N° 961 | du 18 février 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 18 février 2010

Les ESAT hors murs de l’Adapt

Propos recueillis par Mariette Kammerer

Rencontre avec deux responsables de l’Adapt : Raquel Secades à Evry et Emmanuel Legoff à Lyon.

Quelle est la particularité de ces structures ?

Raquel Secades : Ces ESAT n’ont pas de production en ateliers mais leur objectif est l’insertion professionnelle en milieu ordinaire. Cela passe par une phase de préparation et de réentraînement au travail puis par des mises à disposition progressives en entreprise, sur un poste correspondant au projet individuel et aux capacités de chacun. Le but est que la personne soit embauchée à terme. Au départ, nous avons créé ces structures pour les victimes de traumatismes crâniens, qui avaient une vie professionnelle avant l’accident et acceptaient mal l’orientation en ESAT classique (lire le témoignage de Mohammed Khelaf). Il existe aujourd’hui une dizaine d’ESAT hors murs à l’Adapt [1].

Quel est le public accueilli dans ces établissements ?

Emmanuel Legoff : Il s’agit du même public que celui des ESAT classiques. Certains établissements sont spécialisés sur les traumatismes crâniens et lésions cérébrales, d’autres sur les handicaps psychiques et d’autres sont ouverts à tous types de handicaps. L’essentiel est que la personne souhaite travailler en milieu ordinaire, même si elle n’a pas d’emblée l’autonomie et les compétences pour le faire, notre rôle est de l’accompagner. Néanmoins certains troubles importants du comportement ne sont pas compatibles avec le travail en milieu ordinaire et il nous arrive de réorienter des bénéficiaires vers un ESAT classique de production.

En quoi consiste la phase de préparation au travail ?

Emmanuel Legoff : A l’ESAT de Lyon, la préparation dure six mois. Les usagers participent à des ateliers créatifs – cuisine, couture, informatique – pour s’habituer à un rythme de travail, reprendre confiance en eux et découvrir dans quel domaine ils aimeraient travailler. Cela nous permet aussi d’évaluer leurs capacités manuelles et leur savoir-être.

Raquel Secades : A l’ESAT d’Evry, la neuropsychologue évalue les capacités cognitives de l’usager - répondre à des consignes complexes, effectuer des tâches multiples, faire face à un rythme soutenu – et son autonomie pour se déplacer et gérer le quotidien. Puis, pendant dix semaines, un programme de remobilisation individualisé réapprend aux usagers à se repérer dans le temps, suivre un règlement intérieur, un mode d’emploi, participer à un collectif de travail, s’adapter à des changements non prévus. On met les personnes dans des situations non-routinières, proches de celles qui les attendent en entreprise.

Comment se passent les mises à disposition en entreprise ?

Emmanuel Legoff : À l’issue de la phase de remobilisation, la personne peut faire un ou plusieurs stages d’une semaine dans le secteur de son choix pour lui permettre de valider ou de modifier son projet professionnel. Ensuite on recherche des entreprises correspondant à son projet, à ses compétences et proches de son domicile qui accepteraient une mise à disposition. On signe un contrat de partenariat et la personne travaille d’abord quelques heures par semaine sur des tâches simples - mettre la table, nettoyer du matériel, trier du linge.

Raquel Secades : Chaque bénéficiaire est suivi par un éducateur technique de l’ESAT qui l’aide à mettre en place des procédures de travail - dans quel ordre, avec quels outils faire les choses. Dans les premiers temps ce professionnel est très présent puis un tuteur interne à l’entreprise, formé par l’ESAT, prend le relais. Les missions et les horaires de travail sont amenés à s’étoffer progressivement à mesure que le travailleur gagne en autonomie et en savoir-faire. Le référent fait régulièrement le point avec le tuteur et le travailleur.

Que se passe-t-il lorsqu’un de vos bénéficiaires est embauché en CDI ?

Raquel Secades : Environ 30 % des personnes mises à dispositions par l’ESAT d’Evry sont embauchées en CDI à l’issue d’un parcours de deux ans en moyenne. Ils sont agents administratifs, agent d’accueil en maison de retraite, employé dans une jardinerie, aide-cuisinier en restauration collective, boulanger dans une grande surface, etc. Dans ce cas, le suivi de l’ESAT ne s’arrête pas du jour au lendemain, on propose un contrat de suivi d’un an renouvelable. Par exemple, l’entreprise peut faire appel à nous pour accompagner un enrichissement de poste, pour former un salarié à un nouveau logiciel.

Quels sont les avantages de la formule hors murs de l’Adapt ?

Raquel Secades : D’abord cela répond à une forte demande des personnes handicapées de travailler en milieu ordinaire. Ensuite cela permet au bénéficiaire de trouver un emploi proche de son domicile et de progresser à son rythme sur un poste adapté à ses capacités. Enfin, il bénéficie de tout le suivi médico-social offert par l’ESAT – assistante sociale, conseillère en économie sociale et familiale, psychologue – et profite des sorties culturelles et conviviales organisées par l’ESAT. Cette formule offre à la personne un véritable parcours vers le milieu ordinaire de travail.

Emmanuel Legoff : C’est un très bon outil pour sensibiliser les entreprises à la problématique du handicap, car elles sont accompagnées, le dispositif est souple, rentable financièrement, et leur laisse le temps d’envisager sereinement une éventuelle embauche.


[1Adapt : Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, créée en 1929 pour aider les anciens tuberculeux à retrouver du travail, l’Adapt compte de très nombreux établissements répartis sur tout le territoire accueillant 11 000 bénéficiaires par an et employant 2 000 salariés.


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