N° 912 | du 15 janvier 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 janvier 2009

« L’accompagnement, même s’il est nécessaire, est difficile à vivre »

Propos recueillis par Marianne Langlet

Phillipa Gomez a bénéficié d’un accompagnement qu’elle juge « sur mesure » dans le cadre de son RMI. Elle l’a gardé lors de son passage au RSA. Ainsi, il apparaît que lorsque les moyens étaient au rendez-vous pour l’accompagnement RMI, ils profitent aujourd’hui au RSA. En revanche, là où l’accompagnement était absent, comme cela est le cas pour plus de la moitié des bénéficiaires du RMI, le RSA souffre des mêmes lacunes

« Lorsque j’ai signé mon avenant RSA en 2007, j’ai tenu à conserver l’accompagnement du centre d’action sociale dont je bénéficiais pendant mon RMI. Vu la précarité de mon contrat avenir, j’ai préféré garder un filet de sécurité. En plus, j’ai un très bon contact avec mes référents et mon accompagnement était taillé sur mesure. C’est d’ailleurs grâce à cet accompagnement que j’ai retrouvé un emploi. Ils m’ont laissé le temps de me reconstruire. Lorsque j’ai frappé à leur porte, je sortais de l’enfer. Je pensais que jamais je ne retrouverais du travail. J’ai mis un an à me reconstruire. Il me fallait ce temps-là et finalement avec le recul je trouve que c’est même très court vu l’état dans lequel j’étais en 2005, lorsque j’ai signé mon contrat RMI. Je n’ai donc pas eu d’accompagnement spécifique RSA, c’est le même accompagnement qui s’est poursuivi.

Cet encadrement m’a réveillée, m’a forcée à faire des choses, à avoir des initiatives, mais en même temps, mes référents - l’un dédié au social, l’autre à l’insertion professionnelle - ne m’ont pas brusquée. Je me souviens que je n’arrivais pas à téléphoner. Mon référent me disait : il faudrait appeler à tel endroit pour la recherche d’emploi et j’entrais dans une panique folle. Je le lui ai dit, il m’a répondu : on arrête, vous n’êtes pas prête. C’est en cela que j’ai trouvé l’accompagnement taillé sur mesure. Lorsque le chômage dure depuis longtemps, on est un peu brisé, on n’y croit plus. Il faut du temps. J’ai pu suivre des formations, avoir un bilan de compétences… J’ai obtenu tout ce que je voulais.

En même temps, j’avais tellement envie de travailler, j’aurais pu accepter un emploi pour 100 €, pourvu que je sorte de chez moi. Je travaille aujourd’hui 26 heures par semaine pour 700 €, mon complément RSA représente 158 € en plus. Je ne vois plus mes référents aussi souvent qu’avant mais lors de nos rendez-vous, ils me questionnent : vous pensez à votre avenir ? J’ai signé pour deux ans, le contrat va s’arrêter au 5 juillet 2009. Je suis très bien dans cet emploi, si bien que j’oublie que je suis dans un contrat précaire et ils me rappellent à la réalité.

J’ai participé aux réunions des bénéficiaires du RSA organisées par le conseil général pour entendre nos remarques. Beaucoup de bénéficiaires du RSA se plaignaient de n’avoir pas de référent unique et d’être baladés entre de multiples interlocuteurs. Beaucoup n’étaient pas suivis au RMI. Nos interlocuteurs nous ont promis que tous les bénéficiaires du RSA seraient accompagnés comme je l’étais. Pour ma part, j’ai fait remonter une revendication par rapport à la CAF, l’organisme payeur du RSA, qui ne nous informe pas assez des aléas de paiement. Mon RSA a été suspendu, suite à la perte de mon dossier, comme je l’ai su plus tard, mais rien ne m’a été dit. Je ne savais pas pourquoi il était suspendu, mes référents RMI ne le savaient pas non plus, ni la personne avec laquelle j’avais signé mon avenant RSA.

J’étais très en colère et j’ai refusé d’aller réclamer à la CAF, je trouvais cela trop méprisant. J’en avais assez de tendre la main. C’est tellement difficile de vivre dans la précarité, de devoir justifier de tout. L’accompagnement, même s’il est nécessaire, est difficile à vivre. C’est dur d’être infantilisé, d’avoir un autre adulte qui vous dit ce qu’il faut faire. Mon rêve est de sortir du RSA. Quand j’étais au chômage, j’allais jusqu’à la gare et je regardais les gens partir travailler le matin. J’avais envie de travailler, de payer mes impôts, d’être comme tout le monde ! Je n’ai vraiment rien contre l’accompagnement, au contraire, mais c’est tout de même une tutelle or, nous avons besoin de liberté, de grandir, de se dire qu’on est capable de faire seul ».


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