N° 1059 | du 19 avril 2012

Faits de société

Le 19 avril 2012

Emploi : les invisibles se montrent

Joël Plantet

Aujourd’hui, près d’un actif sur dix est sans emploi. Le nombre des personnes alternant les périodes de chômage et de travail précaire est en constante augmentation. Elles font entendre leur voix. Une première.

Du point de vue des personnes au chômage ou en situation de précarité, les records ne sont pas seulement inscrits dans les statistiques : ils affectent leur vie au quotidien. C’est à partir de cette idée que le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP, créé il y a vingt-cinq ans) a rédigé, pour la première fois, un « rapport sur l’état du chômage 2011 » avec l’intention d’avoir une vue d’ensemble sur le phénomène : « La stigmatisation, l’insécurité juridique, l’existence de comités de liaison à Pôle Emploi, les finances de l’Unedic ou les ressources des chômeurs sont autant de facettes que le rapport tente de décrypter. »

Ses responsables – Marc Desplats et Jacques-Henri de Vandæle, président et vice-président du Mouvement, avec Robert Crémieux, coordinateur du rapport – dépeignent une situation peu avenante : multiplication des contentieux et « travail à plein-temps, pour le précaire, de gérer son dossier », confusion grandissante entre droit public et droit privé, désengagement de l’État, Unedic tournée vers les marchés financiers…

Ainsi, mis en place en principe depuis l’an dernier dans chaque département et tenus de se réunir une fois par trimestre, les comités de liaison brillent par une méconnaissance quasi totale : ignorés par l’Unedic et dans le rapport annuel de Pôle Emploi, ils ne sont même pas portés à la connaissance des chômeurs… Le Mouvement, dont la charte revendicative est en cours d’actualisation, veut organiser leur mobilisation dans les antennes de Pôle Emploi pour une meilleure information. Deux chantiers représentent à ses yeux un enjeu essentiel : d’une part la formation, d’autre part les risques psychosociaux, question pour l’heure non traitée. Plus globalement, il se prononce pour un système unifié de l’indemnisation du chômage.

La stigmatisation est forte : depuis un an, les propositions de limitation des allocations chômage, la lutte contre « la fraude sociale » ou le « cancer de l’assistanat », la désignation des étrangers, entre autres, ont été régulièrement agitées devant l’opinion publique.

Etats généraux pour l’emploi

Le MNCP reste mobilisé avant les élections : le 12 avril, il organisait dans le Nord un débat avec des représentants des candidats à la présidentielle (FDG, EELV, PS, Modem, UMP), portant sur le service public de l’emploi, de la formation ou encore des revenus des chômeurs et précaires. Le lendemain, sa « caravane de l’injustice sociale et des inégalités » s’arrêtait à Lille, invitant les « invisibles de la campagne » à se montrer…

L’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) interpelle, elle aussi, les candidats à l’élection présidentielle pour leur demander de convoquer des États généraux pour l’emploi. Réunissant les acteurs concernés — associations, structures d’insertion, partenaires sociaux, acteurs du développement économique territorial, employeurs privés et publics, partenaires sociaux, administrations —, ceux-ci auraient deux objectifs. Il s’agirait d’une part d’optimiser la création d’emploi « en s’intéressant tout particulièrement aux petites et moyennes entreprises » et en recherchant « une meilleure adéquation entre les compétences offertes et celles requises ».

D’autre part, ils serviraient à évoquer le fonctionnement du service public de l’emploi et des conditions d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Cette action concertée serait menée à la fois sur le plan national et à l’échelon local. Ces Etats généraux pour l’emploi devraient faire partie, conclut SNC, « des toutes premières mesures à prendre par le prochain président de la République ».