N° 958 | du 28 janvier 2010

Critiques de livres

Le 28 janvier 2010 | Jacques Trémintin

Pont-Piétin, un hôpital-village

Sous la direction de Philippe Dossal


éd. Siloë, 2009 (64 p. ; 18 €) | Commander ce livre

Thème : Psychiatrie

Écrivain et journaliste, Philippe Dossal a coordonné cet ouvrage regroupant les témoignages de différents acteurs (assistant social, cadres soignants et administratifs) et des photos, tant contemporaines qu’anciennes, retraçant l’étonnante aventure de cet hôpital psychiatrique. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, un besoin se fait sentir dans ce qui est encore nommé la Loire inférieure (rebaptisée Loire-Atlantique en 1957) : près de 40 % de ses malades mentaux sont hospitalisés hors du département, faute de places.

En 1953, le conseil général décide de la construction d’un nouvel hôpital. En 1954, il acquiert le domaine de Pont-Piétin. Les premiers ouvriers y arrivent en 1957. L’établissement sera inauguré en novembre 1960. Douze pavillons ont été construits autour d’une place de village qui comporte des magasins, une cafétéria, un coiffeur, des bâtiments administratifs et toutes les unités nécessaires à l’entretien et à la vie d’un hôpital. En 1964, la ferme attenante fournit 45 tonnes de betteraves, 30 tonnes de pommes de terre, 10 tonnes de carottes, sans oublier les 54 000 litres de lait de vache et la centaine de porcs.

La leçon de la guerre toute proche et de la famine qui a décimé les malades n’a pas été oubliée : on doit être autosuffisant. Le plus étonnant, c’est la cohabitation des soignés et des soignants, qui se côtoient dans le travail, mais aussi au bal mensuel où ils dansent ensemble, le week-end où ils jouent au foot, l’été qui est l’occasion de partager des campings.

Mais cet établissement réputé le plus moderne d’Europe garde des pratiques contradictoires. Si les chambres sont à six lits (contre des dortoirs de 50 partout ailleurs) et le chauffage implanté au sol, les douches continuent à être prises collectivement, à la chaîne et sans la moindre intimité. Quant aux soins, dominent encore les électrochocs et la lobotomie. La critique anti-asilaire va dénoncer ce cadre boisé et verdoyant censé apporter un environnement apaisant et cette disposition spatiale destinée à favoriser la socialisation comme des artifices venant surtout masquer la ségrégation des malades mentaux.

Le mouvement d’humanisation prend ses sources dans l’introduction tant de la psychanalyse, qui considère la maladie mentale comme soignable, que de traitements neuroleptiques, anxiolytiques et antidépresseurs qui permettent d’atténuer les symptômes les plus criants. L’hôpital de Pont-Piétin va bientôt être traversé des mêmes enjeux que le reste de la psychiatrie, de la santé et de la société : introduction de la psychothérapie institutionnelle et externalisation des services (hôpital de jour, décentralisation dans une dizaine de villes aux alentours, visites à domicile…).

Un livre superbement bien écrit et passionnant.


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