financent les formations et l’autorité pédagogique qui est garante du contenu de formation. On connaît la tendance à former les apprentis au « just in time » c’est-à-dire « au juste nécessaire imposé par l’employeur » qui vient d’Outre-Atlantique et gagne l’Europe. Les centres de formation savent bien que, en s’engageant dans la voie de l’apprentissage, ils vont perdre une partie de ce pouvoir dont ils ont certainement trop abusé par le passé mais sur lequel ils ne peuvent pas abdiquer totalement sauf à renoncer à leurs idéaux.

Bien sûr, les diplômes sont garantis par décrets et circulaires. Mais faute d’avoir construit des outils d’évaluation avant de mettre les centres de formation en concurrence, il n’est pas certain que les autorités de tutelles puissent empêcher les dérives possibles. D’autant plus que le financement par les employeurs soulage leurs propres finances et favorise celle des élèves.

En effet et à l’instar des étudiants dont le niveau de vie ne cesse de baisser, les élèves éducateurs font face à des situations de vie de plus en plus difficiles. Beaucoup d’élèves vivent une véritable galère. Il s’agit là d’un phénomène aussi nouveau qu’inquiétant. Jusque dans la fin des années 80, la formation continue est la voie royale vers la professionnalisation. L’élève éducateur, qui part en formation avec l’accord de son employeur, ne paye pas les frais de scolarité, perçoit l’intégralité de son salaire et peut se faire rembourser une partie de ses frais. Il faut bien reconnaître que la formule est coûteuse pour l’employeur et ce d’autant plus que, comble de l’imprévision, très souvent, aucun contrat ne lie l’employeur et le salarié en formation. Le diplôme obtenu, beaucoup d’employeurs perdent ainsi leur investissement.

Par ailleurs, les rapports des employeurs avec les centres de formation n’ont jamais été simples. Toujours suspectée de n’avoir jamais la bonne mesure, la « parole du terrain » ne pèse guère dans le processus de formation. Pas étonnant alors que les employeurs se soient détournés de la formation de leur personnel éducatif laissant à chaque salarié l’initiative et la responsabilité d’assurer sa qualification. Aujourd’hui, beaucoup de professionnels, qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un congé individuel de formation (CIF) ou de bricoler une situation pour bénéficier d’une allocation de formation pour le réemploi (AFR), suivent leur formation en cours d’emploi en ayant accepté un temps partiel qui entraîne une diminution de leurs ressources. À l’inverse, l’apprentissage permet aux élèves éducateurs d’être rémunérés durant leur formation. La création des filières de formation par l’apprentissage est donc une aubaine pour les élèves éducateurs et pour les employeurs qui reprennent la main sur les formations.

L’idée de la création des CFA étant loin de faire l’unanimité, qu’est-ce qui pousse alors les écoles à se passer la corde autour du cou ? Il semble que les centres de formation sont engagés dans des stratégies de survie où la nécessité de trouver des fonds propres est un objectif, sinon prioritaire, du moins égal au souci de la qualité des prestations fournies. Sur le marché non extensible de la formation la concurrence est si rude que celui qui ne parvient pas à se placer sur un nouveau créneau court immanquablement le risque de disparaître.

Dès lors, en étant la première à fédérer ses adhérents, l’Union des fédérations et syndicats nationaux d’employeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social (UNIFED) prend incontestablement un sérieux avantage, en même temps qu’elle ne laisse aux autres employeurs et centres de formation que le choix de se rallier ou de renoncer.


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