N° 810 | du 28 septembre 2006 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 28 septembre 2006 | Jacques Trémintin

La prévention : concept, politiques, pratiques en débat

Sous la direction de Brigitte Bouquet


éd. l’Harmattan, 2005 (181 p. ; 18 €) | Commander ce livre

Thème : Risque professionnel

Qu’est-ce que la prévention ? C’est l’ensemble des mesures prises pour empêcher que ne se produisent des phénomènes pouvant nuire à un individu ou à une collectivité. À l’origine des premières politiques préventives, la conviction selon laquelle la mortalité infantile privant la nation de soldats potentiels, il fallait tout mettre en œuvre pour leur permettre de parvenir à l’âge adulte ! La loi de 1902 fixera à l’État la prérogative de lutter contre les grands fléaux (tuberculose, syphilis, alcoolisme…), considérant que la santé du corps social comme celle du corps humain dépendaient de la seule hygiène.

Le secteur médico-social héritera de ces notions, reprenant et adaptant la répartition de l’OMS entre la prévention primaire (amélioration des conditions générales de la population), la prévention secondaire (aide aux personnes en difficulté pour leur permettre de se maintenir dans leur milieu de vie) et la prévention tertiaire (accompagner la réinsertion des populations exclues ou prises en charge en institution). Aujourd’hui, la prévention dérive de plus en plus vers le principe de précaution. Alors que celui-ci devrait se limiter à évaluer le risque et le réduire à un niveau acceptable, il est fréquemment identifié au risque zéro. Ce qui ne manque pas de constituer pour l’action sociale, qui agit en permanence sur l’incertitude et l’imprévisibilité, un frein et un blocage en matière d’initiative et de créativité.

Deux modèles se sont toujours opposés. Le premier, celui du régime de responsabilité, considère que la sécurité n’est pas un droit, mais un devoir. Il revient à chacun de se prémunir, en prenant tous les moyens pour anticiper. Il présuppose qu’il suffit de savoir et de comprendre en quoi un comportement nuit pour y renoncer, la mauvaise compréhension de la réalité étant considérée comme la source essentielle de l’attitude inadéquate : l’individu est considéré comme un être libre de ses choix. À ce titre, il doit assumer les conséquences de ses actes puisque ce qui arrive est de sa faute à moins de pouvoir impliquer la responsabilité d’un tiers. L’intervention de la société doit se limiter à tout mettre en œuvre pour lui faire prendre conscience.

L’autre modèle basé sur la solidarité considère que le risque est inhérent au fonctionnement tant de l’individu que du corps social. Il le socialise en prenant en compte les déterminants économiques, sociaux, culturels et symboliques. La politique de prévention qu’il préconise est globale, intervenant sur les facteurs individuels et environnementaux en termes de protection, de vulnérabilité et de risque. Ces deux modèles pour contradictoires qu’ils soient, peuvent provoquer des conflits d’allégeance au sein d’une même politique ou d’un même intervenant. On identifie bien ici les tenants et aboutissants libéraux du premier et ceux basés sur les larges implications sociétales pour le second.


Dans le même numéro

Critiques de livres

Michel Bauer, Thierry Fossier, Laurence Pécaut-Rivolier

La réforme des tutelles. Ombres et lumières