N° 636 | du 3 octobre 2002 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 3 octobre 2002

Des régies de quartier bourrées d’idées

Joël Plantet

Insertion par l’économique, citoyenneté et lien social figurent parmi les maîtres mots, en termes d’objectifs, des régies de quartier. Celles-ci existent en effet depuis le début des années quatre-vingt, mais elles n’ont pas émergé partout où il le faudrait. L’exemple parisien nous indique ainsi que sans volonté politique, elle ne peut se mettre en place, mais qu’une fois l’impulsion donnée, les habitants y trouvent leur compte

Les 28 et 29 septembre 2002, l’assemblée générale du Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ) [1] se réunissait à Dourdan, dans la région parisienne. La situation politique et sociale des 140 quartiers concernés par une implantation de régie y était largement évoquée. Mais dans les esprits, était présent le fait que pour la première fois, le Comité s’était résolument engagé lors des dernières élections présidentielles en appelant « tous ses militants, bénévoles ou salariés, et au-delà, tous les habitants des quartiers populaires à repousser les thèses xénophobes, extrémistes, excluantes ». Une nouvelle dimension avait bel et bien émergé là.

En effet, l’enjeu est de taille. Vis-à-vis du thème de l’insécurité, récemment mis à toutes les sauces électorales — et dont on voit parfois actuellement avec effarement de quelle utilisation démagogique il peut faire l’objet —, il s’était agi de prendre position le plus clairement possible : « lorsque l’on parle de l’insécurité de tel quartier ou dans tel autre, de la dégradation de l’environnement ou de l’oisiveté ou désinvolture des jeunes », réajustait une adresse du CNLRQ aux candidats aux élections législatives, « on devrait immédiatement parler de l’insécurité économique dans laquelle sont maintenues bon nombre de structures de terrain. On devrait parler du peu de perspectives de sortie de crise pour les plus exclus des habitants, de l’enclavement de certaines zones… ». Six grandes questions étaient posées à chaque postulant, concernant l’accès à l’emploi, la vie citoyenne, les discriminations, le désenclavement des quartiers ou l’association des habitants à la politique de la Ville.

Alors, comment définir aujourd’hui, fin 2002, la régie de quartier ? Structure d’insertion professionnelle de proximité, outil de redynamisation économique locale, elle a, plus que jamais, pour objectif de créer de l’activité économique solidaire, du lien social, de la citoyenneté. Le plus souvent, elle associe collectivité locale, bailleurs sociaux et habitants pour la gestion d’un territoire précis. Prenons quelques exemples : ici, en Loire-Atlantique, une régie de quartier entretient quotidiennement les abords d’un immeuble composé de 670 logements et de 50 sociétés en triant et recyclant les déchets ; là, à la Réunion, on reconstruit ensemble après un cyclone. Là encore, à Poitiers, trois salariés d’une régie sont allés transmettre leur savoir-faire en matière de construction de triporteur auprès d’artisans du Cameroun… Ici ou là, on organise des actions anti-graffiti, on embauche une « médiatrice de lien associatif » pour mieux monter des projets communs, et on identifie toujours les besoins des habitants.

Certaines villes, qui en auraient pourtant eu le plus grand besoin, ont mis du temps à accepter l’émergence de tels dispositifs. Actuellement, dans la seule régie de quartier parisienne, celle des Amandines, des projets de réhabilitation et d’aide aux habitants sont mis au point, intégrant des bénéficiaires du RMI, des chômeurs de longue durée et… des jeunes. Un jardin de voisinage a ainsi récemment été réalisé, avec possibilité pour plusieurs dizaines d’habitants de planter, de jardiner, de produire des fleurs ou des légumes. Des fresques éphémères ont été peintes, et l’expérience doit être reconduite ; des bals, des vide-greniers, des marchés occasionnels (une brocante aux plantes, fin septembre) et des repas de quartier sont régulièrement organisés.

En outre, les fondations d’une deuxième régie parisienne sont en train de s’élaborer actuellement : dans le XIXe arrondissement, une association de préfiguration s’est mise en place. L’ouverture d’un espace d’accueil, d’information et de conseil est ainsi prévue prochainement. Comme toutes les autres, cette nouvelle régie entend participer pleinement à l’amélioration des conditions de vie des habitants de ce quartier dit sensible, en s’appuyant sur la création d’emplois de proximité pour les personnes en difficulté.

Qui plus est, une convention a été signée il y a peu entre la mairie de Paris — qui semble vraiment vouloir combler son retard en la matière — et CNLRQ. Il s’agit d’aider des acteurs à monter des projets, à harmoniser les partenariats, à mobiliser les synergies, que celles-ci émanent des habitants, des associations, des bailleurs sociaux ou des mairies d’arrondissement. Avec, à terme, l’émergence prévue d’une dizaine de régies.

Signe encore de cet élan et de cet intérêt municipaux naissants, une rencontre intitulée Les régies de quartier : pour une double démarche d’insertion (expériences, méthodes, réflexions) avait été organisée, mi-juillet, à l’Hôtel de Ville. L’auteur du Guide pratique et méthodologique des régies de quartier, Marc Hatzfeld, y avait développé les notions primordiales de partenariat — élus, bailleurs, habitants —, d’implication citoyenne et d’utilité sociale (notons d’ailleurs que cet ouvrage revenait, en septembre, relooké et mis à jour après cinq ans sous un nouveau titre Tisser le lien social).

Alors, un usager co-gestionnaire de son territoire ? L’enjeu est de taille et, en termes de démocratie participative, l’aventure est en marche.


[1CNLRQ - 47-49, rue Sedaine - 75011 Paris. Tél. 01 48 05 67 58


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