N° 813 | du 19 octobre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 19 octobre 2006

« Les professionnels attendent beaucoup de la psychiatrie »

Propos recueillis par Nathalie Bougeard

Après quelques années passées comme assistante sociale dans un service de psychiatrie, Catherine Hervault, cadre socio-éducatif au centre hospitalier spécialisé Guillaume Régnier, est rattachée depuis deux ans à la direction générale de l’établissement. Sa mission : développer les liens avec les autres partenaires

Quels sont vos champs d’intervention ?

D’une part, j’ai un rôle de coordination du service social de l’établissement qui compte trente-cinq professionnels. Je leur fais remonter ce que j’entends à l’extérieur, qu’il s’agisse de critiques ou de points positifs mais aussi d’expérimentations intéressantes. D’autre part, je travaille énormément sur le lien avec nos partenaires. Il est en effet fondamental que l’institution psychiatrique puisse mieux travailler avec l’ensemble des intervenants, qu’il s’agisse des acteurs de l’insertion, du logement, du handicap, etc. Et pour travailler ensemble, il faut se connaître.

L’objectif final est bien une meilleure qualité de prise en charge des patients. Cela passe forcément par une meilleure articulation services hospitaliers/services extérieurs. À mes yeux, cette articulation est l’essence même du métier d’assistante sociale.

Par exemple, la politique nationale de réduction des lits menée depuis plusieurs années entraîne des sorties parfois jugées prématurées par la famille ou certains travailleurs sociaux. Incontestablement, il y a des incompréhensions à ce niveau. De plus, en psychiatrie, nous travaillons par secteurs. Concrètement, chaque service fonctionne de façon différente avec son propre projet. Il nous faut donc bien expliquer cette organisation à nos partenaires afin qu’ils ne soient pas surpris par des façons différentes de faire. D’une manière générale, les attentes de la société envers la psychiatrie sont très grandes et les professionnels n’y coupent pas.

Le logement est très souvent une question complexe. Comment tentez-vous de la résoudre ?

Depuis quelques années, c’est en effet une de nos préoccupations majeures. De fait, jusqu’aux années 90, beaucoup de « nos » patients allaient dans le parc privé. Compte tenu de l’augmentation des loyers, cette solution est de moins en moins possible. De plus, les soucis de voisinage ont découragé les agences immobilières. Restent les HLM mais eux aussi ont des réticences ; ils veulent donc des assurances. Nous développons le système des baux glissants où dans un premier temps, l’hôpital est titulaire du bail qui passe au nom de la personne dès lors que sa situation est stabilisée. Les trente-cinq appartements que nous avons en bail glissant nous permettent de maintenir le lien avec la personne et aussi d’évaluer ses capacités à vivre seule. Car, lorsqu’on passe en logement autonome, les « risques » sont importants puisqu’il n’y a plus forcément de suivi par un CMP ou une autre structure d’accompagnement.

Au-delà du logement, comment concrétisez-vous l’idée de partenariat ?

Dans le quartier de Maurepas, depuis 2004, nous avons mis en place une réunion mensuelle. Y participent des représentants du centre médico-psychologique, de l’hôpital, de la mission locale, des services d’aide aux personnes âgées, d’organismes HLM. La plupart du temps sont évoqués des problèmes de comportement souvent signalés par les organismes HLM qui reçoivent les plaintes des voisins ou par les centres départementaux d’action sociale qui notent des problèmes d’hygiène ou de décalage horaire. Face à des comportements étranges, nombreux sont ceux qui affirment que la personne relève du soin ou de la psychiatrie. Pour ma part, je ne crois pas que tout soit pathologie mentale.

L’intérêt de ce groupe de travail est d’être pluridisciplinaire et très concret. Il nous permet d’aider le partenaire à orienter la personne le plus judicieusement possible. Soit vers des soins soit vers autre chose. En effet, il est important de faire la part des choses entre ce qui relève du sanitaire et ce qui relève du judiciaire. Ces réunions nous permettent de nous écouter, d’échanger nos points de vue et d’affiner les décisions. Du point de vue de l’hôpital psychiatrique, elles nous permettent également d’éviter des hospitalisations qui ne sont pas nécessaires mais aussi de mieux les préparer quand elles s’avèrent une réponse appropriée.
Après deux années de fonctionnement, ce groupe de travail a essaimé. Dans un autre quartier de Rennes, une démarche équivalente s’est récemment organisée.

La pluridisciplinarité constitue-t-elle la seule approche pertinente de prise en charge en milieu ouvert ?

Non, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Il y a des niveaux où chaque institution doit aussi mener ses propres réflexions. Récemment, j’ai piloté en interne un groupe de travail sur l’accueil familial thérapeutique. De fait, le nombre de familles est de moins en moins important (54 en 2004 avec 74 patients accueillis). Nous pensons qu’elles préfèrent aller dans le champ du social car la pathologie mentale fait peur. Notre objectif était de recenser les aides que peuvent recevoir les familles d’accueil mais aussi d’identifier leurs besoins. Résultat : nous avons décidé de mieux communiquer sur l’accueil familial, de formaliser la formation auprès des familles, notamment en matière de manutention et de gestes d’urgence, de les sensibiliser à la pathologie dont souffre leur hôte. Il ne s’agit pas de trahir le secret médical mais d’informer un peu mieux les personnes sur les conduites à tenir.

Comment envisagez-vous l’évolution des relations avec vos autres partenaires ?

Il nous faut travailler ensemble et comprendre nos approches parfois différentes. Dans cet objectif, depuis trois ans, le centre hospitalier Guillaume Régnier propose des sessions de formation de cinq jours à des professionnels. Au programme : comment fonctionne l’hôpital ? Présentation des différentes pathologies, questions de l’agressivité et de la violence, etc. À chaque fois, nous recevons entre vingt et vingt-cinq personnes et nous en sommes à trois sessions par an. Ce que les professionnels recherchent souvent, c’est un lien concret avec l’hôpital. Cette formation est une de nos réponses.


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