N° 1205 | du 13 avril 2017

Critiques de livres

Le 18 avril 2017 | Jacques Trémintin

La posture éducative

Xavier Bouchereau


éd. érès 2017, (258 p. – 15 €) | Commander ce livre

Thème : Pratique professionnelle

Dans son troisième ouvrage, Xavier Bouchereau articule avec éloquence et pertinence l’incarnation de la théorie dans la pratique et l’habillage de cette pratique avec des concepts théoriques. Il propose ici une architecture solide et cohérente du concept de posture éducative qui n’avait jusque là jamais fait l’objet de travaux de recherche. À l’origine se situe le triptyque de trois logiques qui s’entremêlent, se superposent et s’interpénètrent : la commande sociale, la (non) demande d’un usager et l’engagement du professionnel. C’est sur cette base que va se tisser la relation fondatrice de tout processus d’aide.
Pour qu’elle puisse se déployer en toute confiance, trois conditions sont requises : la constance de l’intervention (persévérance dans la durée), sa consistance (la force et la sécurité qui en émanent) et sa contenance (l’enveloppe qui rassure et délimite) sont au cœur de la fiabilité de l’action engagée. Pour autant, il est des postures émancipatrices qui rendent le lien possible, en se nourrissant du respect d’autrui, quand d’autres plus dominatrices l’étouffent de leur bienveillance condescendante. Celle que l’on doit privilégier s’inscrit non dans la neutralité mais dans la réserve, non dans l’impartialité mais dans la multipartialité, non dans la distance mais dans la bonne proximité. Elle agit en tant que tiers témoin, acceptant le partage critique et constructif avec l’usager de ce que chacun a cru comprendre de la situation. Pour éviter la dérégulation et le conflit potentiel liés au face à face, la place de l’institution est essentielle. Ce n’est pas une entité extérieure ou une idée abstraite, mais un tout plus ou moins cohérent de règles, de représentations, de mythes, de désirs, de craintes, de discours formels ou informels qui permet de délimiter, de soutenir et d’orienter. Elle relie le professionnel à un collectif sans l’y confondre, elle le réfère à une culture sans l’assimiler et elle l’intègre à une mission sans le dissoudre.
Bien sûr, s’il existe des institutions qui taylorisent les tâches au point de les dénaturer, il est aussi des professionnels qui attendent qu’elles balisent toutes les incertitudes et sécurisent l’intervention, en réglant à l’avance toutes les réponses. Alors même que la posture éducative est au confluent de compétences techniques non reproductibles et de qualités relationnelles non transposables, permettant de s’ajuster à l’autre, d’être à l’écoute des ressentis, de s’imprégner des affects et de se laisser traverser par les vibrations émotionnelles.


Dans le même numéro

Critiques de livres