N° 928 | du 7 mai 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 mai 2009

Quatre témoignages de TISF

Propos recueillis par Katia Rouff

Témoignage d’une usagère de l’association hospitalière de Bretagne

« J’ai été hospitalisée à l’association hospitalière de Bretagne durant deux mois pour dépression. Je me suis retrouvée dans un univers protégé, sans plus aucun lien avec le monde extérieur, sans sortie le week-end. Je n’avais plus de domicile. J’étais à la recherche d’un logement dans une petite ville. Mais comment trouver un logement en étant « prisonnière » dans un hôpital ? J’étais désemparée devant l’ampleur de la tâche. Effrayée par les recherches, par les coups de fil à passer, par les visites à faire. J’avais peu d’espoir de sortir rapidement, bien que guérie.

Finalement au bout d’une semaine, j’ai obtenu un rendez-vous pour visiter un appartement. N’ayant pas de voiture, j’ai fait appel à un taxi. La rencontre s’est bien passée et les propriétaires étaient d’accord pour la location de leur appartement. Mais le taxi n’est pas venu me rechercher et ils se sont proposés de me reconduire, or je vivais à l’hôpital. Et le lendemain, ils téléphonaient pour annuler leur accord.

Désespérée, un peu en colère et ne voyant pas d’issue à mon problème, la surveillante m’a parlé pour la première fois d’une technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF). Enfin, je ne serais plus seule face à mon problème.

La rencontre fut au-dessus de mes espérances. Cette femme très sympathique prit les choses en main dès le début. Nous sommes allées visiter les agences, elle connaissait aussi des maisons en location et ne ménageait pas sa peine pour prendre des contacts. Non seulement les choses se précisaient, mais en plus j’avais une impression de liberté, beaucoup d’écoute, beaucoup d’aide. Puis elle m’a apporté le journal, avec l’annonce d’un appartement à louer. Elle a téléphoné, pris un rendez-vous pour une visite. L’affaire a été conclue grâce à sa persuasion et à sa conviction. L’appartement ne m’emballait pas spécialement, mais je devais à tout prix trouver quelque chose pour quitter l’hôpital, c’était un tremplin.

Les actes liés à l’intégration du logement me semblaient compliqués. Elle m’accompagne alors pour la négociation d’une assurance habitation. Après nous avons été à Carhaix, pour acheter le nécessaire pour le ménage. J’étais portée, aidée, prise en main.

Quinze jours après, j’emménageais dans ce petit appartement. La TISF s’occupait aussi d’une autre personne qui était sortie en même temps que moi. Nous connaissant et étant liées par le même parcours, nous sommes devenues amies. Nous avons affronté le monde extérieur en nous tenant la main et avons pu dire au revoir à notre « bonne fée ». En février 2006, j’achetais seule ma maison. »

Témoignage d’une technicienne de l’intervention sociale et familiale, Marine Guermeur, qui travaille en établissement et service d’aide par le travail (Esat)

Diplômée en 2003, Marine Guermeur a tout d’abord effectué des remplacements dans différents secteurs (intervention à domicile, foyer de vie….) En 2006, une collectivité territoriale refuse sa candidature : « J’avais toutes les compétences requises pour le poste mais la fonction de TISF n’entrait pas dans ses grilles. En réaction, j’ai créé un site Internet pour promouvoir notre profession. » Marine rejoint ensuite un Esat, le directeur lui ayant proposé un CDD d’un an pour faire découvrir à l’équipe les compétences d’une TISF.

Mission accomplie, elle est ensuite embauchée en CDI et l’association qui l’emploie a l’intention d’intégrer des TISF dans ses autres Esat. Marine travaille dans une unité de vie extérieure qui compte trente personnes déficientes intellectuelles. « Le matin, je veille à ce qu’elles se lèvent, s’habillent, prennent leur petit-déjeuner, leurs médicaments et arrivent ponctuelles à leur travail », souligne la jeune femme. Le soir et le week-end, elle les aide dans les tâches de la vie quotidienne ou les accompagne dans leurs rendez-vous. « Avec l’équipe, constituée de moniteurs-éducateurs et d’aides médico-psychologiques (AMP), nous nous relayons auprès d’elles. »

Sa spécificité par rapport aux autres professionnels ? « L’accompagnement à travers tous les aspects pratiques du quotidien : organisation du ménage, de la lessive, entretien du logement, élaboration des menus, préparation des repas… avec les personnes handicapées. » Avant l’arrivée de Marine, les résidents étaient nourris, logés et blanchis. Son intervention permet de réduire les coûts et de les accompagner vers l’autonomie. Ils sont d’ailleurs ravis et valorisés par l’expérience.

