N° 953 | du 10 décembre 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 10 décembre 2009

{« La parole des exclus est aussi une production de connaissance »}

Entretien avec Jean-Pierre Aldeguer

Thème : Politique sociale

La Mission régionale d’information sur l’exclusion publie tous les ans un rapport sur la pauvreté et l’exclusion en Rhône-Alpes [1]. Son approche se base sur des données chiffrées mais laisse une place importante à la parole des personnes vivant les situations de pauvreté et précarité.

Entretien avec Jean-Pierre Aldeguer, directeur des la Mission régionale d’information sur l’exclusion (MRIE) jusqu’en septembre 2009.

Comment qualifieriez-vous votre position d’observateur de l’exclusion ?

L’immense défaut de l’évaluation de la pauvreté est qu’elle n’est vue qu’à travers le regard de ceux qui ne sont ni pauvres et ni précaires, elle est faite sans les principaux intéressés. Nous laissons au contraire dans nos observations une large place au témoigna­ge, nous souhaitons que leur parole soit entendue comme une production de connaissances. C’est un principe essentiel, difficile à tenir, et qui a bien sûr ses limites.

Que reprochez-vous aux chiffres ?

Nombre d’observatoires comme l’Opale  [2] produisent des statistiques. Ils apportent une représentation chiffrée d’une réalité qui survalorise le court terme. Les journalistes comme vous, me demandent des chiffres, toujours les plus récents. Les phénomènes de précarité et de pauvreté ne peuvent être compris que sur une longue période. Nous ne savons pas appréhender les réalités sans statistiques. Mais elles sont notoirement insuffisantes, ce sont des réalités qui s’appréhendent sur une longue période.

Quelle est votre démarche ?

Face à l’exclusion, nous sommes dans le domaine des représentations. Les élus ont des représentations sur ce qu’est l’exclusion, les professionnels aussi. Ce qui nous importe c’est d’être au croisement de ces représentations, plutôt que de pousser une représentation plus que l’autre. Nous organisons des groupes de veille et nous les croisons. Sur l’emploi, nous croisons les points de vue du Medef, des syndicats, des associations comme AC contre le chômage, des travailleurs sociaux, etc. La MRIE est un espace d’échange de ces représentations. Ce travail fait émerger de nouvelles questions comme celle du surendettement que nous avons traité cette année et dont les ressorts ne sont pas forcément liés à l’exclusion, mais illustrent les mécanismes de la précarité et de la pauvreté, en particulier pour les personnes âgées.

Quand un nouveau thème surgit, comment le prenez-vous en main ?

Pour le surendettement, nous avons tenté de mieux comprendre les enjeux et mécanismes, les ménages concernés, la nature du surendettement. Nous avons constitué un groupe de travail pour consulter la Banque de France, les conseils généraux et produire des chiffres et l’analyse de ces situations. Nous avons fait le point avec les responsables du surendettement des départements. Ce travail a révélé un surendettement actif en baisse et un surendettement passif qui explose. Il touche surtout les personnes âgées. Elles abritent par exemple un membre de leur famille pour le dépanner. La CAF enquête, supprime les allocations logements, et c’est la désescalade. Elles s’endettent pour payer l’essentiel.

Propos recueillis par Bruno Crozat



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[1La MRIE est une association. Elle est financée par l’État, la Région, les conseils généraux. Leurs représentants ne siègent pas au conseil d’administration. Les membres du CA sont issus des entreprises, des syndicats et partenaires sociaux, des associations et quelques personnes qualifiées.Le rapport 2009 de la MRIE est téléchargeable sur www.mrie.orghttp://www.mrie.org

[2Opale : observatoire partenarial lyonnais en économie


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