N° 1102 | du 18 avril 2013

Faits de société

Le 18 avril 2013

Déqualification, disqualification dans le champ éducatif

Joël Plantet

Souvent liée à la rationalisation des budgets, la dévalorisation de l’identité des éducateurs spécialisés modifie significativement le paysage de notre secteur. L’ONES tire le signal d’alarme.

En 2004 déjà, le Conseil économique et social (CES) avait indiqué – dans un rapport intitulé Le recrutement, la formation, la professionnalisation des salariés du secteur sanitaire et social – que l’ensemble du secteur était « marqué par une proportion importante de personnels peu formés, par un nombre significatif de faisant-fonction et par un recours croissant à des contrats aidés, dont les titulaires ne disposent pas du diplôme requis par le poste ». Le secteur des centres éducatifs renforcés (CER), des centres de placement immédiat (CPI) et des centres éducatifs fermés (CEF) a par la suite fort bien illustré la question. Très vite, il est apparu que la dureté des tâches y engendrait un turn over important, entraînant l’embauche d’un pourcentage important de professionnels souvent inexpérimentés.

Ainsi, 75 % des professionnels exerçant en CER manquaient de qualification (nombre de… sportifs y étaient embauchés, qui « n’ont pas peur du rapport au corps et de la violence de l’autre »). En 2010, l’absence de formation de l’encadrement avait été dénoncée dans les centres éducatifs fermés (CEF) ; un rapport de la Défenseure des enfants sur les centres éducatifs renforcés avait émis trente-trois propositions, dont une relative à un appauvrissement constaté du dispositif éducatif.

L’organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES) s’est récemment émue de la déqualification du travail social et de l’éducation spécialisée : elle rappelle d’une part que plus l’accompagnement est déqualifié, plus les facteurs de risques augmentent (santé, dépendance, vulnérabilité, délinquance…), entraînant un recours accru aux services d’aides et de santé. En outre, au plan professionnel, la déqualification du métier d’éducateur spécialisé « entraîne une exception permettant implicitement à des employeurs de définir qui et qui ne peut pas exercer une pratique professionnelle ». Pour les éducateurs spécialisés, être reconnus serait « avant tout admettre la légitimité de leur action en protégeant leur exercice professionnel par un cadre réglementaire ».

Les éducateurs moins présents en 2012 qu’en 2007 dans certains secteurs

La filière éducative et sociale est confrontée à plus de… 225 % d’augmentation d’un ensemble de postes éducatifs « atypiques » regroupés sous la catégorie « auxiliaire socio-éducatif » dont 44 % exerce dans les établissements pour adultes handicapés. Les secteurs de l’exclusion sociale et de la protection de l’enfance ne sont pas épargnés non plus, les éducateurs y étant moins présents en 2012 qu’en 2007 (enquête Unifaf). En revanche, le secteur des personnes handicapées a vu, lui, son effectif d’aides médico-psychologiques (AMP) progresser de 36 % dans la même période.

L’ONES entend interpeller les députés sur la question ; elle préconise d’intégrer les professionnels titulaires d’un diplôme européen, non européen, ou d’un pays non-francophone lorsque la qualification est comparable au DEES ; de favoriser l’expérience professionnelle par la VAE et de définir les sanctions encourues en cas d’infraction à la loi. Cette réglementation de l’accès au métier d’éducateur spécialisé permettrait d’y voir plus clair : obligation de qualification, reconnaissance de l’expérience professionnelle, délai de sept ans pour les faisant fonction pour se soumettre à une validation de l’expérience professionnelle… Par ailleurs, une obligation de déclaration d’activité auprès de la direction départementale de la cohésion sociale, à renouveler tous les cinq ans, est préconisée. Des sanctions seraient donc prévues pour l’exercice du métier d’éducateur en dehors de ces dispositions.

À suivre…