N° 768 | du 6 octobre 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 6 octobre 2005

L’accueil temporaire en croissance

Joël Plantet

Une photographie récente de l’accueil temporaire a permis d’affiner le paysage des institutions impliquées dans cette démarche. Un réseau met patiemment en place les moyens de généraliser cette pratique qui fait encore cruellement défaut dans nombre de départements. Il reste beaucoup de chemin à parcourir

Dans quelques jours, le 12 octobre, un lieu uniquement consacré à l’accueil temporaire des enfants, adolescents et adultes handicapés, la maison de Pierre, ouvrira ses portes [1]. C’est en 1999 qu’un récent Groupe de réflexion et réseau pour l’accueil temporaire des personnes handicapées (Grath) [2] avait conduit une enquête nationale, puis réalisé un premier guide de l’accueil temporaire des personnes handicapées. Six ans plus tard, une nouvelle enquête entend réactualiser la base de données, recenser les projets en cours, faire le point des manques.

Malgré un faible taux de retour (sur plus de 6000 établissements ayant reçu un questionnaire, seuls 357 ont répondu), cinquante-six nouvelles entrées dans le guide ont été répertoriées, ainsi que trente et un projets « bien avancés ». Au total, ce sont 267 institutions engagées dans l’accueil temporaire, contre 166 recensées en 1999 : « un mouvement s’amorce autour de cette problématique », observe le Grath, « d’autant que les contacts que nous pouvons avoir prouvent qu’il y a bien d’autres projets en gestation mais que, par précaution, leurs promoteurs n’ont pas encore souhaité se déclarer officiellement à l’occasion de notre enquête ».

Trente-six institutions totalisent 266 places pour enfants et adolescents, tandis que 200 établissements pour adultes regroupent 769 places. À noter un développement accru dans les maisons d’accueil spécialisé (MAS)… Mais ces 1035 places représentent moins d’une place pour mille utilisateurs potentiels, déplore le réseau en se référant aux derniers chiffres publiés par le Centre technique national d’études et de recherche sur les handicaps et les inadaptations (CTNERHI).

Entre 2000 et 2005, on peut considérer que 367 places ont été mises en service. Celles-ci, commente le Grath, sont soumises à diverses pressions — économiques, des autorités de contrôle ou de l’accueil d’urgence — et « le rythme des créations nettes reste très faible avec seulement 45 places nouvelles par an, une légère accélération semblant se dessiner pour les trois prochaines années ». En effet, sur 32 projets signalés dans l’enquête, 26 ont une date prévue de mise en service, neuf d’entre eux envisageant de former une unité dédiée à l’accueil temporaire…

Une pratique encore beaucoup trop marginale

En principe, une personne handicapée peut être accueillie en n’importe quel point du territoire, ceci prenant tout son sens lorsque la solution n’existe pas dans le département de résidence. Certains départements, tels le Cantal et l’Indre, apparaissent comme particulièrement dynamiques, mais l’Alsace, les départements de l’Ouest et le Pas-de-Calais sont également cités pour leur réelle prise en compte de la problématique « au niveau des tutelles départementales ».

Les types de handicaps pris en considération par l’accueil temporaire sont de tous ordres : moteur, mental (ces deux items restant prédominants), psychique, visuel, auditif, polyhandicap, insuffisance respiratoire, maladie chronique invalidante… La durée des séjours varie entre un jour et trois mois environ, plus de la moitié des structures étant accessibles à partir d’une à deux journées. Le réseau a tout de même pointé la déclaration d’une durée supérieure à trois mois pour seize structures, dont trois lieux de vie.

Par ailleurs, 66 % des établissements ont déclaré ne connaître aucune période de fermeture pendant leur accueil temporaire (le Grath, lui, se prononce plutôt pour des fermetures programmées afin d’éviter que ces places deviennent permanentes, « première cause malheureusement de disparition des places d’accueil temporaire »). Enfin, les besoins exprimés par les unités en service se déclinent en termes de formation spécifique, d’information sur l’accueil temporaire et d’aide au rapprochement entre l’offre de service et la demande.

Avec moins d’une place pour mille personnes lourdement handicapées, conclut le réseau, ce sont seulement 6 à 7000 personnes qui peuvent en bénéficier chaque année : l’accueil temporaire reste donc une pratique « encore beaucoup trop marginale pour avoir aujourd’hui un impact significatif sur les politiques sociales »… Alors qu’une place pour cent utilisateurs potentiels permettrait à 65 000 personnes handicapées de profiter de cette formule, « même si cela est encore très loin des 30 % que l’on trouve dans la province de Québec », relativise le Grath. Un premier effort qui « n’est pas hors de portée à l’horizon 2010 », si l’on parvient à achever le nouvel édifice réglementaire, à harmoniser les pratiques, à définir des méthodes d’évaluation des besoins et à rapprocher l’offre de la demande. Un centre de ressources pourrait même « restituer la quintessence des pratiques et des expériences du terrain sur les 25 dernières années », tout en développant des outils de conseil, d’information et de formation. À suivre.


[1La Maison de Pierre - rue de l’As de Licques - 62380 Bouvelinghem. Tél. 03 21 11 15 15

[2GRATH – BP 30245 - 56602 Lanester cedex. Tél. 02 97 65 12 34