Les TISF n’étant pas reconnus par la convention collective de l’établissement, Marine a un statut de monitrice éducatrice. Malgré cette méconnaissance de son métier, elle reste optimiste. « Au départ, la profession d’AMP était également mal connue, aujourd’hui ces professionnels interviennent dans tous les secteurs. Ce sera pareil pour les TISF, dont la reconnaissance est en route. Nous devons nous mobiliser pour promouvoir notre métier. »

Témoignage de Marie-Paule Barbedette, technicienne de l’intervention sociale et familiale à l’association du service à domicile (ADMR) d’Ille-et-Vilaine

En trente-six ans de carrière, Marie-Paule Barbedette a vu son métier se transformer : « Au départ, nous aidions les familles nombreuses dans la gestion de leurs tâches quotidiennes, puis nous avons eu une fonction plus éducative et enfin aujourd’hui nous menons aussi des actions préventives et réparatrices, souligne-t-elle. Les autres travailleurs sociaux reconnaissent un peu mieux notre profession, mais il reste encore quelques progrès à faire… Pourtant, en intervenant à leur domicile, nous bénéficions d’une place unique et privilégiée auprès des familles. Accompagner les enfants et les parents dans le quotidien permet de faire passer beaucoup de choses. »

Marie-Paule et ses collègues travaillent auprès des familles à leur demande pour des aides liées à la maternité ou à la maladie, et à la demande de l’aide sociale à l’enfance (ASE) dans le cadre de la protection de l’enfance. Dans ce cas, elles soutiennent les familles en difficulté, favorisant le lien parent-enfant pour éviter une dégradation des problématiques familiales et la démission parentale. En cas de visite en présence d’un tiers ordonnée par le juge, par exemple, elles jouent un rôle de médiatrices entre l’enfant placé et sa famille en étant présentes lorsque l’enfant vient au domicile de ses parents. « Nous partageons alors des moments ludiques comme la préparation d’un gâteau, ce qui est agréable pour tous. »

La profession de TISF exige de grandes capacités d’adaptation. Marie-Paule rencontre en moyenne trois familles par jour, avec chacune une problématique différente « Je peux assurer une visite en présence d’un tiers, puis soutenir une jeune maman qui vient d’accoucher et enfin aider une famille étrangère nouvellement arrivée à s’intégrer dans son environnement. »

En partenariat avec d’autres travailleurs sociaux, les TISF de l’ADMR encadrent également des actions collectives en direction de divers publics socialement isolés afin de permettre aux parents et aux enfants de passer un bon moment et de favoriser leur intégration sociale.

Le travail en équipe tient une place importante dans l’association. Les familles sont suivies par un binôme de TISF qui se relaient, ce qui leur permet de garder une certaine distance et d’échanger sur les situations. Chaque quinzaine, une réunion avec la responsable de l’équipe permet aux professionnelles d’évoquer les différentes familles suivies. Une fois par mois, elles abordent les situations difficiles avec une psychologue. Et Marie-Paule de conclure : « Notre métier est en pleine évolution ».

Témoignage de Laurie Simonneau, technicienne de l’intervention sociale et familiale en formation

Laurie Simonneau [1], vingt-trois ans, termine une formation de TISF au Cefras de Chemillé (Maine-et-Loire). Tout d’abord désireuse de devenir éducatrice spécialisée, elle s’oriente finalement vers le métier de TISF qui se situe davantage au cœur des problèmes des familles, grâce à l’intervention à domicile.

Ses deux premiers stages sur le terrain la confortent dans son choix : « Durant mon premier stage en maison d’enfants à caractère social (MECS), j’ai accompagné des jeunes majeurs qui intégraient un logement autonome et manquaient de repères (gestion du budget, de l’alimentation, de l’hygiène…), illustre-t-elle. J’ai travaillé en lien avec les éducateurs qui effectuent un travail plus global, davantage axé sur la scolarité, la relation avec les familles et les services sociaux. » Laurie a également animé des ateliers de cuisine auprès des plus jeunes à partir des compétences acquises en formation. « Elles complètent celles des éducateurs qui n’ont pas forcément cette spécificité. »

Actuellement en stage à l’association aide à domicile pour tous (ADT 44), elle intervient au domicile des familles et leur apporte une aide pratique (naissances multiples, familles nombreuses submergées…). Elle intervient aussi dans le cadre de la protection de l’enfance et joue un rôle de soutien de la fonction parentale (stimuler le lien parents-enfants, sensibiliser le parent à l’éveil de son enfant, favoriser l’acquisition de repères…), de prévention et de gestion des situations de maltraitance (repérer les situations de danger, préparer la famille à l’acceptation d’une mesure de placement…) et travaille en lien avec l’assistante de service social de secteur et l’éducateur référent de l’ASE.

« La formation nous remet en question - sera-t-on assez solide pour faire face à des situations difficiles ? Elle nous apprend à regarder finement et globalement la situation d’une famille, en observant son comportement, en écoutant les enfants et les parents afin d’établir un diagnostic le plus juste possible pour l’aider au mieux et avancer avec elle. »

Après la formation, la jeune femme désire s’orienter vers un établissement médico-social avant de travailler auprès des familles. « Je me sens bien dans les familles, elles constituent le cœur du métier, mais – est-ce lié à mon âge ? – lorsque je suis seule à domicile, je me sens parfois déroutée, sans cadre fixe, confrontée à des situations souvent difficiles ».


[1Laurie est à l’origine de ce dossier consacré au métier de TISF. Elle a écrit à Lien Social pour lui demander de promouvoir ce métier mal connu


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